Genève: «Je refuse qu'on me mette un meurtre sur le dos»
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Genève«Je refuse qu'on me mette un meurtre sur le dos»

Le procès du rodéo de Vernier s'ouvre lundi. Un des deux prévenus de meurtre dit sa vérité. Il nie toute course-poursuite.

par
Jérôme Faas
Luis* juge nêtre pas responsable du terrible accident mortel.

Luis* juge nêtre pas responsable du terrible accident mortel.

«J'ai chaque jour une pensée pour la victime, quelque chose de terrible est arrivé cette nuit-là, mais je n'y suis pour rien.» Dès lundi, Luis* sera jugé pour meurtre, avec un autre prévenu. Celui-ci, le 29 décembre 2012, avait embouti à plus de 100 km/h le véhicule d'un homme arrêté à un feu rouge de la route de Vernier; mort sur le coup. Le Parquet parle de course-poursuite, ce que nie fermement Luis.

Oui, lui aussi a roulé bien trop vite ce matin-là, après son travail de videur au MOA, poussant jusqu'à 121 km/h selon l'acte d'accusation. L'infraction routière grave, il l'admet. «C'est un tronçon que je connais bien, et j'avais l'habitude de rouler vite.» Il traîne d'ailleurs des antécédents, et a roulé sans permis par la suite. «C'est le coupable idéal», fustige l'un de ses avocats, Me Timothée Bauer. Car Luis jure avoir ignoré qu'une autre voiture le suivait à tombeau ouvert. «Je n'ai ni vu de phares, ni entendu de moteur. Je refuse qu'on me mette un meurtre sur le dos. J'ai essayé de sauver la victime. Je ne savais pas qu'elle était déjà décédée, j'étais à quelques secondes d'atteindre l'habitacle, avant qu'il n'explose. Le métier de videur, c'est aussi porter secours. Je le vis très mal.»

Le rodéo, «une thèse sans aveux ni images»

De son point de vue, le Ministère public s'arc-boute sans raison sur la thèse du rodéo. «Il fait la chasse au Père Noël.» Ses conseils, Mes Timothée Bauer et Xavier-Marcel Copt, évoquent ainsi «une thèse, une déduction que ni aveux, ni images» n'étayent. «Le choc et les mètres le précédant n'ont pas été filmés. Et rien n'indique que notre client ait empiété sur la file de l'autre protagoniste, contraignant sa trajectoire. Il n'existe aucune causalité entre son comportement certes fautif et l'accident.» Ils plaident donc l'acquittement de meurtre, voire d'homicide par négligence. «Il n'y a pas eu de course, ni de manœuvre influant le comportant du second prévenu. A l'instant t, Luis ne se trouvait pas sur sa file. La reconstitution démontre qu'il n'a effectué aucune queue de poisson», insiste Me Bauer.

C'est une tout autre ligne de défense qu'emprunte Me Eve Dolon, qui défend l'étudiant qui a heurté la voiture de la victime. «Nous ne voulons pas être associés à l'autre prévenu: si factuellement, pour mon client, il n'y a pas eu de course-poursuite, il y a une infraction de résultat qu'il ne conteste pas»: un décès. Elle plaidera l'homicide par négligence.

«Dans ce contexte, la voiture devient une arme»

Pour la partie plaignante, défendue notamment par Me Robert Assaël, le rodéo «est établi par le dossier et l'extraordinaire travail de reconstitution vidéo mené par la police». Pour lui, «Le choix du Ministère public de retenir le meurtre s'impose. On se situe largement au-delà de la négligence. Pour le prévenu qui roule à 120 km/h, en ville, sous l'effet de l'alcool et du cannabis, la voiture devient une arme: si dans ce cas précis, la justice genevoise ne retient pas le meurtre, elle ne le retiendra jamais.»

Représenté par le premier procureur Stéphane Grodecki, le Parquet, comme usuellement, réserve ses arguments pour les juges.

*Prénom d'emprunt

Meurtre, première?

Le procureur a retenu le meurtre plutôt que l'homicide par négligence contre les deux prévenus. La voie est étroite: jamais le Ministère public genevois n'a jamais réussi à faire condamner un chauffard pour ce chef d'accusation. En Suisse, Lucerne y est parvenu. Ce sera l'un des enjeux du procès, qui précède celui du rodéo de la rue de Lyon, aux Charmilles: en cas de culpabilité, les juges opteront-ils pour le meurtre par dol éventuel (qui suppose que l'on s'accommode des conséquences, même non voulues, de ses actes), impliquant au moins 5 ans de prison? Ou cocheront-ils l'homicide par négligence, passible d'au plus 3 ans?

L'accusation parle rodéo, alcool et joint

Le 29 décembre 2012 à 5h15, A. est arrêté à un feu rouge route de Vernier. Une voiture conduite par un étudiant complétement soûl et sous l'emprise du cannabis l'emboutit à passé 100 km/h. Il meurt sur le coup, puis son auto explose. L'acte d'accusation accable les deux prévenus, affirmant qu'ils se livraient à un rodéo. L'étudiant aurait tenté de doubler «à tout prix» le videur du MOA. Ce dernier l'en aurait empêché par diverses manoeuvres, «l'amenant» à percuter A.

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