Actualisé 22.04.2007 à 18:32

Jean-Marie Le Pen en net recul

PARIS - La réplique du séisme du 21 avril 2002 n'a pas eu lieu.

Après le choc provoqué il y a cinq ans par sa qualification pour le second tour, Jean-Marie Le Pen était en net recul dimanche: il n'a décroché que la quatrième place à l'issue du premier tour de la présidentielle, avec entre 10,8 et 12% des voix selon les estimations des différents instituts de sondage à 20h.

Depuis sa première candidature à la présidentielle en 1974, le président du Front national avait jusque-là toujours vu son score progresser: 0,7% en 1974, 14,4% en 1988, 15% en 1995 et 16,86% en 2002, score qui lui avait ouvert pour la première fois la porte du second tour. C'est donc un coup d'arrêt qui a été donné dimanche à son ascension.

Après avoir réélu Jacques Chirac avec 82% des voix au second tour il y a cinq ans, les Français se sont massivement déplacés dimanche pour aller voter, avec sans doute le souvenir cuisant de 2002.

M. Le Pen s'était pourtant dit convaincu d'être à nouveau présent au second tour, évaluant même son score à 20% des voix. Comme il y a cinq ans, il espérait engranger les fruits électoraux de l'insécurité, y compris sociale, et de la montée des tensions communautaires. Et comme en 2002, il avait opté pour une campagne minimale, faisant très peu de déplacements par rapport à ses adversaires.

Pour sa cinquième candidature à la présidentielle, à 78 ans, Jean-Marie Le Pen s'était même doté pour la première fois d'un programme en bonne et due forme. Sous l'influence de sa fille et directrice de campagne Marine Le Pen, le candidat avait aussi policé son discours, convoitant même l'électorat d'origine immigrée, en se rendant par exemple sur la dalle d'Argenteuil pour y défier un Nicolas Sarkozy qui n'est jamais parvenu à y retourner.

Mais l'image lisse s'était craquelée dans les derniers jours de la campagne, quand il a notamment qualifié l'UMP Nicolas Sarkozy de «candidat qui vient de l'immigration», avant de le traiter de chef de la «racaille politicienne».

Si Jean-Marie Le Pen ironisait sur un Nicolas Sarkozy qui tentait de ramener dans son camp une partie de l'électorat frontiste par une rhétorique musclée, il semble bien que le candidat UMP, qui obtient un score élevé d'environ 29-30% des voix selon les instituts, est parvenu à grignoter une partie de son capital électoral. Le candidat du Mouvement pour la France Philippe de Villiers a obtenu de son côté quelque 2,5% des voix.

Le président du Front national avait indiqué récemment que, s'il était éliminé au premier tour, il donnerait ses consignes de vote pour le second tour de la présidentielle «le 1er mai» à l'occasion de son meeting pour la fête de Jeanne d'Arc.

En 1995, Jean-Marie Le Pen n'avait pas donné de consigne de vote explicite pour le second tour. Lors de son traditionnel discours du 1er mai, il avait néanmoins lancé: «Chirac, c'est Jospin en pire». «Je vous laisse choisir entre le pire et le mal», avait-il par ailleurs lancé à ses électeurs en 1988, tout en excluant pour sa part de voter en faveur de François Mitterrand, confronté à Jacques Chirac au second tour.

Interrogé jeudi sur son attitude entre les deux tours de l'élection présidentielle, Jean-Marie Le Pen avait déclaré qu'il pourrait «peut-être» contacter le candidat de l'UMP en fonction des résultats du premier tour. «C'est celui qui aura besoin de l'autre qui sera chargé de l'appeler. Moi, je n'ai rien à demander», avait-il ajouté. De son côté, Nicolas Sarkozy affirmait vendredi qu'»il n'y aura(it) aucun accord avec le FN» aux législatives. «Il n'y aura pas non plus de ministres FN au gouvernement si je suis élu» président, avait-il ajouté.

Interrogé sur une éventuelle candidature en 2012, Jean-Marie Le Pen avait répondu: «Pourquoi pas?». (ap)

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