Actualisé 16.10.2015 à 07:13

SantéJeunes incités à picoler via un concours de selfies

Une pub nationale invitant à se tirer le portrait en dégustant du vin émeut une association de prévention genevoise.

par
Julien Culet
La campagne, composée de trois différentes affiches, a été lancée le 5 octobre dans toute la Suisse.

La campagne, composée de trois différentes affiches, a été lancée le 5 octobre dans toute la Suisse.

photo: Kein Anbieter/tpi

Deux jeunes femmes souriantes, se prenant en photo avec un verre de vin à la main. L'actuelle campagne nationale de Denner choque la Fédération genevoise pour la prévention de l'alcoolisme (FEGPA). Cette dernière a envoyé jeudi à la chaîne de magasins une lettre ouverte dénonçant une publicité qui «met en scène des jeunes filles dont on sait qu'elles sont plus vulnérables face à l'alcool».

Les affiches annoncent un concours de «selfies de dégustation» avec un prix à gagner. Le distributeur a déjà reçu plus de 250 photos, publiées sur internet. «Légalement, l'entreprise est dans les clous. Ce n'est toutefois pas très éthique de recruter ainsi de futurs consommateurs pour un produit qui peut mener à des addictions et à des excès favorisant les accidents», accuse Laurence Fehlmann Rielle, directrice de la FEGPA.

Contacté, Denner se défend de cibler les jeunes. «Nous nous adressons aux amateurs de vin de plus de 18 ans. La campagne prie les clients de retenir un moment de plaisir pendant une dégustation», indique un porte-parole. Il précise que les femmes posant sur l'affiche ont plus de 20 ans. Et, en cas de doute sur l'âge des participants au jeu, les photos ne sont pas publiées, promet la société.

Quant aux éventuels excès d'alcool, le distributeur invoque la responsabilité des buveurs: «En tant que détaillant, nous considérons nos clients comme responsables de leurs achats et de leur consommation, afin qu'ils ne mettent pas leur santé en danger.»

Garçons et filles pas égaux

Le service d'addictologie des HUG ne peut se prononcer sur une campagne en particulier. Il rejoint toutefois la FEGPA concernant la plus grande vulnérabilité des filles. «Pour une même quantité consommée, elles ont un métabolisme différent avec un taux d'alcool plus important dans le sang, explique Thierry Favrod-Coune, responsable Alcool au service de médecine de premier recours de l'hôpital genevois. Il en découle une plus grande toxicité et elles terminent plus vite dans «le rouge», soit en état d'ivresse avec toute les conséquences potentielles: accidents de la route, prises de risques multiples (dont sexuelles), violences (souvent subies),...»

Ainsi, même si elles boivent moins que les garçons et font moins d'excès, «40% des 11'000 hospitalisations pour intoxications d'alcool en 2012 ont été le fait de filles», indique le médecin.

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