Actualisé 27.12.2013 à 15:33

Libre circulation

«Je ne partirai pas pour servir de bouc émissaire»

Gueorgui Dintchev, informaticien bulgare, ne veut pas émigrer après la levée au 1er janvier des restrictions sur le marché du travail en Europe pour les Roumains et Bulgares.

Employé par une entreprise étrangère à Sofia, ce trentenaire ne rêve pas d'une Europe de l'Ouest où, comme l'a récemment estimé le chef de la diplomatie bulgare Kristian Viguenin, «les humeurs xénophobes ont pris pour cible les Bulgares et les Roumains».

Ce participant actif aux protestations antigouvernementales juge important de rester en Bulgarie «pour faire pression sur la classe politique». Même si «la corruption est écoeurante, si l'éducation est loin d'encourager la pensée indépendante et si la santé publique est délabrée».

Non

Comme lui, de nombreux Roumains disent ne pas envisager de départ quand le marché du travail s'ouvrira dans les neuf pays imposant encore des restrictions, dont la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne et les Pays-Bas.

«Faire une spécialisation à l'étranger oui, mais y travailler non. Surtout quand on voit la discrimination contre les Roumains en France et dans d'autres pays», confie un groupe de trois étudiantes en informatique, Simina, Florentina et Maria à la sortie de la faculté à Bucarest.

Demande sur le marché

«Les flux se font en fonction de la demande sur le marché du travail. Ceux qui pouvaient partir sont déjà partis», explique Adriana Iorga, directrice de l'agence pour l'emploi de Giurgiu, une ville pauvre du sud du pays.

Un avis partagé par Mila Mantcheva, analyste au Centre d'étude de la démocratie basé à Sofia. «Les plus grandes vagues d'émigration ont eu lieu après la chute du communisme en 1989, puis à la levée du régime des visas en 2001 (...) Une troisième vague a précédé l'adhésion de la Bulgarie et la Roumanie à l'UE en 2007», explique-t-elle.

Déjà partis

Près de trois millions de Roumains et un million de Bulgares ont déjà migré, selon différentes estimations, la majorité en Italie et en Espagne (construction, agriculture, soins aux personnes âgées). France et Grande-Bretagne ont aussi recruté médecins et infirmières, les Etats-Unis des informaticiens.

«L'ouverture actuelle du marché du travail générera une migration nettement plus faible», juge Mme Mantcheva.

Impatiente

La Bulgare Petia Kotcheva, 24 ans, attend toutefois avec impatience le 1er janvier pour travailler comme serveuse dans une discothèque d'Amsterdam. Elle a renoncé à ses études en Bulgarie car «cela ne sert à rien d'obtenir un diplôme qui conduit au chômage ou à un travail payé 450 leva» (230 EUR) par mois.»

Elle préfère «exercer un travail moins prestigieux» s'il permet «un niveau de vie acceptable dans un pays prévisible».

«Je n'envisageais pas de quitter la Bulgarie avant la naissance de mes deux enfants. Maintenant, je cherche un emploi en Europe centrale (...) pour donner de meilleures perspectives à mes filles», témoigne Daniel Peytchev, 37 ans, politologue bulgare reconverti en vendeur de produits informatiques.

200 000 personnes

Selon un sondage récent de l'institut Alpha research, quelque 3-4% des Bulgares majeurs, soit 200 000 personnes, dont 70% de moins de 30 ans et 74% de formation secondaire et supérieure, pourraient migrer dans l'UE après l'ouverture totale du marché.

Les problèmes que posera cette migration sont plus importants pour la Bulgarie que pour les pays d'accueil. «Le pays perdra des jeunes bien formés», déplore Boriana Dimitrova, directrice de l'institut. (ats)

La libre circulation roumaine et bulgare pas en vigueur en Suisse

L'extension de la libre circulation des travailleurs à la Roumanie et à la Bulgarie n'entrera pas en vigueur en Suisse début 2014, contrairement à la situation dans les Etats membres de l'UE.

Des limitations de permis de séjour sont possibles jusqu'en 2016 et la clause de sauvegarde peut être activée jusqu'en 2019.

Ces mesures avaient été adoptées en 2009 en votation populaire. Parmi les autres membres des Vingt-Huit, la Croatie devrait elle attendre au moins cinq à sept ans pour bénéficier de la libre circulation intégrale avec la Suisse, selon le projet du Conseil fédéral mis en consultation fin août.

Pendant une période de dix ans au plus, la Suisse pourrait restreindre unilatéralement l'immigration venant de Croatie. Les Suisses risquent d'être appelés aux urnes après le feu vert du Parlement à ce protocole additionnel à l'accord sur la libre circulation avec l'UE.

La clause de sauvegarde avait par ailleurs été activée par le Conseil fédéral en avril 2012 à l'égard de huit des dix Etats membres entrés en 2004 dans l'UE. Elle a ensuite été étendue un an plus tard pour un an aux autres pays de l'UE.

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