Propos de Freysinger sur l'Islam: «Je ne suis pas allé trop loin»
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Propos de Freysinger sur l'Islam«Je ne suis pas allé trop loin»

Oskar Freysinger se défend d'avoir assimilé la religion musulmane, dans son ensemble, au nazisme. Selon le Conseiller national, son discours de samedi, devant l'assemblée des délégués de l'UDC, a été déformé.

par
tpi

Le député valaisan ne comprend pas le procès qui lui est fait aujourd'hui. Face à l'indignation des associations de promotion de l'égalité, Oskar Freysinger répond que ses propos ont été mal interprété. «Je suis convaincu qu'il y a des points communs entre le nazisme et la frange extrémiste de l'Islam, l'islamisme», confirme-t-il. Mais il explique que son discours se borne à cette minorité, et qu'il ne vise en aucun cas les musulmans modérés. «Je ne confondrai jamais musulman et islamiste. Je ne suis donc pas allé trop loin», renchérit-il. C'est donc cette nuance qui aurait été oubliée dans la transcription de ses propos, notamment dans le reportage du journal de la TSR de samedi.

Et sur le fond, Oskar Freysinger précise sa pensée en affirmant qu'il lutte pour que la majorité silencieuse ne soit pas prise en otage par des extrémistes en Suisse. Et «tant qu'on a pas la garantie d'un respect total par tous les musulmans, on a un problème avec l'Islam». C'est donc dans ce contexte qu'il fait une analogie entre le manque de réaction des grandes puissances face à la montée du nazisme dans les années 1930, et le manque de vigilance, à son goût, des autorités helvétiques face au développement de l'islamisme. «Mais j'ai des amis musulmans modérés», conclut Oskar Freysinger.

Les associations sont indignées

«C'est extrêmement grave, ces propos méritent d'être poursuivis», s'exclame Hafid Ouardiri, directeur de la Fondation de l'Entre-Connaissance et ancien porte-parole de la Mosquée de Genève. Selon l'intellectuel musulman, très en colère, les paroles tenues par le Valaisan devant l'assemblée des députés de l'UDC mettent en danger l'équilibre de la société suisse. La dignité et la solidarité entre les peuples, inscrites dans la Constitution helvétique, sont selon lui mis à mal par ce discours qu'il juge «ultra-fasciste».

Les associations font de grands efforts pour que toutes les personnes habitant en Suisse vivent en harmonie, quelles que soient leur religion ou leur origine, explique Hafid Ouardiri. Et les propos de l'UDC pourraient réduire ces efforts à néant. Mais les frasques du député ne l'étonnent guère. «Je connais Oskar, précise-t-il, c'est un fabriquant de peur et de diabolisation». C'est pour toutes ces raisons que Hafid Ouardiri se réserve le droit de poursuivre, à titre personnel, Oskar Freysinger pour diffamation. Et d'affirmer que plusieurs personnalités ou associations pourraient lui emboîter le pas.

Les minarets de la discorde?

Oskar Freysinger a tenu ses propos litigieux dans le cadre du débat interne autour de l’initiative anti-minarets. Le Valaisan fait partie du Comité d’Egerkingen, cette minorité d’UDC et de membres de l’Union Démocratique Fédérale, parti de droite dure, qui est à l’origine du texte. Et samedi, lors de l’assemblée des délégués de l’UDC, l’initiative anti-minarets a jeté comme un froid dans l’assistance, comme le relate Le Temps dans son édition du jour.

En effet, si le texte a été adopté par 288 voix contre 3 non et 3 abstentions, l’union n’aurait été que de surface. Toutes les personnes présentes ont semblé s’accorder sur la nécessité d’ouvrir le débat sur la question de la place des musulmans dans la société suisse. Mais plusieurs députés trouvent les moyens proposés par l’initiative peu appropriés. Le Conseiller national genevois Yves Nidegger s’est ainsi abstenu de voter. Son collègue neuchâtelois, Yvan Perrin, a soutenu le texte, mais a affirmé qu’il ne ferait pas campagne.

Plusieurs autres personnalités du parti agrarien, comme son président Toni Brunner et l’ancien Conseiller fédéral Christoph Blocher ont affiché des positions ambigües sur la question. Il convient également de rappeler que l’UDC ne financera pas la campagne d’affichage de l’initiative anti-minarets, en vue des votations du 29 novembre prochain.

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