Actualisé 12.10.2008 à 11:43

Leader populiste tué

«Jörg Haider, tu étais notre Lady Di»

L'ensemble de la classe politique autrichienne a fait part de sa consternation en apprenant la mort de ce dirigeant controversé. L'accident est dû à une vitesse excessive. Jörg Haider roulait à 142 km/h, au lieu de 70 km/h autorisés.

Jörg Haider, leader de l'extrême droite autrichienne, s'est tué dans un accident de voiture tôt samedi près de sa ville natale de Klagenfurt. Son décès survient deux semaines après son spectaculaire retour sur le devant de la scène politique.

Jörg Haider, 58 ans, a perdu le contrôle de sa voiture vers 01h15 après un dépassement. Le véhicule a heurté une glissière de béton avant de faire plusieurs tonneaux, a indiqué la police. M. Haider, qui était seul dans la voiture, a été touché à la tête et au torse. Son décès a été constaté à son admission à l'hôpital.

L'accident est dû à une vitesse excessive. Jörg Haider roulait à 142 km/h, au lieu de 70 km/h autorisés. Le véhicule, une Volkswagen Phaeton V6 de fonction, était neuf et en parfait état et «toute spéculation sur une autre cause d'accident est caduque», a déclaré dimanche le procureur Gottfried Kranz à l'agence APA.

M. Kranz n'a toutefois pas indiqué si M. Haider, qui sortait d'une discothèque, présentait ou non une alcoolémie positive.

Retour sur la scène politique

«C'est pour nous comme la fin du monde», a réagi son porte- parole, Stefan Petzner. Jörg Haider, qui a mené l'extrême droite au gouvernement dans le cadre d'une coalition avec les conservateurs, avait effectué un retour spectaculaire lors des législatives du 28 septembre.

L'Alliance pour l'avenir de l'Autriche (BZÖ), qu'il a créé après sa rupture avec le Parti de la liberté (FPÖ) en 2005, a obtenu 11 % des suffrages, soit la quatrième place sur l'échiquier politique national, tandis que l'extrême droite dans son ensemble réunissait près de 30 % des voix.

Marié et père de deux filles, personnalité charismatique au teint toujours hâlé, le gouverneur de Carinthie était l'un des responsables politiques les plus décriés d'Europe du fait de ses propos sur l'immigration ou de ses phrases-choc sur le Troisième Reich, dont il a vanté la politique de l'emploi.

Hommages

Quelques heures après l'annonce de son décès, les Carinthiens étaient nombreux à déposer des bouquets de fleurs devant les grilles du gouvernement régional à Klagenfurt. «Cher Jörg, on ne t'oubliera jamais, tu étais notre Lady Di. Un homme de coeur», pouvait-on lire sur l'un des messages de sympathie accrochés aux bouquets.

L'ensemble de la classe politique autrichienne a fait part de sa consternation en apprenant la mort de ce dirigeant controversé, gouverneur de Carinthie depuis 1999. Le président de la République Heinz Fischer a parlé de «tragédie humaine» et salué la mémoire d'»un homme politique de grand talent», qui a su «susciter l'enthousiasme mais aussi de fermes critiques».

Personnage «destructeur»

La presse autrichienne a de son côté estimé que son décès laissait un grand vide dans un paysage politique autrichien que ce dirigeant «dérangeant», voire «destructeur», avait profondément bousculé.

«Haider fut, depuis son arrivée en 1986 à la tête du FPÖ par un putsch de l'aile pangermaniste, un transformateur des rapports politiques» en Autriche, note ainsi le quotidien «Kurier» (centre).

«Autant ses propos bruns (néonazis, ndlr), sa xénophobie et son populisme agressif devaient être rejetés, autant sa critique des rapports politiques des années 1980 et 1990 était en partie justifiés», estime ce journal. Et de rappeler que M. Haider était en partie parvenu à revivifier la vie politique en brisant le face- à-face exclusif des sociaux-démocrates et des conservateurs.

Pour le quotidien «Standard» (centre-gauche), «Haider était le symbole de tant de choses qui posent problème en Autriche (...) parce qu'il éveillait l'espoir de tant de gens».

A ses yeux, sa disparition «permet désormais à l'extrême droite de se réunifier», après que M. Haider a fait scission avec le FPÖ en 2005 pour créer le BZÖ, plus modéré. Une réunion de ces deux partis «signifierait beaucoup dans le rapport des forces» politiques en Autriche, relève le journal. (ats)

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