Hugo Clément parle cause animale à Genève
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Hugo Clément«Je suis assez optimiste pour les années à venir»

Engagé pour la cause animale, le journaliste français, qui présentera une conférence à Genève, compte bien continuer à dénoncer les dérives de l’industrie agroalimentaire.

par
Ludovic Jaccard

Défenseur de la cause animale et de l’écologie, Hugo Clément est un journaliste engagé. Il n’hésite pas à mener ses enquêtes sur des terrains parfois très hostiles à son égard, comme on peut le voir dans ses émissions «Sur le front», sur France 5. Afin d’informer les gens sur ce que leur cache l’industrie agroalimentaire, le Français de 32 ans, devenu végétarien, tiendra une conférence intitulée «Le pouvoir est dans votre assiette», jeudi 2 décembre 2021, à Genève au Théâtre du Léman.

De quoi allez-vous parler lors de votre conférence?

Cette conférence est avant tout un témoignage de ce que j’ai découvert en allant sur le terrain, derrière les portes des élevages intensifs, à la rencontre d’ouvriers d’abattoirs, au bord des océans en ce qui concerne la pêche, en Amazonie, où j’ai été témoin de la déforestation qui est liée à l’élevage, ou encore dans les fermes à saumons en Écosse, où l’on essaie de nous cacher pas mal de choses. C’est donc de la transmission d’informations, raconter ce que j’ai vu et donner aux gens les clés pour agir et prendre leur décision en tant que consommateur, en connaissance de cause.

Avez-vous l’impression que la cause animale touche de plus en plus de gens?

Oui. En tout cas en France, il y a des millions de personnes qui sont sensibles à cette question-là, qui s’engagent de plus en plus dans les associations qui font pression sur les politiques pour que des mesures soient prises. Mais il y a encore beaucoup de travail à faire. En France, on est en retard sur la question de l’élevage intensif et de la chasse, qui sont des domaines un peu intouchables pour l’instant.

Que faudrait-il faire pour que cette cause avance plus vite?

Il faudrait adhérer massivement aux associations de protection des animaux, parce que quand elles seront plus puissantes, en nombre et en influence, que certains lobbys, les choses avanceront plus vite. Tant que les défenseurs des animaux, qui sont majoritaires, ne s’organisent pas aussi bien que les personnes qui défendent les pratiques les plus cruelles et l’industrie agroalimentaire, on aura plus de mal à se faire entendre. Mais je pense que c’est en train de bouger et je suis assez optimiste pour les années à venir.

Pour une majorité de Français, la cause animale est mal défendue par les politiciens. Pour quelles raisons, selon vous?

On a une classe politique qui est assez âgée en France. Il y a beaucoup d’élus qui considèrent que ce n’est pas un vrai problème. Pour eux, les animaux sont vus un peu comme des objets. Et, surtout, il y a la force des lobbys qui défendent l’élevage intensif parce que ça rapporte de l’argent à l’industrie agroalimentaire et pas vraiment aux éleveurs. Il y a aussi le lobby de la chasse, très puissant en France. Ces groupes ont un pouvoir de nuisance très important pour les élus. Pour le coup, ils ne vont pas s’engager pour la défense des animaux afin d’éviter d’avoir à gérer des problèmes de pression. Mais c’est une vision biaisée de la société, car aujourd’hui la majorité des citoyens est favorable à des mesures pour protéger les animaux. Donc les élus sont encore prisonniers de ces lobbyistes. L’enjeu est d’arriver à rendre ces lobbyistes inaudibles et minoritaires pour que les attentes de la majorité des citoyens soient enfin écoutées.

Vous êtes souvent menacé dans vos combats, notamment sur les réseaux sociaux. En avez-vous peur?

Non. En tout cas, ça ne m’empêche pas de faire mon travail. Il y a deux choses: les critiques un peu virulentes, qui sont normales. Quand on accepte de s’exposer dans les médias, on s’expose aussi à des gens qui ne vous aiment pas. Si cela reste de la critique, c’est normal et il faut l’accepter. Dès que ça devient de la menace, je ne l’accepte pas et je porte plainte. Souvent, les gens sont identifiés et condamnés.

Face à ces menaces, vos proches sont-ils inquiets?

Oui, par moments, mais la plupart du temps ça se passe bien. J’ai la chance d’être journaliste, et donc d’aller sur le terrain et ensuite de rentrer chez moi. Je ne suis donc plus exposé à d’éventuels problèmes. Les gens qui sont vraiment en danger sont les défenseurs de l’environnement qui agissent à l’endroit où ils vivent. Eux, ils sont parfois victimes de pressions, de menaces, d’agressions, parfois même de meurtres dans certains pays. Il faut leur rendre hommage et les mettre en lumière autant qu’on peut.

Comment tenez-vous le choc face à la souffrance des animaux, sous vos yeux?

Quand on est sur le terrain en tant que journaliste, on a une espèce de filtre entre nous et ce qui se passe sous nos yeux. On regarde ça à travers le prisme du reportage, et ça nous protège de la violence dont on est témoin. Et je n’ai pas l’impression d’être impuissant quand j’assiste à ce genre de scène. Cela peut être le massacre de dauphins aux îles Féroé ou la déforestation en Amazonie… À travers mon travail, je peux jouer un rôle dans le fait de régler ce problème à long terme en informant et en mobilisant les citoyens. Le plus difficile, c’est le sentiment d’impuissance. Moi, je n’ai pas ce sentiment-là. Et je passe beaucoup de temps aussi avec les militants de l’environnement qui agissent concrètement. L’énergie de ces gens-là me rebooste et me donne beaucoup d’espoir. Ces gens sont la plupart du temps rayonnants, très motivés, et vous ne pouvez pas baisser les bras ou être abattu quand vous êtes avec eux.

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