Lutte contre le racisme: «Je suis devenu Noir en arrivant à Genève»
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Lutte contre le racisme«Je suis devenu Noir en arrivant à Genève»

Léo* est originaire de la Corne de l’Afrique. Arrivé en Suisse à l’âge de 10 ans, il témoigne de la difficulté de parler des discriminations raciales vécues avec ses parents, en raison d’un fossé générationnel.

par
Leila Hussein

Léo* a choisi de parler à visage couvert, non pas pour garder l’anonymat, mais pour que «tout le monde puisse se reconnaître dans son vécu, car les victimes de racisme n’ont pas de visage. Tout le monde peut un jour être visé.»

Léo* est arrivé à Genève à l’âge de 10 ans à la suite d’un regroupement familial. Originaire de la Corne de l’Afrique, le jeune homme a subi ses premières discriminations raciales lorsqu’il a intégré le système scolaire suisse, à 12-13 ans. «Je n’avais jamais vécu de racisme. Je ne savais pas ce que c’était. Je suis devenu Noir en arrivant ici», se souvient Léo, qui a été naturalisé suisse depuis. À l’époque, il n’avait personne à qui confier ses histoires, ses parents ne comprenant pas le racisme ordinaire qu’il vivait à l’école. En effet, il existe un fossé générationnel au sein des familles immigrées, qui rend la communication sur le sujet difficile.

Aujourd’hui âgé de 21 ans, il est l’aîné de quatre enfants et il met un point d’honneur à être à l’écoute de ses deux sœurs et de son petit frère. C’est l’une des raisons pour lesquelles il a accepté de témoigner sur la thématique du fossé entre les parents et les enfants de familles immigrées (voir vidéo).

«Les victimes de racisme n’ont pas de visage»

Léo a choisi de parler à visage couvert, non pas pour garder l’anonymat, mais comme il le dit: «Pour que tout le monde puisse se reconnaître dans mon vécu. Pour que mon histoire fasse écho à celle des autres, car les victimes de racisme n’ont pas de visage. Tout le monde peut, un jour, être visé.» Depuis quelques années, le jeune homme bénéficie du soutien de l’Association médiatrice interculturelle (AMIC), une structure fondée en 2010, qui cible principalement les femmes, les enfants et les jeunes, originaires de la Corne de l’Afrique. En novembre dernier, un projet de l’AMIC a été retenu par la Ville de Genève dans le cadre d’un appel à projet lancé en août dernier.

La couleur: principal motif de discrimination à Genève

Les discriminations à l’égard des personnes noires comptent parmi les plus répandues dans le monde, comme l’a rappelé de manière dramatique le meurtre de l’Afro-Américain George Floyd, mort asphyxié sous le genou d’un policier blanc, le 25 mai 2020 aux États-Unis. À Genève, en 2019, le racisme anti-Noirs était le motif de discrimination le plus fréquemment signalé au centre de conseil pour les victimes de racisme. Au niveau national, il constituait le deuxième motif, après la xénophobie.

Des ateliers pour réduire le fossé

L’association prévoit de mettre en place six ateliers axés sur la problématique du «fossé «parents-enfants». Ces rendez-vous, destinés aux personnes victimes de racisme anti-Noirs, ont pour objectif de leur donner des outils pour mieux communiquer, nommer, comprendre et combattre les discriminations vécues. «Ces discriminations répétées et persistantes, qui donnent le sentiment de ne pas faire partie intégrante de la société suisse, peuvent créer des tensions et renforcer la vulnérabilité des personnes, confie Sewit Abadi, responsable de projet à l’AMIC. Il nous semblait donc important de permettre à celles-ci de comprendre et déconstruire ce racisme, afin de développer une résilience. Les ateliers pour parents-enfants seront animés par une médiatrice interculturelle accompagnée d’intervenants externes: animatrice pour enfants, psychomotricienne, plasticienne, et un musicien pour enfants.» Les rendez-vous, initialement prévus début février, ont été reportés au mois de mars, en raison de la situation sanitaire liée au coronavirus.

La Ville soutient la lutte contre le racisme anti-Noirs

À la suite de la création d’une ligne budgétaire de 50’000 francs consacrée à la lutte contre le racisme anti-Noirs, le «Service Agenda 21 – Ville durable» a lancé, en août 2020, un appel à projets pour répondre à cette problématique. En novembre dernier, la Municipalité a choisi sept propositions faites par des associations spécialisées dans ce domaine. «Il est essentiel que la Ville travaille avec les associations actives dans la lutte contre le racisme anti-Noir-e-s et avec des personnalités afro-descendantes pour répondre au plus près aux besoins identifiés par les personnes concernées», a souligné Alfonso Gomez, conseiller administratif responsable des questions d’égalité et de diversité.

Listes des projets soutenus par la Ville

  • «Constellations afropéennes: portraits de 30 personnalités afro-descendantes suisses», par un collectif de femmes afro-descendantes artistes et expertes en communication, ressources humaines et méthodologie d’enquête.

  • Ateliers pour parents-enfants et jeunes sur le racisme anti-Noir-e-s, par l’association des médiatrices interculturelles (AMIC).

  • «La mécanique raciste: GE - la déconstruit», par le Collectif Afro-Swiss (CAS).

  • «Passion Fruit Seeds: La culture Hip-Hop, ses racines et son déracinement», par le collectif Faites des vagues.

  • «Dans le Cœur d’un-e Noir-e», par une personnalité afro-descendante en formation de journalisme et de réalisation audiovisuelle.

  • Constitution d’une plateforme d’associations en vue d’une recherche-action sur la prévention du racisme anti-Noir-e-s à Genève, par la Permanence juridique et administrative pour les personnes d’ascendance africaine (PJA).

  • «Afro Stories (Podcast) - Trajectoires de femmes et d’hommes afro-descendant-e-s», par l’association The Spot.

*Prénom d’emprunt

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