Genève: Jeunes tireurs privés de stand car trop nombreux
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GenèveJeunes tireurs privés de stand car trop nombreux

Faute d'encadrement et de places, les sociétés de tir du canton refusent du monde. Un cas unique en Suisse.

par
David Ramseyer
Les jeunes tireurs pratiquent avec un Fass90, le fusil d'assaut de larmée.

Les jeunes tireurs pratiquent avec un Fass90, le fusil d'assaut de larmée.

Keystone

Les cours de jeunes tireurs font un carton au bout du lac. A tel point qu'ils sont victimes de leur succès. Sur 702 demandes d'inscription des 15-20 ans pour l'an prochain, 260 ne seront pas satisfaites. «C'est dommage. Ça freine ceux qui voulaient tenter le coup alors que manifestement il y a un vrai engouement pour notre sport», réagit Julia, 18 ans, qui va entamer sa 3e année de cours. Le phénomène est exceptionnel dans le pays (cf. encadré ci-dessous).

Stand de Bernex en ligne de mire

Mais voilà, l'Association sportive genevoise de tir dit ne pas avoir le choix. «Comme ailleurs dans le monde associatif, nous manquons de bénévoles pour encadrer nos jeunes», se désole sa vice-présidente et cheffe cantonale des jeunes tireurs, Céline Blanc. L'insuffisance des infrastructures pose aussi problème. Genève compte six stands de tir et l'avenir d'un des plus importants d'entre eux, celui de Bernex, est en stand-by. Au même endroit, un vaste projet immobilier pourrait se concrétiser d'ici quelques années. «Si Bernex devait fermer, nous serions dans une situation très difficile. Nous avons besoin d'installations. En avoir de nouvelles serait une bonne chose; mais pour l'instant, il faut au moins maintenir la capacité actuelle.»

Agrandir les installations?

Ancien compétiteur, député UDC et auteur d'une récente motion sur le sujet, Michel Baud fulmine: «On dépense des millions pour la culture destinée aux élites mais pas pour un sport national! Rien n'est fait pour mieux accueillir ces jeunes, c'est inadmissible!» Jeune tireur depuis deux ans, Sergio se demande si des moniteurs de l'armée ne pourraient pas renforcer l'encadrement et pallier le manque de bénévoles. Selon lui, l'organisation des cours - dix demi-journées entre mars et juin -

pourrait aussi être revue. «Pourquoi ne pas les prolonger sur une journée, voire un week-end complet?»

Seule certitude, aucun projet de construction de nouveaux stands de tir n'est aujourd'hui à l'ordre du jour. Mais le manque de places semble préoccuper les municipalités, dont dépendent ces infrastructures. L'Association des communes genevoise assure ainsi travailler sur la question. Selon nos informations, l'agrandissement de certains stands est à l'étude.

Ailleurs, les stands ne débordent pas

Les sociétés genevoises sont les seules du pays à devoir refuser du monde dans leurs cours destinés aux jeunes, indique la Fédération sportive suisse de tir. Selon elle, le manque d'installations dans un canton urbain au territoire exigu explique en partie le phénomène. Mais paradoxalement, le problème vient aussi du succès des campagnes de recrutement réalisées au bout du lac: "L'association cantonale fait un excellent travail en la matière. Cette année, elle a envoyé 4000 courriers pour faire connaître notre activité", applaudit le responsable des jeunes tireurs suisses Walter Meer. Un exemple dont devraient s'inspirer d'autres associations, d'après lui. La Suisse compte 10'000 jeunes tireurs, mais ce chiffre stable depuis deux ans cache en réalité une baisse d'environ 3000 inscrits, compensée seulement par l'abaissement en 2016 de l'âge requis, passé de 17 à 15 ans.

Beaucoup au départ, peu à l'arrivée

Entre la 1ère et la 2e année de cours, les effectifs de jeunes tireurs chutent partout. Genève ne fait pas exception: deux-tiers des inscrits de cette année ne seront pas au rendez-vous en 2018. Le poids des études et le manque de temps jouent un rôle, selon les responsables genevois. Son de cloche identique côté vaudois. "L'offre sportive est conséquente, même en campagne. Il y a de la concurrence, note le responsable cantonal des jeunes tireurs, Maurice Jossevel. Pour les retenir, nous essayons de motiver nos quelque 200 sociétés à leur fournir plus que des cours, à leur faire découvrir d'autres formes de tir et à mieux les intégrer au sein des associations."

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