Actualisé 11.09.2008 à 10:59

Jean-Marie Le Pen évoque sa retraite

«Il faudrait des circonstances exceptionnelles pour que je sois candidat à nouveau», déclare le président du FN.

Avant l'université d'été de son parti ce week-end à Evian (Haute-Savoie), le président du Front national annonce dans un entretien à l'hebdomadaire «Valeurs actuelles» publié jeudi qu'il ne sera pas candidat à l'élection présidentielle de 2012, et ne cache pas son souhait de voir sa fille Marine lui succéder.

Déjà candidat en 1974, 1988, 1995, 2002 et 2007. Aujourd'hui âgé de 80 ans, le leader du parti d'extrême droite aura 83 ans en 2012.

Dans cet entretien, Jean-Marie Le Pen, qui devrait passer la main lors du prochain congrès du FN en 2010, s'exprime aussi pour la première fois sur sa succession. Entre Bruno Gollnisch, son dauphin depuis dix ans, et sa fille Marine, il ne cache sa préférence.

A 40 ans, Marine Le Pen, No2 du parti depuis le dernier congrès du FN en 2007, incarne «forcément» davantage l'avenir que Bruno Gollnisch. «Marine n'est pas populaire que sur son nom. Il y a sa personnalité, son charisme. Elle est sympathique et passe très bien dans les médias», estime Jean-Marie Le Pen. «Marine est plus proche, forcément, des préoccupations des gens. C'est une jeune mère de famille. Moi, je suis un grand-père. Bruno commence à l'être».

Quant à Bruno Gollnisch, il «est là depuis 30 ans. S'il ne s'est pas mis en avant, c'est peut-être aussi un élément de sa personnalité», glisse le président du FN. Il reconnaît que «ce sera aux militants de décider» lors du congrès de 2010.

La base semble acquise à la vice-présidente. Selon un sondage Ifop pour «Valeurs actuelles», réalisé du 10 juillet au 29 août sur un échantillon de 430 sympathisants du Front national, 76% des sympathisants frontistes plébiscitent la «fille du chef», 14% Bruno Gollnisch et 7% Carl Lang, député européen.

Confirmant une nouvelle fois qu'elle était candidate à la succession de son père, Marine Le Pen a demandé sur France-Info que la «compétition» à venir soit «saine» et puisse «s'exprimer dans les conditions les plus courtoises». Selon elle, «il y a un certain nombre d'éléments qui vont entrer en ligne de conduite pour effectuer ce choix dans l'intérêt du FN et de notre pays: il y a la légitimité acquise sur le terrain, les résultats électoraux, l'engagement au bénéfice du fonctionnement de notre mouvement, la visibilité médiatique (...) Il y a la capacité de rassembler au-delà de son propre camp et particulièrement pour les élections présidentielles».

A 80 ans, Jean-Marie Le Pen se résout donc à envisager la fin d'une carrière politique entamée comme député en 1956, sous la bannière de Pierre Poujade. Ce fils de pêcheurs bretons, pupille de la Nation, ancien parachutiste en Indochine puis en Algérie, a mené sa première campagne présidentielle en 1974, deux ans après la fondation du Front national. Il n'a alors recueilli que 0,74% des suffrages. Sept ans plus tard, il n'a pu se présenter, faute d'avoir rassemblé 500 parrainages d'élus.

Le Front national entame sa progression électorale qu'au début des années 1980, crise économique, chômage de masse et montée de l'insécurité aidant. En mars 1986, à la faveur du scrutin proportionnel institué un an plus tôt par François Mitterrand, 35 députés frontistes font leur entrée à l'Assemblée nationale.

A la présidentielle de 1988, Jean-Marie Le Pen décroche 14,4% des voix. C'est aussi l'époque des provocations: il qualifie les camps d'extermination nazis de «point de détail» de l'histoire de la Seconde guerre mondiale ou fait un mauvais jeu de mots sur «Durafour crématoire», du nom de Michel Durafour, ministre de la Fonction publique du gouvernement Rocard.

A la présidentielle de 1995, le patron du FN obtient 15,1% des voix. Mais en décembre 1998, son parti implose quand Bruno Mégret tente -en vain- d'en prendre les rênes. On croit alors le Front national durablement affaibli... A tort: le 21 avril 2002, son candidat recueille 16,86% des voix et élimine le socialiste Lionel Jospin. Au second tour, Jacques Chirac est réélu avec 82%.

Malgré l'aide de sa fille, Jean-Marie Le Pen n'a réuni que 10,44% des voix en 2007. L'électorat frontiste a été siphonné par Nicolas Sarkozy. Laminé aux législatives et aux municipales, le FN doit vendre son siège de Saint-Cloud pour éponger ses dettes. Mais le «menhir» en est persuadé: comme le parti gaulliste après de Gaulle, le Front lui survivra «tant qu'il y aura une nation française». AP

egp/ljg/mw (ap)

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