Témoignage: «Je vidais l'alcool de ma maman dans l'évier»
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Témoignage«Je vidais l'alcool de ma maman dans l'évier»

Pour la semaine d'action "Enfants de parents dépendants", Delphine*, 20 ans, a accepté de nous raconter son enfance avec une mère alcoolique.

par
Pauline Rumpf

Ils seraient quelque 100'000 enfants en Suisse à vivre avec un parent souffrant d'une addiction à l'alcool, ou à une autre substance. Pour eux, Addiction Suisse mène une semaine de sensibilisation depuis lundi. Delphine*, 20 ans, a accepté de nous raconter son expérience.

«Elle me disait que ce n'était qu'un verre»

Comme eux, Delphine a dû apprendre à être adulte à l'âge où d'autres profitaient encore, insouciants, de la place de jeu. «Il y avait toujours des complications. A 6 ou 7 ans je devais faire à manger moi-même, ou aller faire les courses avec ma mère pour l'aider à marcher droit. Un enfant, c'est une éponge, on sentait bien qu'il y avait un problème même si on ne le comprenait pas.»

Pour Delphine et son frère, la différence entre maman et papa était claire. «Je grondais ma mère quand elle buvait, elle me disait que ce n'était qu'un verre mais je lui disais qu'il y en aurait sûrement un deuxième ou un troisième, et qu'elle ne devait pas faire ça, mais elle était dans le déni. Je vidais ses bouteilles d'alcool dans l'évier avant de les remettre au frigo. J'essayais de la sauver, forcément. Et cela me mettait très en colère, et me faisais culpabiliser à la fois car je pensais que c'était de ma faute.» Son papa a fini par leur expliquer la situation.

De l'écoute et du soutien

Delphine a toutefois réussi à en parler, chercher des conseils sur ciao.ch et a pu trouver de l'aide auprès d'un psy. Aujourd'hui, à 20 ans, elle participe à la campagne d'Addiction Suisse car elle aimerait que les jeunes soient mieux informés et dirigés vers les ressources qui s'offrent à eux. «C'est difficile d'aimer sa mère et de ne plus vouloir la voir en même temps, raconte Delphine. Mais mon message, c'est que c'est normal de ressentir tout ça. De la peur, de la culpabilité, de la colère, de l'amour, de la tristesse. C'est normal.»

La jeune femme appelle ceux qui constatent ce genre de situation à se mettre à disposition de l'enfant. «Ce dont on a besoin, ce n'est pas d'un sauveur. C'est que quelqu'un nous écoute, nous demande de quoi on a besoin, et nous propose des solutions, sans jugement.» Et de rappeler que l'alcoolodépendance est une maladie, pas une fatalité, et que faute de pouvoir en guérir on peut en tout cas apprendre à vivre avec. Addiction Suisse ajoute que les jeunes qui ont vécu la dépendance de près ont 6 fois plus de risques d'en développer une eux-mêmes plus tard, et doivent donc être accompagnés.

Addiction Suisse présente son panorama pour 2020

Les dernières tendances et les chiffres les plus récents en matière de substances psychoactives notamment.

«Aujourd'hui je travaille dans le social car je veux pouvoir agir sur ce genre de situations et ne pas reproduire ce que j'ai vécu, conclut Delphine. Ma vie est à peu près normale, j'ai coupé les ponts avec ma mère pendant un an et notre relation se remet gentiment en place. Aujourd'hui je sors, il m'arrive de boire, je ne veux pas que mon enfance particulière m'empêche de vivre. Et j'aimerais que les autres enfants qui se trouvent dans mon cas sachent qu'ils ne sont pas seuls. Tout le monde connaît quelqu'un dont la consommation d'alcool est problématique. Ça ne doit pas être un tabou.»

*prénom d'emprunt

Envies suicidaires? Faites-vous aider!

Selon Stopsuicide.ch, la problématique du suicide est un sujet complexe et multiple qui ne peut s'expliquer au travers d'une réponse unique. Cette association vise à briser le tabou qui englobe le suicide afin de réfléchir aux différents moyens permettant de mettre en oeuvre une aide concrète destinée aux jeunes en souffrance.

D'autres structures comme La Main Tendue (composez le 143) et la Ligne d'aide pour jeunes (147) sont également disposées à aider.

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