Publié

Déclarée morte en 2017«Je ne sors plus. J'ai l'impression de vivre un cauchemar»

À cause d’une bataille judiciaire commencée en 2000, une Lorraine, «administrativement décédée», fait des pieds et des mains pour retrouver un semblant de vie normale. Le chemin est encore long pour celle qui ne met plus le nez dehors.

1 / 3
L’habitante de Rive-de-Gier dans la Loire n’a ni mutuelle, ni permis de conduire, ni carte d’identité.

L’habitante de Rive-de-Gier dans la Loire n’a ni mutuelle, ni permis de conduire, ni carte d’identité.

AFP
Elle n’ose plus sortir de chez elle, de peur d’être arrêtée.

Elle n’ose plus sortir de chez elle, de peur d’être arrêtée.

AFP
Aujourd’hui, elle se bat pour que l’État lui rende son identité.

Aujourd’hui, elle se bat pour que l’État lui rende son identité.

AFP

Aux yeux de l’État français, Jeanne Pouchain est décédée le 10 novembre 2017. Mais cette femme, aujourd’hui âgée de 58 ans, est bel et bien vivante. Rencontrée par BFM, la Lorraine explique son calvaire, plus de trois ans après avoir été déclarée morte. «Je suis morte pour la justice, je suis morte pour les organismes. Je ne sors plus parce que je ne sais pas ce qui risque de m'arriver si je me fais arrêter, si j'ai un problème.»

Pour comprendre l’affaire, il faut remonter à novembre 2000. Alors patronne d’une société de nettoyage, Jeanne Pouchain aurait, selon BFM, eu un différend avec l’une de ses employées lors du transfert de son contrat de travail.

Un gros mensonge qui passe

Lésée, cette dernière dépose une plainte contre Jeanne Pouchain, qui est condamnée à lui verser 14’000 euros d’indemnités en 2004. Suite à un vice de procédure, la patronne échappe à toute sanction, mais l’employée n’en démord pas: elle relance l’affaire en 2009, jugée encore une fois irrecevable en 2016.

La même année, la plaignante saisit la cour d’appel contre les ayants-droits de son ex-responsable. Motif: «Jeanne Pouchain est morte».

Sans vérification, les juges, croyant à sa bonne foi, prennent acte du décès. «Personne n’a rien vérifié», déplore Me Sylvain Cormier auprès de l’AFP.

«Elle disparaît en permanence des fichiers et doit renouveler sans cesse ses démarches d'ouverture de droits»

<strong>Me Sylvain Cormier</strong>, avocat de Jeanne Pouchain.

Depuis, Jeanne Pouchain vit un «calvaire bureaucratique»: elle n’a plus carte d’identité, ni de permis de conduire, de compte bancaire et de mutuelle: «Elle disparaît en permanence des fichiers et doit renouveler sans cesse ses démarches d'ouverture de droits», rapporte-t-il au Figaro.

Aujourd’hui, c’est au tour de Jeanne Pouchain de se rendre au tribunal: une plainte va être déposée. La Lorraine espère que l’État lui «rende son identité» pour ainsi regagner son existence légale et ses droits.

(szu)

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!