Vaud - «Je ne l’ai pas tuée. Cette histoire me pourrit la vie»
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Vaud«Je ne l’ai pas tuée. Cette histoire me pourrit la vie»

Un quinquagénaire suisse est accusé de meurtre ou homicide par négligence. Il avait congelé le corps de sa femme avant de le placer dans un tombeau sous son logement à Orbe. Le procès s’est ouvert lundi à Renens, au siège du Ministère public central.

Le corps d’une femme disparue depuis juillet 2016 avait été retrouvé trois mois plus tard placé dans un tombeau sous son logement à Orbe (VD). Le mari est accusé d’être le tueur.

Le corps d’une femme disparue depuis juillet 2016 avait été retrouvé trois mois plus tard placé dans un tombeau sous son logement à Orbe (VD). Le mari est accusé d’être le tueur.

apn

L’accusé et sa défunte épouse formaient un couple bien atypique depuis 1987, date de leur mariage. Lui, cuisinier de formation et ancien pompier volontaire pesant entre 130 et 140 kg, un bon gars «qui n’aime pas les problèmes»; elle, 40 kg, schizophrène, agoraphobe, colérique, secrète et adepte de la course à pied. Ils étaient séparés depuis 2012 mais continuaient de partager le même toit, tout en dormant séparément pendant une trentaine d’années dans leur logement à Orbe.

Le quinquagénaire suisse est poursuivi pour meurtre ou homicide par négligence et omission de prêter secours, atteinte à la paix des morts et escroquerie voire obtention illicite de prestations d’une assurance sociale ou de l’aide sociale. Il soutient que son épouse s’est suicidée le 16 juillet 2016 après une énième et violente dispute avec lui et qu’il n’a fait que tirer le câble électrique qu’elle avait autour du cou. Le Tribunal criminel du Nord vaudois siège depuis lundi dans les locaux du Ministère public central à Renens afin de pouvoir accueillir les nombreux journalistes inscrits pour couvrir le procès.

«Quand je commence à faire des conneries, j’en fais des conneries»

Le quinquagénaire souffre de troubles dépressifs majeurs et a, selon les experts, «une immaturité effective, une impulsivité infantile et une rigidité de fonctionnement psychique». Après le décès de son épouse, l’attitude du prévenu dépasse l’entendement. Il a transporté le corps de la femme frêle avant de le placer dans un congélateur-bahut expressément rebranché pour abriter le cadavre. L’ancien pompier a placé le corps dénudé en le pliant en position fœtale afin de pouvoir le déposer dans la chambre froide. Pendant près de deux mois, alors que le corps était dans le congélateur, l’accusé laissait croire à tout le monde que son épouse était en déplacement en France. Il est allé jusqu’à utiliser le téléphone de la défunte pour envoyer des messages à leurs deux enfants en se faisant passer pour la mère de famille.

Pressé de questions par son fils sur ce qui se trouvait dans le congélateur-bahut, il a déplacé en catimini le corps dans un tombeau qu’il venait de réaliser avant de l’aménager dans un vide sanitaire sous les escaliers extérieurs du logement. L’homme a laissé décongeler le corps avant d’utiliser de l’eau de Javel afin de chasser l’odeur de putréfaction. Il a ensuite appelé son fils d’une vingtaine d’années pour lui dire: «Regarde! Tu vois bien qu’il n’y a rien dans ce congélateur.» L’homme a expliqué son attitude par un souci de respecter les volontés de sa femme, qui n’aimait pas les foules, ne supportait pas les cimetières et était contre l’incinération. «Je voulais la garder près de nous. Quand je commence à faire des conneries, j’en fais des conneries», a encore argumenté celui qui voulait «momifier le corps» de celle qu’il chérissait tant et qui ne voulait plus de lui.

Lundi après-midi, deux médecins légistes ont été entendus par la Cour criminelle. Ils ont notamment évoqué «les fractures des deux côtés du visage» de la défunte. Le prévenu s’arc-boute sur sa ligne de défense: «Je ne l’ai pas tuée. C’était son heure. Ce n’est pas moi. C’est le bon Dieu qui l’a voulu. Cette histoire me pourrit la vie.»

«La zone carcérale est un trou à rats»

Interrogé sur la nature de ses relations actuelles avec ses deux enfants (qui ont refusé de se constituer partie civile), le prévenu s’est montré enthousiaste. «Ils sont hyper gentils. Je leur dois beaucoup. Ce week-end encore, je suis allé voir ma fille en France et mes petits-enfants. Je vois beaucoup plus mes enfants maintenant par rapport à avant quand mon épouse était là. J’ai honte d’être ici. Je voulais faire du bien. J’ai tout fait faux.» Puis, quand son avocat lui demande ce qu’il pense de son épouse, le rentier AI est en larmes: «J’ai fait ce qu’elle m’a demandé. J’espère qu’elle est contente.» Quant à ses projets d’avenir, l’ancien pompier de 130-140 kg a exprimé son souhait de «perdre du poids», de continuer sa psychothérapie et sa volonté de «prendre un chien tout malheureux à la SPA et de faire des promenades avec». L’accusé a également dénoncé ses conditions de détention dans la zone carcérale de la Blécherette durant sa préventive. «C’est un trou à rats», a fustigé celui qui a promis de ne plus mentir à ses enfants.

(apn)

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