Procès Maudet – «Je ne me sens pas redevable»
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Procès Maudet«Je ne me sens pas redevable»

Au premier jour du procès en appel de l’affaire Maudet, les prévenus ont affirmé qu’il n’y a pas eu de contreparties au voyage d’Abu Dhabi.

par
Maria Pineiro
Pierre Maudet a son arrivée lundi matin au palais de justice de Genève.

Pierre Maudet a son arrivée lundi matin au palais de justice de Genève.

mpo

«J’ai toujours pensé que j’avais bien fait d’effectuer ce voyage à Abu Dhabi. Mes intentions étaient parfaitement louables», a déclaré Pierre Maudet, lundi après-midi devant la Chambre pénale d’appel et de révision, au premier jour de son procès en appel. Dernier des quatre prévenus dans l’affaire d’Abu Dhabi à s’exprimer, l’ancien conseiller d’Etat, poursuivi pour acceptation d’un avantage dans le cadre du voyage aux Emirats et du financement d’un sondage, s’est efforcé de montrer que le week-end tous frais payés pour lui et sa famille lors d’un Grand prix de Formule 1 n’en avait pas fait un homme redevable envers les personnes qui avaient oeuvré à son organisation. «Je suis reconnaissant à Magid Khoury et Antoine Daher, mais je ne me sens pas redevable envers eux», a affirmé l’ancien élu, rappelant que c’est la couronne émiratie qui avait financé l’escapade et non les deux hommes d’affaires.

Relustrer l’image de Genève

Répondant aux questions de la présidente, Pierre Maudet a déroulé le fil des événements, debout, dans une attitude souvent martiale, droit, les mains derrière le dos: c’est lors d’un voyage officiel à Dubaï que l’importance du Grand prix lui a été soufflée par un important officiel. Il en a dès lors parlé à la délégation, dont faisait partie Magid Khoury. Ce dernier lui indiquera «qu’il pouvait essayer de le faire inscrire sur la liste des invités». Pour le ministre genevois, c’est l’occasion de «relustrer l’image sécuritaire de Genève, mise à mal aux Emirats». La suite est connue: Pierre Maudet pensait bénéficier d’entrées pour le Grand Prix, au final, il s’agira d’un package tout compris pour lui et sa famille, avec hôtel et vols en business class, ainsi que la possibilité d’inviter plusieurs personnes. Son bras droit Patrick Baud-Lavigne et Antoine Daher feront partie du voyage. Mais pour Pierre Maudet, il était trop tard pour renoncer, notamment au vu des efforts d’organisation déployés par les deux hommes d’affaires, mais aussi parce que cela aurait «contrecarré tout ce qui avait été entrepris depuis des mois pour replacer Genève dans le radar des Emirats».

Pas de traitement de faveur

Pour Pierre Maudet, il n’y a, après le voyage à Abu Dhabi, pas eu de traitement de faveur vis-à-vis de Magid Khoury et Antoine Daher. «Les affaires immobilières de Magid Khoury n’étaient pas sur mon bureau. Je n’avais pas de pouvoir décisionnel dans ce domaine, et je n’ai jamais eu à penser qu’il souhaitait que j’intervienne.» Le rendez-vous organisé entre le premier et la Direction générale du développement économique, de la recherche et de l’innovation (DG DERI)? «Cela se fait quand il s’agit de projets d’envergure. Ils ne passent jamais par l’administration, mais directement par le politique», a soutenu l’ancien homme fort du Conseil d’Etat. Le fait de se renseigner en personne dans une procédure de naturalisation? Pierre Maudet ne voit pas le problème, rappelant avoir toujours répondu à ses administrés. Quant aux contacts soutenus entre Antoine Daher et Patrick Baud-Lavigne, l’ex-élu a reconnu en avoir découvert l’intensité lors de l’instruction. «Un ministre de l’économie est sans cesse sollicité, a-t-il relevé. Avec le temps, Antoine est devenu un ami. Nous sommes loin du harcèlement dont d’autres font preuve.»

L’audition de Pierre Maudet se poursuivra mardi matin avec les questions du procureur et de la défense.

Par amour pour la République

Avant Pierre Maudet, la cour a entendu les déclarations des hommes d’affaires Antoine Daher et Magid Khoury, poursuivis pour octroi d’un avantage. Lors de son audition, Magid Khoury a indiqué avoir dit à Pierre Maudet, et devant d’autres personnes, qu’il allait essayer de «voir s’il était possible de l’inscrire sur la liste officielle du Grand Prix». Puis, sa participation à l’organisation du voyage s’est bornée à un coup de fil et deux relances à son oncle Charbel Ghanem, notamment pour tenter d’organiser une rencontre avec un officiel responsable de la sécurité sur place. «La seule chose qui m’a animé, c’est l’idée d’aider Genève à renforcer les liens avec les Emirats. Pierre Maudet est quelqu’un d’intègre, ma démarche était totalement désintéressée. Je l’ai fait par amour de la République», a-t-il répété plusieurs fois.

Employé de Magid Khoury, Antoine Daher a, lui, plutôt été interrogé sur sa propension à solliciter Patrick Baud-Lavigne et Pierre Maudet. «Mon travail, c’est de suivre et de faire avancer les dossier. Et donc de solliciter des acteurs, haut placés ou pas», a-t-il expliqué. Il a indiqué que sur le moment, pour lui, «il n’y avait pas de gravité. Du moins, il n’y a pas eu de mauvaise intention. Aujourd’hui, je concède que mon hyperactivité était excessive, problématique». Le prévenu, mal à l’aise face à la présidente, a souligné connaître Pierre Maudet de longue date, avant qu’il ne soit conseiller d’Etat. S’agissant du voyage, il s’est qualifié de «courroie de transmission».

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