Tunnel sous la Manche: «Je sais que c'est très dangereux, mais j'essaye»
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Tunnel sous la Manche«Je sais que c'est très dangereux, mais j'essaye»

Plus de 100 policiers supplémentaires seront envoyés dans le nord de la France pour sécuriser la région de Calais et «notamment le site d'Eurotunnel».

Un candidat à l'exil en Grande-Bretagne est mort dans la nuit de mardi à mercredi à Calais (nord), où les tentatives d'intrusion de migrants sur le site du tunnel sous la Manche se multiplient, contraignant les autorités à mobiliser 120 policiers supplémentaires. Ces dernières semaines, le site d'Eurotunnel a été assailli quotidiennement par des migrants bloqués à Calais mais désireux de traverser coûte que coûte, et la société exploitante du tunnel s'est dite mercredi «dépassée» par la situation.

Dans la nuit de mardi à mercredi quelque 1500 tentatives d'intrusion ont été rapportées après un pic de 2000 la veille. Quelque «150 ou 250 migrants ont essayé de passer dans le tunnel cette nuit, plusieurs fois», a précisé la maire de Calais Natacha Bouchart, interviewée sur la radio France Info. «C'est très préoccupant», a réagi le Premier ministre britannique David Cameron, en marge d'une visite à Singapour. «Nous collaborons étroitement» avec les autorités françaises pour faire face à la situation«, a-t-il ajouté.

Une réunion d'urgence du comité Cobra, constitué de ministres et responsables de la sécurité, va se tenir mercredi à Londres pour aborder les incidents de Calais, sous la direction de la ministre de l'Intérieur, Theresa May. Cette dernière avait reçu mardi la visite de son homologue français, Bernard Cazeneuve. Le ministre a annoncé mercredi l'envoi de 120 policiers, en plus des 300 déjà mobilisés, pour sécuriser la frontière à Calais et le site d'Eurotunnel, alors que la polémique commence à gonfler en France.

Violences policières à Calais

Trois tentatives en une seule nuit

Un candidat de l'opposition de droite aux prochaines élections régionales dans le nord, Xavier Bertrand, a réclamé un «sommet franco-britannique exceptionnel» et un «blocus maritime au large des côtes libyennes». L'homme décédé, d'origine soudanaise et âgé de «25 à 30 ans», aurait été percuté par un camion «qui descendait d'une navette pendant qu'il essayait de grimper» dans le train, a déclaré une source policière.

«J'ai tenté trois fois (de rejoindre la Grande-Bretagne via le tunnel) cette nuit, mais c'était très difficile avec tous les vigiles. Je sais que c'est très dangereux, mais j'essaye», a déclaré à l'AFP Abraham, Soudanais lui aussi, âgé d'une trentaine d'années. L personne morte dans la nuit de mardi à mercredi est la neuvième personne décédée aux environs du site d'Eurotunnel depuis le début du mois de juin et le groupe a réclamé mercredi une réaction des pouvoirs publics des deux côtés du channel.

«On est face à des invasions systématiques»

Tancé par le ministre de l'Intérieur, qui l'a appelé à «prendre ses responsabilités», le groupe Eurotunnel a affirmé avoir «intercepté, depuis le 1er janvier, par ses moyens propres plus de 37'000 migrants qui ont été remis aux forces de l'ordre.» Il a également assuré avoir investi «plus de 160 millions» pour sécuriser l'accès au tunnel et doublé le nombre de gardiens, à «près de 200 personnes».

«On n'est pas dans le cadre d'un passager qui ne paye pas son billet, on est face à des invasions systématiques, massives, peut-être même organisées, à vocation médiatique puisque, in fine, personne ne réussit à traverser le tunnel sous la Manche», a affirmé M. Gounon, interrogé sur France Info. «La pression qui s'exerce maintenant chaque nuit dépasse ce qu'un concessionnaire peut raisonnablement faire», conclut le groupe qui a renvoyé la balle aux pouvoirs publics en réclamant «une réaction appropriée des Etats».

Eurotunnel demande une indemnisation

La pression migratoire est très forte à Calais, point de passage le plus proche vers la Grande-Bretagne depuis le continent européen. Cette proximité attire sur place depuis des années les clandestins en quête de gagner ce qu'ils considèrent comme un «eldorado». Depuis des travaux de sécurisation du port début juin, barricades et fils barbelés rendent plus difficile l'accès aux camions qui embarquent sur les ferries. Les clandestins se sont donc reportés sur le site du tunnel, plus difficile à sécuriser en raison de son immensité (650 hectares et 28 kilomètres de clôture).

Selon le dernier comptage officiel, remontant à début juillet, environ 3000 migrants, essentiellement des Érythréens, des Éthiopiens, des Soudanais et des Afghans, sont recensés dans la région. De sources officielles, le départ de quelque 5000 migrants candidats au départ vers la Grande-Bretagne a été à ce jour empêché, que ce soit sur le site d'Eurotunnel ou via le port de Calais. Eurotunnel a demandé une indemnisation de 9,7 millions d'euros aux gouvernements français et britannique, pour compenser ses dépenses liées à l'afflux de migrants.

Les autorités britanniques ont déjà déboursé 4,7 millions d'euros pour la construction de barrières visant à sécuriser les accès des plateformes et du terminal. Elles devraient être effectives dans la première semaine du mois d'août, a indiqué Eurotunnel. Londres a annoncé mardi une rallonge de 10 millions d'euros pour renforcer la sécurité du terminal d'embarquement. (afp)

«Un certain nombre de migrants» a réussi à entrer au Royaume-Uni

«Un certain nombre» de migrants a réussi à entrer au Royaume-Uni ces derniers jours en passant par le Tunnel sous la Manche, a déclaré mercredi, sans donner de chiffre plus précis, la ministre britannique de l'Intérieur Theresa May. «Plus de cent (migrants) sont passés, répartis sur plusieurs trains», a affirmé de son côté une source britannique proche du dossier à l'AFP. «Un certain nombre a réussi à passer. Nous allons traiter chaque demande d'asile selon nos procédures habituelles. La priorité pour nous est de renforcer la sécurité sur le site (d'Eurotunnel) de Coquelles (en France), afin de nous assurer que personne n'essaye de traverser le tunnel», a souligné Theresa May après avoir présidé une réunion d'urgence du comité Cobra à Londres.

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