Onex (GE): «Je n’ai jamais vu autant de dingues au mètre carré»
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Onex (GE)«Je n’ai jamais vu autant de dingues au mètre carré»

Les locataires d’un immeuble de la cité d’Onex n’en peuvent plus de la violence et des petits trafics. Les propriétaires, autorités et police sont à leur chevet.

par
Maria Pineiro
Les habitants désespèrent de voir la situation s’améliorer.

Les habitants désespèrent de voir la situation s’améliorer.

MPO

«Depuis que je me suis fait tabasser à l’arrêt de bus, je n’ose plus rentrer chez moi après la nuit tombée», raconte Luca*, un quadragénaire sportif. Laure*, une de ses voisines sexagénaire, explique que sa fille ne vient plus la voir chez elle depuis qu’elle a été lourdement draguée par un autre habitant. «Ici, ce ne sont que hurlements et bruits étranges, je n’ai jamais vu autant de dingues au mètre carré», témoigne-t-elle. Les deux personnes habitent à Onex, dans un immeuble de la Fondation pour le logement social Emile-Dupont. Avec d’autres, ils dénoncent de la violence et du trafic de stupéfiants dans certains appartements et disent leur sentiment d’insécurité. Car au-delà des quatre murs de l’immeuble, les alentours sont également connus pour abriter de la vente de drogue. «Le matin, quand je regarde par la fenêtre, je vois des gens farfouiller dans les buissons», explique Laure. Les problèmes concentrés dans cette barre de logement ne sont pas nouveaux. Ils sont connus, tant de la fondation que de la commune et des polices municipales et cantonales. En 2019, une pétition a été envoyée par une cinquantaine d’habitants pour tirer la sonnette d’alarme.

Mais cet été, il y a eu un regain de violence, selon certains habitants. Outre le passage à tabac de Luca, les locataires ont vécu une attaque au couteau liée à une dette, de violentes bagarres et les gesticulations d’homme brandissant une arme et menaçant les passants. Des événements que confirme la police, précisant toutefois que «ces faits ne sont pas reliés les uns aux autres, affirme Alexandre Brahier. Nous opérons une présence accrue dans cette zone et décrétons des mesures d’éloignement.»

Parc condamné

Il n’en reste pas moins que, pour les habitants, la coupe est pleine, malgré les efforts de toutes les parties prenantes. «Nous sommes au courant de la situation, souligne Anita Frei, présidente de la Fondation Emile Dupont, et avons entrepris un certain nombre de démarches afin de pallier les problèmes.» Ainsi, le petit parc qui se trouvait derrière l’immeuble et qui réunissait des gens s’alcoolisant le soir et devenant ensuite bruyants a été fermé dans le courant de l’été. «Un aménagement plus convivial est à l’étude avec les habitants», informe la présidente. La surveillance a été renforcée. La fondation est en contact étroit avec les postes de police du quartier et les autorités communales. «Mais nos moyens sont limités,» déplore-t-elle. Du côté de la commune d’Onex, on salue le travail mené par le propriétaire. Carole-Anne Kast, conseillère administrative responsable de la Sécurité municipale, relève que «la fondation propriétaire prend la question au sérieux et s’engage sincèrement aux côtés des habitants pour travailler à améliorer la situation de l’immeuble, tout en relevant qu’il n’y a pas de solution miracle et bienveillante».

«Ce qui manque ici, ce sont des familles et des enfants», soupire Laure. Les appartements sont petits, il n’y a que des personnes seules ou des couples et cela crée des problèmes. Une réalité confirmée par Anita Frei, qui indique que certains locataires souffrent de dépendances ou d’autres troubles. «L’addition des problèmes personnels les exacerbe, tout comme le Covid a fait exploser les difficultés. Il y a des comportements disruptifs. Nous tentons de faire notre possible pour désamorcer, mais nous sommes bailleurs, pas travailleurs sociaux. Et renvoyer une personne qui cause des problèmes n’est pas si simple.» Malgré les efforts mis en oeuvre, les habitants désespèrent encore et toujours. Tant Luca que Laure tentent de déménager depuis plusieurs mois, voire des années.

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