Jordanie: «Je veux une meilleure vie pour mes enfants»

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Jordanie«Je veux une meilleure vie pour mes enfants»

Un collègue de «20 Minuten» s'est rendu en Jordanie pour y rencontrer une famille de réfugiés syriens. Cette dernière lui a expliqué ce qu'elle pensait de la guerre, de l'Europe et de son avenir.

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Nicolas Saameli/ofu
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Nicolas Saameli, journaliste à «20 Minuten», s'est rendu en Jordanie pour y rencontrer une famille syrienne qui a fui son pays.

Nicolas Saameli, journaliste à «20 Minuten», s'est rendu en Jordanie pour y rencontrer une famille syrienne qui a fui son pays.

20 Minuten
Près de 650'000 réfugiés syriens vivent en Syrie. Nombreux sont ceux qui habitent dans des camps, comme ici dans la province de Salhiyehm. Ils dorment alors dans des tentes installées sur des champs que des paysans mettent à leur disposition.

Près de 650'000 réfugiés syriens vivent en Syrie. Nombreux sont ceux qui habitent dans des camps, comme ici dans la province de Salhiyehm. Ils dorment alors dans des tentes installées sur des champs que des paysans mettent à leur disposition.

Raad Adayleh
Le père de famille, Ishan Abu Salohn, 39 ans, et son fils Hissam, 17 ans, ont raconté à notre collègue ce qu'ils pensaient de l'Europe et de la guerre.

Le père de famille, Ishan Abu Salohn, 39 ans, et son fils Hissam, 17 ans, ont raconté à notre collègue ce qu'ils pensaient de l'Europe et de la guerre.

Screenshot 20 Minuten

L'an dernier, 3819 migrants syriens ont déposé une demande d'asile en Suisse. Il s'agit du deuxième plus grand groupe de réfugiés après les Érythréens.

Et comme la fin du conflit n'est pas en vue, le flux de migrants syriens ne s'affaiblira sans doute pas dans les années à venir. Actuellement, des milliers de personnes attendent dans des gares italiennes ou des centres d'accueil en Grèce dans l'espoir d'entamer une vie meilleure en Europe. En Afrique du Nord, nombreux sont ceux qui espèrent bientôt traverser la Méditerranée.

Près de 4 millions de personnes ont trouvé refuge dans un des pays voisins de la Syrie. Mais qui sont ces gens? Que pensent-ils de l'Europe, de la guerre et comment voient-ils leur avenir? Nicolas, Saameli, un collègue alémanique de «20 Minuten», s'est rendu en Jordanie où vivent près de 650'000 migrants syriens. A Ibrid, à quelques kilomètres de la frontière syrienne, il a rencontré la famille Salohn. La Chaîne du bonheur et Terre des hommes ont soutenu le voyage de notre collègue dans le cadre de leur campagne «#TogetherForSyria».

«Nous vivions dans l'injustice»

En 2011, la Syrie était encore un pays riche. Mais inspiré du printemps arabe, une part grandissante de la population a commencé à se battre pour davantage de démocratie. Depuis le début, le gouvernement du président Bachar al-Assad a fait preuve de violences meurtrières pour faire taire les manifestants.

Aujourd'hui, après quatre ans de guerre, les espoirs de 2011 ont presque totalement disparu. Malgré cela, Ishan Abu Salohn, 39 ans, estime que les manifestations étaient une bonne chose. «Elles auraient dû avoir lieu il y a bien longtemps, déjà au temps du père de Bachar al-Assad. En Syrie, lorsqu'on t'arrête, les jugements sont déjà faits. Il n'y a pas de procès. En Syrie, nous vivions dans l'injustice et la discrimination», explique le père de famille.

Pour de nombreux Syriens, l'Europe reste la destination principale. Mais nombreux sont ceux qui ne survivent pas à la traversée de la Méditerranée, souvent à bord de bateaux surchargés et en mauvais état. Et une fois arrivés, ils ne sont pas les bienvenus dans les pays européens, eux-mêmes confrontés à la crise.

Nicolas Saameli a voulu savoir ce que la famille Salohn pense de l'Europe. «Si un pays nous accordait l'asile, je ne dirais pas non. Cela me permettrait d'offrir une meilleure vie à mes enfants. La Syrie n'est plus un bon endroit pour vivre. Et ça va pas changer dans les quarante prochaines années», dit Ishan Abu Salohn. Mais le jour où il décidera de quitter la Jordanie pour se rendre en Europe, le père de famille compte bien le faire légalement.

«Je voudrais travailler comme marchand de rue»

Pour l'instant, le trentenaire se sent à l'aise en Jordanie. «J'espère pouvoir obtenir une autorisation de travail ici. Ça me permettrait d'avoir une meilleure vie ici. Si je pouvais avoir cette autorisation, alors je ne penserais plus à quitter la Jordanie», raconte-t-il. Son fils Wissam, l'aîné de la famille, ajoute que lui aussi voudrait vivre dans de meilleures conditions. «Je voudrais travailler comme marchand de rue. En Syrie, j'aurais bien aimé reprendre le commerce de mes parents.» Comme son père, le jeune de 19 ans n'a pas non plus d'autorisation de travail. Il lui arrive de travailler au noir sur des chantiers, mais nombreux sont les jours où il n'y a rien à faire.

Les réfugiés syriens en Jordanie sont soutenus par des ONG. Mais l'argent, qui provient de dons, ne suffit de loin pas à couvrir tous leurs besoins. Hassan Abu Seniah, animateur auprès de Terre des hommes, raconte son quotidien. «Les enfants connaissent les noms de tous les avions de combat et des armes. Ils savent par exemple ce qu'est un M-16.

Lorsqu'ils entendent des bruits ressemblant à ceux émis par des avions, il faut les rassurer et leur dire qu'ils n'ont rien à craindre», explique le jeune homme de 26 ans. Parmi tous les petits qu'il a rencontré, il se rappelle d'une fillette de 8 ans. «Elle était muette. Nous sommes venus la chercher tous les jours en minibus. Je pouvais lire dans ces yeux à quel point elle était contente de nous voir. Moi aussi j'étais heureux.»

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