Actualisé 12.10.2008 à 05:18

Autriche

Jörg Haider roulait trop vite

Deux semaines après son spectaculaire retour sur le devant de la scène politique, Jörg Haider, leader de l'extrême droite autrichienne, s'est tué dans un accident de voiture.

Celui-ci est survenu dans la nuit de vendredi à samedi près de sa ville natale de Klagenfurt.

Agé de 58 ans, Jörg Haider a perdu le contrôle de sa voiture vers 01h15 après un dépassement. Le véhicule a heurté une glissière de béton avant de faire plusieurs tonneaux, a précisé la police. M. Haider, qui était seul dans la voiture, a été touché à la tête et au torse. Son décès a été constaté à son admission à l'hôpital.

Selon les premiers éléments de l'enquête, une vitesse excessive est à l'origine de l'accident. Jörg Haider conduisait «nettement plus vite» que les 70 km/h autorisés à l'endroit où s'est produit le drame, une zone semi-urbanisée, a indiqué le responsable de l'enquête, Ernst Friessnegger. Il se rendait à une fête de famille à l'occasion du 90e anniversaire de sa mère.

Retour sur la scène politique

«C'est pour nous comme la fin du monde», a réagi son porte- parole, Stefan Petzner. Jörg Haider, qui a mené l'extrême droite au gouvernement dans le cadre d'une coalition avec les conservateurs, avait effectué un retour spectaculaire lors des élections législatives du 28 septembre.

L'Alliance pour l'avenir de l'Autriche (BZÖ), qu'il a créé après sa rupture avec le Parti de la liberté (FPÖ) en 2005, a obtenu 11% des suffrages, soit la quatrième place sur l'échiquier politique national, tandis que l'extrême droite dans son ensemble réunissait près de 30% des voix.

Marié et père de deux filles, personnalité charismatique au teint toujours hâlé, le gouverneur de Carinthie était l'un des responsables politiques les plus décriés d'Europe du fait de ses propos sur l'immigration ou de ses phrases-choc sur le Troisième Reich, dont il a vanté la politique de l'emploi.

Bouquets de fleurs

Quelques heures après l'annonce de son décès, les Carinthiens étaient nombreux à déposer des bouquets de fleurs devant les grilles du gouvernement régional à Klagenfurt.

Sur l'un des messages de sympathie accrochés aux bouquets, cité par l'agence APA, on pouvait lire: «cher Jörg on ne t'oubliera jamais, tu étais notre Lady Di. Un homme de coeur».

«Grand talent»

L'ensemble de la classe politique autrichienne a fait part de sa consternation en apprenant la mort de ce dirigeant controversé, gouverneur de Carinthie depuis 1999. Le président de la République Heinz Fischer a parlé de «tragédie humaine» et salué la mémoire d'»un homme politique de grand talent», qui a su «susciter l'enthousiasme mais aussi de fermes critiques».

Lors de sa dernière campagne, Jörg Haider avait adopté un discours toujours aussi virulent mais essentiellement dirigé contre les privilèges et la corruption, pratiquée selon lui dans les hautes sphères à Vienne et Bruxelles.

Indépendance du pays

Alors que la population de la petite république alpine, membre de l'UE depuis 1995, reste l'une des plus eurosceptiques, la campagne de Haider sur «l'intolérable perte de l'indépendance et de la liberté d'action» de Vienne au profit de Bruxelles a porté ses fruits.

Vendredi encore, le Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) avait vivement condamné sa récente création en Carinthie d'un centre d'accueil de réfugiés considérés comme «délinquants» installé dans une localité isolée à 1200 mètres dans les alpages.

A l'étranger, on se souvient surtout de l'épisode de 2000 lorsque l'Autriche fut mise au ban des nations européennes après l'entrée du parti de Haider dans une coalition gouvernementale avec les conservateurs de Wolfgang Schüssel.

Comme à l'époque, lorsqu'il était trop controversé pour entrer au gouvernement, Haider avait récemment annoncé qu'il ne briguerait pas de poste de ministre fédéral en cas de nouvelle coalition comprenant l'extrême droite.

(ats)

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