Guy Carlier: «Je travaille sur un projet TV pour fin 2012»
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Guy Carlier«Je travaille sur un projet TV pour fin 2012»

De passage en Suisse pour enregistrer une émission de la RTS et présenter son one man show, Guy Carlier nous a accordé un long entretien où il nous parle de TV, de sa maladie et de sa nouvelle passion: le théâtre.

par
Fabrice Aubert

Vous avez un rapport très particulier avec la Suisse…

Je crois que je vais être suisse dans quelques mois puisqu'après cinq ans de mariage on peut demander la double nationalité et que mon épouse, la fille de Frédéric Dard, est franco-suisse. Mais je ne vais pas faire la demande parce que j'ai déjà fait 13 mois de service militaire en France donc je ne veux pas à mon âge refaire de l'armée en Suisse. Mais j'adore ce pays. Nous venons chaque année pour y passer des vacances et j'aimerais vraiment pouvoir y venir plus souvent.

Vous pourriez vous y installer pour la fiscalité?

Non. Pour le coup, fiscalement on est un peu belges. On est probablement le seul couple dont la femme était domiciliée en Suisse mais qui est venue en France pour me suivre et y payer ses impôts. C'est une belle preuve d'amour.

En Suisse, vous logez dans la maison de Frédéric Dard, comment le vivez-vous?

Un peu comme une usurpation. La première fois où on est venu à Bonnefontaine, je n'ai pas pu rentrer dans la maison. Assez stupidement je suis allé à l'hôtel à Fribourg. Il m'a fallu trois voyages pour pouvoir franchir le seuil de cette maison. Au début je dormais dans une annexe réservée aux invités. Il m'a fallu deux ou trois ans pour pouvoir dormir dans la grande chambre de Frédéric Dard et m'installer à son bureau comme me le demandait Joséphine. C'était terrible. C'est une maison que j'aime beaucoup mais dans laquelle je suis toujours très gêné. Je suis par exemple incapable d'ouvrir une armoire ou un tiroir.

Comment s'est passé l'enregistrement de «La puce à l'oreille»

Très bien. C'est une émission culturelle mais populaire, ce que j'aime beaucoup. On n'est pas dans une chapelle d'initiés où tout le monde se masturbe allégrement. C'était très bon enfant, très agréable. En plus on vous sert du vin blanc. En France c'est interdit. Vous avez les coupes de champagnes planquées, avec des verres d'eau sur la table. Et à chaque sujet diffusé à l'antenne, tout le monde picole.

Que connaissez-vous d'autre de la télévision suisse?

Je connais Darius Rochebin, votre PPDA. J'ai participé deux fois à son émission «Pardonnez-moi» et je l'ai aussi vu présenter le journal. Je trouve que ce mec est bien. C'est un PPDA qui se la pète moins ostensiblement que le nôtre. En plus, D'Arvor se présente à l'Académie française donc il a un côté «humoristique» que n'a pas Darius. Ce dernier n'a pas de prétention littéraire et ne plagie pas pour écrire des romans. Donc j'aime bien ce garçon.

Et à la télévision française, que pensez-vous des présentateurs de JT?

De plus en plus, sur les chaînes d'informations françaises, vous avez des Barbie et des Ken. Des gens qui ne sont pas journalistes mais juste présentateurs, incapable de donner une idée quelconque dans la ligne éditoriale. Ils sont là pour se montrer. Sauf dans le service public. Pujadas est un journaliste de qualité. Et même les beaux gosses comme Delahousse ont une crédibilité. Sur TF1 c'est un peu différent avec Laurence Ferrari, qui est insipide. En France il y a 10'000 personnes qui pourraient faire son job. On sent très bien qu'elle n'est pas à sa place et n'est pas du tout impliquée dans les choix rédactionnels.

Que regardez-vous à la TV?

J'adore «Canal football club». Je suis un grand fan de football et je trouve le ton de cette émission très bon. En fait je suis très friand des programmes de Canal +. Je suis très rock, foot et cinéma. A part le «Grand Journal» de Michel Denisot, où je trouve qu'ils font preuve de suffisance.

Et qu'est-ce qui vous horripile?

Quand on nous parle de la guerre de 14-18 à l'école, on nous dit que les hommes étaient de la chair à canon. Dans les émissions de télé-réalité, il y a de la chair à TV. C'est le cas de «Confessions intimes» sur TF1 avec des thèmes du genre «Mon mari est affreusement jaloux». C'est toujours le même profil psychologique de personnes modestes prêtes à tout pour passer à la télévision, y compris à être humiliées. Mais cela va au-delà de TF1. Le monde est en train de changer comme ça avec des nouvelles formes d'esclaves, des gens qui sont dans le low-cost de la vie et espèrent entrer dans la catégorie Premium. Je me souviens d'une émission terrible: «Y'a que la vérité qui compte». Un type largué par sa fiancée l'a faisait venir sur le plateau. On comprenait qu'elle était très heureuse avec un autre mec qui peut-être même parvenait à la faire jouir au contraire de son ancien copain. Dans l'émission, elle découvrait son ex alors qu'elle ne voulait plus le voir. Elle était contrariée et n'ouvrait pas le rideau. Et le mec était humilié et repartait seul. Mais il était prêt à tout pour passer à la TV.

Vous avez été connu du grand public grâce, surtout, à votre participation à «On ne peut pas plaire à tout le monde». Est-ce que la télévision vous manque?

Non. Je ne suis pas un grand fan de télévision en fait. J'ai mis de côté ce rôle de sniper que j'avais dans «On ne peut pas plaire à tout le monde». Les gens ont retenu que je jouais un rôle de méchant alors que dans la vie j'aime les gens. Je devais y faire une chronique, puis deux. Et Marc-Olivier Fogiel, qui est devenu un ami très proche, m'a demandé de rester tout le temps. Et ce sont mes interventions improvisées, qui donnaient lieu à des altercations avec des gens que je n'aimais pas trop, qui sont restées. Alors que je préparais des chroniques pendant une journée entière. Vous vous retrouvez face à des gens comme Raël ou Elisabeth Teissier... enfin quelqu'un pour qui vous n'avez pas une grande estime. Et vous lui expliquez pourquoi, en essayant d'y mettre de l'humour, de l'esprit. Mais en face de vous les gens sont venus vendre quelque chose, en l'occurrence un calendrier pour Elisabeth Tessier. Elle a d'ailleurs récemment prédit une très bonne campagne pour DSK... c'est dire! Mais cela peut être plus grave comme quand elle annonce, dans les années 1980, qu'on va trouver le vaccin contre le sida. Des mecs malades croient à ça et ils en crèvent. Je lui en voulais pour ça, mais depuis je m'en fous. On m'a même proposé une émission avec elle au moment de la Coupe du monde de foot. Mais quand je l'ai appelée, elle n'a pas voulu me parler et m'a raccroché au nez deux fois. Il faut dire qu'elle a perdu le procès qu'elle m'avait fait à l'époque. Et j'ai dit que c'était une faute professionnelle parce qu'elle n'avait pas prédit sa défaite. Donc elle m'en veut encore.

Vous auriez envie de refaire de la télé?

Depuis que j'ai arrêté «On ne peut pas plaire à tout le monde» avec Marc-O, je reçois plusieurs propositions chaque année mais je n'ai plus envie de jouer le rôle du sniper que j'avais dans cette émission. Le jour où Isabelle Huppert m'a dit, en arrivant sur le plateau, qu'elle craignait de se retrouver face à moi, j'ai su que je devais arrêter. Quand même, avec la carrière qui est la sienne, elle ne pouvait pas avoir peur de moi. On m'avait enfermé dans un rôle qui n'est pas le mien. Mais j'ai fait depuis quelques émissions sur mes passions comme le cinéma ou le foot. J'ai arrêté parce que je faisais la matinale à la radio et quand vous vous levez à deux heures du matin, vous avez besoin de récupérer le week-end, vous ne pouvez pas faire de la télé. Et là avec mon spectacle, je suis en tournée pendant une année et demi en province donc c'est un peu embêtant. Mais je travaille sur un projet que j'aime bien. Je suis en négociations avec des chaînes. Et on verra ça pour la rentrée de septembre 2012. Pour le moment je ne veux pas en dire plus. Ce que j'aime c'est écrire donc il y aura des bouts de chroniques écrites tout au long de l'émission mais je ne peux pas vous en donner le concept pour le moment.

Avez-vous encore des contacts avec Marc-Olivier Fogiel?

Bien sûr, nous sommes très proches. Il ne se passe pas une semaine sans que l'on échange des e-mails. Maintenant, ses mails sont un peu particuliers parce qu'il m'envoie des photos de sa fille sans arrêt (rires). Je n'aurais jamais pensé être si proche de Marc-O alors qu'on a 20 ans de différence et que tout nous différencie culturellement. On ne vit pas dans le même monde, mais il s'est passé quelque chose dans le domaine de l'affectif. Il y avait une relation père-fils entre lui et moi même si dans le cadre de la TV c'était lui mon père. On passait beaucoup de temps ensemble pour «On ne peut pas plaire à tout le monde», puis sur Europe 1, et ça a resserré nos liens.

Vous avez fait beaucoup de matinales. Qu'est-ce que cela implique pour la vie privée?

Ça fout votre vie en l'air! Vous n'avez plus de vie affective. Je me couchais avant mon fils de 4 ans et demi. Je me recouchais dans la journée puis me relevait pour écrire mon spectacle en étant déboussolé. C'était très compliqué. C'était très dur pour le rythme familial, alimentaire, etc. Alors que là je peux emmener mon fils à l'école. Une chose est sûre: je ne referais plus de matinale.

Dans votre spectacle, «Ici et maintenant», on découvre votre côté fragile et touchant. Avez-vous ressenti le besoin de dévoiler au public ce côté de votre personnalité?

Oui, j'ai éprouvé ce besoin. Mais déjà avant le spectacle. Depuis la fin d'«ONPP», mes chroniques matinales à la radio étaient sur un éventail plus large que le tir au pigeon. Bien sûr, j'allumais quand le besoin s'en faisait sentir. Mais quand vous faites une chronique à 7h45, vous devez être homogène avec le ton du reste de la matinale. J'étais la récré mais je devais mettre du fond. Et j'essayais aussi d'aller déjà dans l'émotion. Sur scène je ne voulais pas faire un best-of de mes chroniques, mais avoir une vraie qualité théâtrale. J'ai donc travaillé avec François Rollin. Je voulais qu'il y ait un fil rouge, qu'on se marre et que par moments on bascule dans l'émotion.

C'est un spectacle très autobiographique…

Je dirais que c'est l'autobiographie de chacun. Je parle de la vie que chacun avait avant le spectacle et aura quand on va se quitter. Et du moment que l'on va partager pendant le spectacle. C'est pour ça qu'il s'appelle «Ici et maintenant». Je parle donc évidemment de ce qui s'est passé dans ma vie. Mais même s'ils n'ont pas fait de radio ou eu de problèmes de boulimie, les spectateurs ont leurs diables aussi. Chacun se reconnait et cela permet un partage avec le public qui est assez troublant. Et la plus belle récompense c'est quand des femmes viennent me voir à la fin du spectacle avec leur rimmel qui a coulé en me disant qu'elles ont pleuré de rire... mais d'émotion aussi.

Vous révélez une jeunesse et adolescence douloureuse, comment arrivez-vous à en rire?

Ce que j'adore c'est passer de l'émotion au rire. Quand je parle de ma boulimie et de mes problèmes, dès que je suis trop dans le pathos, je m'en sors par une pirouette humoristique. Mais ce n'est évidemment pas facile de parler de ces souvenirs douloureux.

Vous êtes sorti de la boulimie depuis six ans. Comment cela s'est-il passé, avez-vous eu un déclic?

Je souffrais de boulimie en raison d'un manque affectif. A l'époque, ma vie se passait à la télévision et à la radio mais je n'avais aucune vie affective. Je compensais mon manque d'assurance par de la nourriture. J'en étais arrivé à un point tel que je ne pouvais même plus voir mes enfants, tellement j'avais honte. Lorsque j'ai rencontré ma femme, Joséphine Dard, la situation a changé. J'ai eu envie d'avoir une nouvelle vie de famille. Elle m'a apporté la stabilité qu'il me manquait. C'est grâce à cela que j'ai pu me faire soigner.

Comment cela s'est-il passé concrètement?

J'ai passé neuf mois dans une clinique spécialisée dans les dépendances, qui soignait aussi des alcooliques, toxicomanes ou même des jeunes dépendants aux jeux vidéos. Pendant neuf mois, j'ai dû réapprendre à manger. Je me suis sevré et j'ai travaillé avec des psys. Mais c'est un privilège. Parce que les gens qui ont cette maladie sont de plus en plus des personnes modestes. Quand vous vivez dans le Nord de la France et qu'on vous licencie, vous n'avez rien d'autre à faire que de regarder la TV en bouffant des chips. Vous avez rapidement des problèmes de bouffe ou d'alcool. Et ces gens n'ont pas les moyens d'aller neuf mois dans une clinique pour se soigner.

Et maintenant vous êtes complètement guéri?

Oui. Mais je vais me faire opérer en mai. Je vais me faire enlever les dégâts du passé qui m'emmerdent maintenant que je ne suis plus boulimique. Je fais ça pour mon fils, Antoine, qui a 5 ans. Cela va impliquer beaucoup de changements dans ma vie, comme ma façon de bouger.

Avez-vous le trac avant de monter sur scène?

Il y a un moment assez difficile: c'est quand j'entends le public qui s'installe. Tout d'un coup je suis pris de panique. Je me dis que tout ne tient qu'à un fil. Mais vous ne pouvez pas être en pilotage automatique. A chaque fois que je monte sur scène je pars pour un nouveau voyage d'une heure et demi. Tous les gens qui font du théâtre vous diront que même si vous êtes malade, dès que vous êtes sur scène, vous oubliez tout jusqu'à la fin du spectacle. Pour moi c'est la plus belle expérience de ma vie. C'est plus fort que la radio, la TV, les bouquins. Je suis très heureux. J'ai attendu ce moment très longtemps mais ça valait le coup.

Vous avez le prénom de votre femme, «Joséphine», tatoué sur votre poignet droit. Quelle est l'histoire de ce tatouage?

Deux mois après notre rencontre, elle s'était fait tatouer mon prénom. Quand j'ai vu ça je lui ai dit que je ferais pareil... mais j'avais peur que cela me fasse mal donc je repoussais le moment. Et après deux ans, elle m'a dit: «Tu ne le feras pas!» Le lendemain, je suis allé chez un tatoueur pour le faire. J'ai écris moi-même le prénom de Joséphine sur un papier calque et me le suis fait tatouer. Je n'ai même pas eu mal. Et j'ai tenu ma promesse.

Vous avez un petit garçon de 5 ans. Pourquoi avoir voulu un enfant à près de 60 ans?

Quand j'ai rencontré Joséphine, on a tout de suite su qu'on aurait un enfant ensemble et qu'il s'appellerait Antoine, en mémoire à son père Frédéric Dard (ndlr: auteur des célèbres ouvrages «San Antonio»).

La puce à l'oreille

Jeudi 28 mars, 22h45, RTS Un.

«Ici et maintenant»

Dimanche 1er avril, 17h, Théâtre de Vevey.

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