Journée de la bonne action: «Je reçois plus que je donne»

Publié

Journée de la bonne action«Je reçois plus que je donne»

Qu’est-ce qui motive l’être humain à aider ses semblables? Nous nous sommes entretenus avec Bruno Baumann, guide de l’association Blind-Jogging et son partenaire de course Jörg Schilling, malvoyant.

1 / 4
Bruno Baumann, guide pour aveugles, et Jörg Schilling courent ensemble depuis des années.

Bruno Baumann, guide pour aveugles, et Jörg Schilling courent ensemble depuis des années.

Bruno Baumann et Jörg Schilling: le guide pour aveugle a autant de plaisir que son partenaire.

Bruno Baumann et Jörg Schilling: le guide pour aveugle a autant de plaisir que son partenaire.

Le jogging avec les aveugles requiert une communication verbale et non verbale: une cordelette entre les coureurs.

Le jogging avec les aveugles requiert une communication verbale et non verbale: une cordelette entre les coureurs.

En plus de leurs vêtements de sport, Bruno, guide pour aveugles, et son partenaire de course Jörg portent des gilets orange ornés de l’inscription «aveugle» pour Jörg et «guide» pour Bruno. Tous deux courent tranquillement côte à côte en veillant à l’opposition des bras et des jambes, de sorte que leurs bras se balancent toujours dans la même direction, de manière synchronisée. Ils sont reliés par une petite cordelette noire, qu’ils tiennent chacun à une extrémité. C’est grâce à elle, et à des instructions verbales, que Bruno peut guider son protégé.

Nous nous asseyons sur un banc et Jörg nous raconte ce que l’association Blind-Jogging lui apporte en tant que malvoyant: «Avant, les offres étaient organisées de telle façon qu’il fallait toujours se déplacer. Or, quand on est malvoyant ou aveugle, voyager fait partie des choses que l’on préfère éviter. Blind-Jogging a conçu une offre révolutionnaire: ils viennent te chercher devant ta porte, t’emmènent courir et te raccompagnent chez toi. C’est l’une des raisons qui m’ont poussé à m’inscrire.» 

Bruno poursuit: «Blind-Jogging existe depuis près de 17 ans. De nombreux tandems réguliers se forment avec le temps. C’est le cas pour Jörg et moi. L’offre est également régionale. Quelqu’un qui vit dans la vallée de la Limmat ne va pas courir dans l’Oberland zurichois, et vice versa. En tant que guides, nous veillons à l’optimisation du temps car les gens travaillent pour la plupart – les guides, mais aussi les malvoyants et les aveugles. Il faut donc veiller à trouver des créneaux communs.»

Avant de débuter l’interview, Bruno se tourne vers Jörg et lui demande si le rayonnement du soleil sur sa tête ne le gêne pas. Jörg ayant répondu par la négative, Bruno peut alors se consacrer à nos questions.

Bruno, quelle forme physique faut-il avoir pour accompagner des aveugles ou des malvoyants lors de leur jogging?

Bruno Baumann: J’ai couru mon premier marathon à 34 ans et j’ai au total 31 marathons, marathons de montagne et ultra-marathons au compteur. Mais depuis quatre ans, je ne participe plus à aucune compétition car on m’a posé une prothèse de hanche. Pour être guide pour aveugles, il faut être en relativement bonne forme.

Combien de temps consacres-tu à ton activité de guide pour aveugles?

Je suis guide depuis sept ans. J’accompagne les aveugles une à deux fois par semaine, le plus souvent les deux mêmes coureurs de la région. La confiance est essentielle, de même que l’alchimie au sein du tandem. Sinon, ça ne fonctionne pas. Il faut dire que les coureurs sont presque entièrement dépendants de leur guide.

En tant que coureur régulier, tu es très bien entraîné. Comment fais-tu pour adapter ton rythme à tes partenaires de course?

En tant que guide, mes partenaires sont mes invités. J’adapte mon rythme au leur et nous définissons ensemble le parcours. La motivation d’un guide ne peut être de s’entraîner pour soi, tout en emmenant en plus une personne malvoyante sur son parcours.

Qu’est-ce qui t’a poussé à accompagner des coureuses et des coureurs aveugles?

Il y a quelques années, j’ai dépassé un tandem lors d’une compétition. Ils avaient des t-shirts différents, qui disaient: «I see…» et «…says the blind man». Cela m’a fasciné! Je me suis dit que j’aimerais faire cela moi aussi, après avoir couru 25 marathons. Et c’est ce que j’ai fait. Je suis très reconnaissant d’être en bonne santé, d’avoir pu faire beaucoup de sport, et de pouvoir en faire encore. Je souhaite transmettre ma passion pour la course à pied à celles et ceux qui n’ont pas les mêmes possibilités.

Comment ton engagement est-il perçu par les autres?

De manière générale, les tandems n’attirent pas vraiment l’attention car nous courons côte à côte, comme beaucoup de personnes. Lors des compétitions, c’est totalement différent: on est sans cesse encouragé, même quand on est dans les derniers. Les tandems sont très valorisés.

Les aveugles peuvent-ils faire appel à vous sans jamais avoir pratiqué la course à pied?

Si la motivation est là, c’est tout à fait possible. Cependant, il faut vraiment le vouloir. Avec les débutantes et les débutants, nous commençons par un entraînement intermittent, en alternant marche et course tous les 200 à 300 mètres. Mais on peut s’adapter. Bien sûr, la régularité est aussi importante. S’entraîner une fois par mois n’est pas suffisant. L’idéal est de courir deux fois par semaine.

Souhaites-tu faire passer un message à l’occasion de la Journée de la bonne action?

J’aime pouvoir donner à quelqu’un ce qu’il ou elle n’aurait pas autrement. Ce qu’il lui serait impossible de faire sans une aide extérieure. Donner à une personne la possibilité de faire de l’exercice me motive. Et je ne pense pas uniquement au jogging. Après une séance, je perçois la joie de mes partenaires qui se réjouissent de notre prochaine rencontre. C’est cela qui me fait plaisir. Mais il ne s’agit pas de moi ici. Je me réjouis de pouvoir accompagner ces personnes dans la nature. Lors de mes séances de jogging en tandem, je reçois beaucoup plus que je ne donne!

Ce ne sont pas des paroles en l’air, comme nous le constatons après l’interview. Bruno et Jörg ont noué une vraie amitié à travers la course et sont très à l’aise l’un avec l’autre. Bruno le confirme: «Quand il m’énerve, je lui dis simplement ‹Fais attention, sinon je te pousse dans le ruisseau›.» Jörg sourit, et complète: «Ou alors, il me dit: ‹Je te laisse en plan dans la forêt profonde›.» (Ils éclatent de rire)

Faire le bien et inspirer les autres!

Ton opinion