Genève: «Je présente mes excuses à la famille d'Adeline»
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Genève«Je présente mes excuses à la famille d'Adeline»

Fabrice A. n'aurait jamais dû sortir de l'enceinte de Champ-Dollon si la loi avait été respectée, dit l'enquête. Le président du Conseil d'Etat s'excuse.

par
Jérôme Faas
Charles Beer, président du gouvernement, au centre, a présenté ses excuses au nom de l'Etat. Il est encadré par Pierre-François Unger (à g.) et Pierre Maudet (à dr.), conseillers d'Etat respectivement en charge, à l'époque des faits, de la Pâquerette et du Service d'application des peines (SAPEM).

Charles Beer, président du gouvernement, au centre, a présenté ses excuses au nom de l'Etat. Il est encadré par Pierre-François Unger (à g.) et Pierre Maudet (à dr.), conseillers d'Etat respectivement en charge, à l'époque des faits, de la Pâquerette et du Service d'application des peines (SAPEM).

«Au nom de l'Etat, je présente mes excuses à la famille de Mme Morel» Charles Beer, président de l'Exécutif cantonal, a pris la mesure du rapport d'enquête administrative portant sur «l'affaire Adeline» et les conditions de sortie de son meurtrier, Fabrice A. Le rédacteur, Bernard Ziegler, l'a affirmé d'emblée, mercredi: «L'autorité d'exécution des peines ne pouvait pas autoriser la sortie accompagnée» fatale.

Pas d'expertise psychiatrique

En ligne de mire: les directions du service d'application des peines (SAPEM) et du centre de sociothérapie de la Pâquerette. Le SAPEM, d'abord: il n'a pas tenu compte du plan d'exécution de la sanction, qui indiquait que tout assouplissement de la peine de Fabrice A. devait être soumis à la commission d'évaluation de dangerosité et qu'une expertise psychiatrique devait être menée. Rien de cela n'a été fait, au mépris de la loi. Le S­APEM s'est contenté du programme de sortie proposé par la Pâquerette.

Les codétenus avaient alerté du risque d'évasion

Ledit plan de route ne contenait pas d'évaluation de dangerosité. La directrice du centre estime que le risque y était «implicitement» écarté. L'acquisition d'une arme, le choix d'une femme comme accompagnatrice («un faux problème», selon elle) ont été validés «sans effectuer de pesée d'intérêts» entre réinsertion et sécurité, juge Bernard Ziegler. «On s'est simplement placé du point de vue du condamné.» Pire, des codétenus de Fabrice A. avaient fait part d'un risque d'évasion.

Repas chez Lipp jamais pris

Le 12 septembre, Fabrice A., violeur récidiviste détenu au Centre de sociothérapie de La Pâquerette, effectue sa deuxième sortie accompagnée avec Adeline M. C’est lui-même qui a choisi la jeune femme. A 11h, ils ont rendez-vous dans un centre équestre de Bellevue. Après cette séance, il est prévu qu’ils déjeunent chez Lipp, puis qu’ils acquièrent un cure-pied muni d’une lame de 20 cm chez Victorinox. L’arme sera en réalité achetée avant 11 h, et l’équithérapie jamais effectuée. Adeline sera retrouvée le lendemain attachée à un arbre et égorgée. Son meurtrier sera arrêté le 15 en Pologne, où il traquait une ex-petite amie. Sa demande d’extradition est en cours.

Deux directrices dans l'oeil du cyclone

Avis de gros temps pour les cheffes du Service d’application des peines et de la Pâquerette. Une procédure administrative est ouverte à l’endroit de la première, loin du bureau depuis hier. L’Exécutif a demandé à l’Hôpital de procéder de même avec la seconde, en arrêt. Il va aussi systématiser diverses procédures relatives aux criminels dangereux, dont certaines avaient été «oubliées» jusqu’alors. Il apparaît que le cas Fabrice A. n’est pas exceptionnel. D’autres détenus ont joui des mêmes largesses. Le rapport a par ailleurs été transmis au Parquet.

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