Il avait dénoncé le prof assassiné – «Je n’ai pas passé une nuit sans penser à Samuel Paty»
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Il avait dénoncé le prof assassiné«Je n’ai pas passé une nuit sans penser à Samuel Paty»

Lors de ses audiences face au juge d’instruction ces derniers mois, le père de famille qui avait dénoncé l’enseignant dans une vidéo devenue virale s’est dit rongé par les remords.

Un an après l’assassinat de Samuel Paty, décapité par un islamiste tchétchène pour avoir montré en classe des caricatures de Mahomet, la France s’apprête à saluer la mémoire de l’enseignant. Samedi, plusieurs cérémonies se tiendront en hommage à celui qu’Emmanuel Macron avait qualifié de «héros tranquille» de la République française. Sa famille sera reçue à l’Élysée, puis un square parisien sera rebaptisé de son nom. À Conflans (près de Paris), un monument en forme de livre doit être dévoilé.

Depuis ce drame effroyable, la vie de Brahim Chnina a basculé. Père d’une élève de Samuel Paty, l’homme avait publié sur les réseaux sociaux une vidéo dans laquelle il accusait avec virulence l’enseignant d’avoir discriminé les musulmans de sa classe. Or, sa fille avait inventé cette histoire de toutes pièces. Cette vidéo avait déclenché une tempête et entraîné l’assassinat du professeur d’histoire, survenu le 16 octobre 2020. Depuis, le père de famille est rongé par les remords, écrit «Le Parisien», qui a eu accès à ses entretiens avec le juge d’instruction.

J’ai cru l’histoire de ma fille

Brahim Chnina

«Je regrette d’avoir donné le nom de M. Paty et d’avoir mis le collège en danger. Je regrette vraiment. Je ne vous dis pas ça pour raccourcir la prison», a-t-il confié en juin dernier. Mis en examen pour «complicité d’assassinat» et incarcéré, le père de famille estime que sa vie «n’a plus de sens». «Je n’ai pas passé une nuit sans penser à M. Paty», a-t-il assuré. Brahim Chnina a expliqué avoir été dépassé par l’ampleur prise par sa vidéo: «J’ai senti qu’il y avait un problème de discrimination, ma fille exclue, le prophète offensé, ça m’a fait quelque chose», a-t-il raconté.

«J’ai cru l’histoire de ma fille et c’est pour ça que j’ai fait ce message (…). Mon message a été cuisiné. Il y a eu trop de partages, il est parti dans d’autres mains et il est tombé sur ces terroristes», a ajouté le père de famille. De son côté, sa fille a raconté au juge d’instruction avoir voulu faire diversion auprès de ses parents pour cacher le fait qu’elle avait été exclue du collège. «J’ai tout raconté avec les détails (…) tellement je voulais couvrir mon exclusion», a-t-elle confié en mai dernier, avouant avoir surjoué le rôle de la «fille traumatisée».

Mise en examen pour dénonciation calomnieuse, Z. est aujourd’hui scolarisée dans un autre établissement et «ne réalise pas encore aujourd’hui» ce qui est arrivé à son professeur. Son père, lui, ne lui en veut pas: «Je n’arrive pas à me dire que je suis mêlé à ce drame-là. J’ai fait une grosse connerie (…) Je n’en veux qu’à moi-même. Je suis responsable de tout.»

(joc)

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