Cinéma - Jean Dujardin n'a pas attendu OSS pour se foutre de lui-même
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CinémaJean Dujardin: «Je n’ai pas attendu OSS pour me foutre de moi»

Le film «OSS 117: Alerte rouge en Afrique noire», troisième volet de la saga, sort dans les salles obscures. Rencontre avec Jean Dujardin et Nicolas Bedos, réalisateur.

par
Lauren von Beust

Après une longue absence, Jean Dujardin revient dans la peau du célèbre agent déjanté dans «OSS 117: Alerte rouge en Afrique noire», dès mercredi 4 août 2021, au cinéma. Rencontre avec l’acteur français de 49 ans et le réalisateur du film, Nicolas Bedos.

L’agent OSS 117 est de retour après onze ans d’absence. Jean, c’est toujours aussi excitant d’enfiler le costume d’Hubert Bonisseur de La Bath ?

J.D: Je suis très heureux. C'est une boutique à réinventer, je change un peu la vitrine à chaque fois, et ça c’est excitant. Et puis, le scénario est bon. Entre Nicolas [Bedos] et Pierre Niney, je suis entouré de talents. Si on me filait les clés de la baraque, j’aurais plus de doutes, mais là, je n’en ai pas eu. Ça me fait rire, je m’y retrouve.

N.B: Et tu m’as toujours dit que tu avais un truc viscéral avec OSS. C’est peut-être même ton personnage préféré…

J.D: C'est vrai. J’ai plaisir à chalouper différemment au fil de la saga. C'est sûrement dû à l'écriture et au verbe de Jean-François [Halin, scénariste], qui écrit pour moi. Et c'était excitant de rentrer dans la mise en scène de Nicolas.

J'avais envie de filmer la gueule de Jean Dujardin. J’ai toujours été fan de lui.

Nicolas Bedos, réalisateur

Michel Hazanavicius, réalisateur des deux premiers volets, n’a pas trouvé le scénario de ce troisième film à son goût. Vous avez été immédiatement séduit par l’histoire, Nicolas?

N.B: Le projet était formidablement prometteur et déjà très armé, même si nous avons fait un gros travail d'adaptation. On a musclé tout ça, jusqu’à être parfaitement satisfaits. Le résultat final mérite d'être porté à l'écran. En même temps, en tant que réalisateur, je ne vais pas vous dire le contraire! (rires)

La nostalgie des années 80 y est-elle aussi pour quelque chose ?

On passait en effet dans une époque très intéressante, où l’on revisite les archétypes masculins. C'était aussi l'occasion de rendre hommage aux grands metteurs en scène de cette génération, qui nous ont donné envie de faire du cinéma, comme Robert Zemeckis ou John Badham. D’autre part, le film est une satire de la Françafrique. En tant que fils de pied noir extrêmement culpabilisé, ça me parle. Mon père [Guy Bedos, décédé en 2020] en d’ailleurs fait des sketchs à l’époque. Et puis, j'avais envie de filmer la gueule de Jean Dujardin. J’ai toujours été fan de lui. Son regard est plus riche et plus libre encore avec les années.

Êtiez vous un fan de la saga avant de prendre les commandes de ce troisième opus?

N.B: Oui, comme tout le monde, même si je n’ai pas toujours compris les ressorts de l'humour de Jean-François Halin, que j’ai dû apprendre. C’est peut-être ça qui me faisait rire aussi! Il ne rit pas toujours au même moment que les autres, et je crois que c'est ça qui enrichit ses films.

Ce bon vieux Hubert prend de l’âge, ridiculisé à maintes reprises par la relève. Vous craignez cela aussi dans votre métier d’acteur, Jean ?

J.D: (Eclats de rires) Cette question tombe à pic parce que je suis vraiment dans ce tournant-là. J'aurais 50 ans l’année prochaine, et il va sans doute falloir que je repense mes rôles. Bon, je ne suis pas vieux non plus, hein! Le seul truc qui pourrait me poser problème, c'est le Covid dans le métier, à savoir la perte de goût, du plaisir de jouer. Le meilleur moyen de ne pas devenir aigri et amer, c’est d'avancer avec cette génération-là. Alors non, je ne crains pas le temps qui passe. Après tout, je n’ai pas attendu OSS pour me foutre de moi. Je l’ai fait très vite avec «Brice de Nice», et même dans «Un gars, une fille». J'avais besoin d'abîmer ce visage de trentenaire.

N.B: Pierre était très fan d’OSS avant de faire ce film, comme la personne qu’il incarne est fan d’OSS, et Jean lui a énormément donné envie de faire ce métier. Le premier jour du tournage, il y a eu comme une sorte de petit parallélisme entre le scénario et la réalité. C’était très émouvant.

Il nous arrive de nous taper des barres de rire sur des projets qu’on a pour ce personnage.

Nicolas Bedos, réalisateur

Vous avez laissé place à l’improvisation ?

N.B: Comme j’avais deux pointures, je me suis mis un peu au chômage dans la direction d'acteurs à certains moments…

J.D: Il faut savoir que Pierre peut recommencer des séquences à l’infini. On peut le laisser tout seul et aller bouffer pendant qu’il passe des heures à retravailler ses phrases pour trouver le bon timing. Souvent, Nicolas venait le voir après une heure et quart et en lui disant: «Ecoute, là, je pense qu’on a ce qu’il faut!»

N.B: En fait, il anticipe ce que je vais faire au montage. Comme il me prémâchait le travail, il m’arrivait parfois de me dire: «Il pense que je ne sais pas faire mon job ou quoi…?» Mais en fait, c'est sa façon à lui de se rassurer.

J.D: Pierre a tout juste la trentaine, mais sa carrière est déjà longue. C'est assez incroyable. Il a de l’expérience aussi bien dans le drame que la comédie. C’est un jeune-vieux routard.

N.B: Mais en réalité, vous êtes deux très grands angoissés. Ça montre chez vous une certaine fragilité. Malgré la comédie, on est tous les trois très sérieux dans l'exercice de notre métier, on veut faire bien. Moi, il m’arrive de ne pas dormir de la nuit quand je suis en tournage.

Vous êtes perfectionniste à ce point-là ?

N.B: Oui, il faut l’être, parce qu’il y a beaucoup d'argent en jeu. Il faut être bon, très très bon.

La fin du film laisse présager un quatrième. C’est envisageable ?

J.D: Ce personnage a été créé pour avoir plusieurs missions, donc on pourrait effectivement l’imaginer… On avait commencé par les années 50, mais à ce rythme, on va vite rattraper 2021.

N.B: Il nous arrive de nous taper des barres de rire sur des projets qu’on a pour ce personnage.

J.D: Ce serait une récréation sympa, mais il ne faut pas le faire pour les mauvaises raisons. Il faut un bon scénario. Là, on a attendu 10 ans, c’était le bon moment pour se lancer.

N.B: Et puis il faut surtout que Jean soit encore mobile et en pleine possession de ses moyens…

J.D: Oui, mais tu sais, même avec une couche confiance, ça peut être sympa! (rires)

N.B: Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais rien que pour cette interview, j’ai dû l’aider à s’asseoir! (rires)

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