Actualisé 06.12.2011 à 09:16

Justice

«Je ne pouvais pas les abandonner»

Marina a trouvé la force de ne pas mourir grâce à ses amis et ses proches. «Je ne pouvais pas les abandonner», a-t-elle déclaré lundi devant le Tribunal criminel de Genève.

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sha

«Même dans le coma, j'ai su qu'ils étaient là», a-t-elle poursuivi en parlant de son cercle d'intimes. L'adolescente ne s'est pas beaucoup exprimée. Son père l'a fait à sa place, racontant comment son existence et celle de sa fille ont été bouleversées par ce drame survenu en octobre 2010 à Lancy (GE).

Pression atmosphérique dangereuse

La jeune fille doit dorénavant faire attention aux changements d'altitude brusques. Certains sons inaudibles peuvent aussi entrer en résonance avec la balle logée dans son crâne et lui causer des migraines. Elle doit bien entendu éviter toute chute. Enfin, l'adolescente ne parvient toujours pas à dormir seule dans le noir.

Le père a également connu une mauvaise passe, lui qui avait déjà perdu sa femme en 2004. Devant les juges, il a raconté comment, dans un processus d'autodestruction, il a sombré dans l'alcool. Les médecins ne lui donnaient que quelques mois à vivre, mais il a réussi à s'en sortir en suivant une thérapie de sevrage.

L'homme qui est à l'origine de ce malheur est âgé de 30 ans. Il est accusé de tentative d'assassinat, subsidiairement de mise en danger de la vie d'autrui et de lésions corporelles graves. «J'ai tellement honte de ce que j'ai fait, je demande pardon du fond du coeur», a-t-il déclaré lors de son interrogatoire.

Envoûté

Le prévenu a affirmé devant ses juges qu'il ne voulait pas tuer lorsqu'il a tiré. «J'étais comme envoûté, possédé, jamais je n'avais atteint un tel degré de folie». Il n'a pas su expliquer clairement pourquoi il avait fait feu sur un groupe d'adolescents dans un préau d'une école de Lancy (GE) un dimanche après-midi. «Ce jour-là, j'avais avalé vingt Xanax (un anxiolytique, n.d.l.r.). Aux abords de l'école de Lancy, j'ai ensuite bu près de quatre litres de bière. Lorsque les filles sont arrivées, je suis allé vers elles en titubant. J'avais l'air d'une épave et pouvais à peine articuler. C'est rapidement parti en vrille.»

L'accusé n'a probablement pas supporté d'avoir été éconduit sèchement par ces jeunes filles, puis d'avoir été provoqué par deux garçons venus au secours de leurs copines. «Je me suis senti humilié et rabaissé», a- t-il déclaré devant le tribunal.

Avec dans la tête «des envies de meurtre», il s'est rendu chez lui pour y chercher son pistolet. De retour dans le préau, il a retrouvé quatre jeunes près de la pataugeoire. Le prévenu a alors sorti son arme et a tiré un coup de feu en direction des adolescents qui s'étaient enfuis en courant.

Il prévient la police

La balle a entaillé la joue d'un garçon avant de se loger une trentaine de mètres plus loin dans la tête de Marina. «J'étais tétanisé», a souligné l'accusé. Ce dernier a appelé rapidement la police et a couru vers l'adolescente inconsciente. «Je l'ai mise en position latérale de sécurité».

Si Marina a eu le courage d'affronter son agresseur, le garçon blessé à la joue par la balle n'a pour sa part pas trouvé la force d'assister à l'audience. «Il se trouve hospitalisé au Maroc pour des raisons psychologiques», a indiqué son avocate Lorella Bertani. Le procès se poursuit jusqu'à vendredi. (sha/ats)

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