Actualisé 30.05.2018 à 07:16

300 pages en 3 minutes

«Je voulais expliquer ma thèse aux grands-parents»

Les universités romandes ont tenu ce printemps les concours régionaux de «Ma thèse en 180 secondes». Rencontre et récit avec trois doctorants, juste avant la finale suisse.

de
Pauline Rumpf

«Mon but premier, c'était de pouvoir expliquer ce que je faisais dans la vie à mes grands-parents.» C'est comme ça que Mélodie Derome, doctorante en psychologie à l'Université de Genève, a décidé de se lancer dans le concours «Ma thèse en 180 secondes». Le principe se résume dans le titre: expliquer ses quelques centaines de page de doctorat en trois minutes, sur scène, devant une assemblée.

«Quand on travaille sur sa thèse, on est souvent enfermé dans un laboratoire, regrette Pascale Deneulin, doctorante en lettres à l'Université de Lausanne. Or le but est pourtant d'en faire profiter le grand public.» Pour ce faire, il a fallu aller à l'essentiel, se débarrasser du jargon scientifique, répéter son texte jour et nuit, mais aussi apprendre des stratégies scéniques.

«Le plus dur, c'est d'épurer tout ce qui est technique, sourit Pierre Siegenthaler, doctorant en lettres à l'Université de Neuchâtel. Je travaille sur un texte latin bourré de jeux de mots intraduisibles. Il a donc fallu trouver des équivalents en français, il n'y a pas un seul mot de latin dans ma présentation.»

Tous les sujets peuvent-ils réellement être résumés en trois minutes? Oui, selon les trois vainqueurs régionaux, qui saluent la performance des candidats dont la thèse traite de physique quantique. «Si eux ont réussi, c'est que c'est faisable», rigole Mélodie.

Les doctorants ont testé ce printemps leurs compétences de vulgarisation lors de finales régionales, une par université. Les vainqueurs, dont Mélodie, Pascale et Pierre, se retrouveront le 7 juin pour la finale nationale à Fribourg. Une ultime finale internationale se tiendra à Lausanne en septembre.

Diversité francophone

Le concept est originaire d'Australie. Adapté d'abord au Québec, il se pratique dans la francophonie depuis environ sept ans. Désormais, de nombreux pays participent à la finale internationale, de l'Afrique au Proche-Orient en passant par l'Europe de l'Est.

Cette année, pour la première fois dans le concours suisse, le Röstigraben a été franchi puisque l'Université de Zurich a elle-même tenu une finale en français et enverra sa gagnante à Fribourg. Beaucoup d'enthousiasme, mais peu de participants, et la crainte que ce nombre n'augmente pas à l'avenir; en effet, les enseignements de français sont de moins en moins nombreux à l'Université de Zurich. Une chaire de littérature sera supprimée dès 2019. «Une véritable catastrophe pour l'avenir du français en suisse germanophone», estime un étudiant, qui craint qu'on «détruise par le haut la richesse linguistique du pays».

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