06.07.2020 à 06:04

Russie

«Je ne peux pas porter plus longtemps l'uniforme»

L'arrestation d'un ex-flic révèle une grogne policière croissante dans le pays de Vladimir Poutine.

Vladimir Vorontsov.

Vladimir Vorontsov.

AFP

Un matin de mai, une unité des forces spéciales lance l'assaut contre un appartement de Moscou. Sa cible est un ex-flic populaire et dérangeant, devenu dénonciateur des dérives au sein de la police russe.

Pendant cinq heures, les enquêteurs passent au peigne fin le logement de Vladimir Vorontsov, un ancien du département de lutte contre «l'extrémisme», qui vise tant l’islamisme que l’opposition.

«Notre fille pense que des bandits sont venus et ont emmené son père», raconte à l'AFP son épouse Alexandra Vorontsova, évoquant l'opération commando et une perquisition jusque dans les jouets et les sous-vêtements de l'enfant de quatre ans.

Vladimir Vorontsov est le créateur du groupe en ligne Police Ombudsman, ensemble de médias sociaux reliés entre eux pour dénoncer les abus commis dans la police, vite devenu populaire et suivi par un demi-million d'abonnés.

Parmi ses croisades figurent des révélations d'actes de corruption et de violences policières, des pressions sur les agents pour atteindre des quotas et faire des heures supplémentaires, de cas de suicide aussi, sujet sensible pour lequel aucune statistique officielle n'est rendue publique.

Pilier du système Poutine

Son arrestation et celle de son collaborateur Igor Khoudiakov a provoqué un rare tollé au sein de la police russe, dont les 750'000 membres constituent un pilier du système dirigé depuis 20 ans par le président russe Vladimir Poutine.

Ce baraqué aux yeux bleus de 35 ans, qui a quitté la police en 2017 après treize ans de service, a été arrêté pour extorsion et a été depuis lors également accusé de distribution et production de matériel pornographique. Ses partisans évoquent des dossiers montés de toutes pièces pour mettre fin à son activité de «médiateur de la police».

Chose exceptionnelle en Russie, pour la première fois, des policiers sont allés jusqu'à publiquement critiquer les autorités, éreintant au passage le fonctionnement et les méthodes de leur corps.

Sur les réseaux, des dizaines de membres et ex-membres des forces de l'ordre ont appelé à la libération de M. Vorontsov, certains y postant leur photographie à visage découvert, d'autres publiant des images anonymes de leur képi ou de pancartes de protestation. En dépit des possibles répercussions.

«Nous sommes Vorontsov»

«Si nous ne défendons pas Vladimir Vorontsov maintenant, les choses ne feront qu'empirer», affirme l'ancien inspecteur Guéorgui Zaria, 36 ans. Il est allé manifester en solitaire, seul acte de protestation publique permis sans autorisation, devant le siège de la police de Moscou pour réclamer la démission de son chef. L'action lui a valu deux heures de détention.

Guéorgui Zaria a démissionné à la fin de 2018, invoquant la pénibilité des horaires, un trop maigre salaire et de fréquentes violations de ses droits sociaux.

Sur VKontakte, le «Facebook russe», son collègue Mikhaïl Tsapline a posté une photographie de lui en uniforme accompagnée du slogan «Je suis/Nous sommes Vorontsov. Je n'ai pas peur», avant de claquer la porte après 20 ans dans la police de Gous-Khroustalny (250 km à l'est de Moscou).

Profonde corruption

«Je ne peux pas porter plus longtemps l'uniforme», dit cet homme de 39 ans choqué par l'envoi d'une unité spéciale, le «Grom» (Tonnerre), pour arrêter Vladimir Vorontsov, qui n'est «ni un terroriste, ni un extrémiste, ni un meurtrier, ni un pédophile». «Je n'aime pas ce qui se passe. Le système s'effondre de l'intérieur», dit-il, évoquant la profonde corruption parmi les hauts gradés, selon lui.

Un autre, enquêteur dans une grande ville, explique à l'AFP qu'il ne fait pas bon afficher son soutien à M. Vorontsov face à la hiérarchie. Depuis qu'ils ont posté leur cliché, un collègue et lui font l'objet d'une enquête interne, raconte-t-il sous couvert d'anonymat. Il craint maintenant d'être licencié.

«Avez-vous déjà vu la police manifester? Non. Sommes-nous pour autant satisfaits de tout? Non», lâche-t-il. Il dénonce notamment des «ordres criminels» de disperser les manifestations d'opposants, accusant les autorités de monter la police contre les citoyens.

(ATS)

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9 commentaires
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Police

06.07.2020 à 08:41

Police - pour le peuple.... Quand cette dernière, bien que timidement, se retourne contre le pouvoir, le message est fort.

Marcel

06.07.2020 à 08:32

Un pays dictatorial ça ne pouvait pas se passer autrement. Pauvre homme .

renato

06.07.2020 à 07:33

patience 2036 n'est pas loin . . .