15.09.2020 à 02:30

AlgérieJour J pour le journaliste emprisonné Khaled Drareni

Soutenu par la communauté internationale, le journaliste algérien condamné à trois ans de prison connaîtra son sort en appel ce mardi.

Manifestation pour la libération de Khaled Drareni, le 14 septembre 2020 à Alger.

Manifestation pour la libération de Khaled Drareni, le 14 septembre 2020 à Alger.

AFP

Incarcéré depuis le 29 mars, le journaliste algérien Khaled Drareni, devenu un symbole du combat pour la liberté de la presse, saura mardi s’il sort de prison ou non. Le verdict de son procès en appel est attendu dans le courant de la matinée à la Cour d’Alger.

Khaled Drareni a été condamné le 10 août dernier à trois ans d’emprisonnement pour «incitation à attroupement non armé» et «atteinte à l’unité nationale». La sentence, d’une sévérité inédite, a surpris et indigné ses confrères.

Lors du procès en appel, il y a une semaine, le procureur a requis -- comme en première instance -- quatre années de prison ferme contre le fondateur du site d’information en ligne Casbah Tribune, qui est également le correspondant en Algérie pour la chaîne de télévision française TV5 Monde et pour l’ONG Reporters sans frontières (RSF).

Critiques sur Facebook

Le journaliste, âgé de 40 ans, a été arrêté après avoir couvert le 7 mars à Alger une manifestation d’étudiants. Il est aussi accusé d’avoir critiqué sur Facebook «la corruption et l’argent» du système politique et d’avoir publié le communiqué d’une coalition de partis politiques en faveur d’une grève générale, selon RSF. Le ministre de la Communication Ammar Belhimer, porte-parole du gouvernement, lui reproche en outre d’avoir travaillé sans jamais avoir eu de carte de presse professionnelle.

Khaled Drareni a été jugé en compagnie de Samir Benlarbi et Slimane Hamitouche, deux figures du «Hirak», le soulèvement populaire qui a secoué l’Algérie pendant plus d’un an jusqu’à sa suspension à la mi-mars en raison de la crise sanitaire.

Sous le coup des mêmes chefs d’accusation, ces deux derniers ont bénéficié le 2 juillet d’une remise en liberté provisoire, alors que Khaled Drareni a été maintenu en prison. Le procureur a également requis quatre ans de prison ferme contre eux.

Pendant le procès en appel, au cours duquel il est apparu amaigri, le journaliste a catégoriquement rejeté les accusations portées contre lui. «Je suis un journaliste et non un criminel. Je n’ai fait que mon métier», a-t-il plaidé. Dans un communiqué, RSF a dénoncé lundi «les pressions et les tentatives de corruption» dont ce journaliste expérimenté a été la cible».

Verdict de la délivrance

Khaled Drareni est soutenu par une campagne de solidarité tous azimuts, d’Alger à New York en passant par Paris et Genève. Les comités de soutien au journaliste, en Algérie et à l’étranger ont réclamé sa libération «immédiate et «inconditionnelle» en raison de son état de santé «particulièrement préoccupant», selon RSF.

Lundi, pour la quatrième semaine consécutive, des journalistes, avocats, militants, ex-détenus et proches de Khaled Drareni se sont retrouvés à la Maison de la Presse à Alger pour réclamer sa libération. «On espère vraiment que demain sera le verdict de la délivrance», a déclaré à l’AFP un sympathisant, Ryad Bendal, un publicitaire de 42 ans.

Le procès de Khaled Drareni s’inscrit dans un contexte de répression accrue à l’encontre de militants du «Hirak», d’opposants politiques, de journalistes et de blogueurs. Certains journalistes ont été accusés par le régime de semer la discorde, de menacer l’intérêt national et surtout d’être à la solde de «parties étrangères». Plusieurs sont en prison et des procès sont en cours.

L’Algérie figure à la 146e place (sur 180) du classement mondial de la liberté de la presse 2020 établi par RSF. Elle a perdu cinq places par rapport à 2019 (141e) et 27 par rapport à 2015 (119e).

«Nous ne lâcherons pas»

«Il est important de continuer la mobilisation, y compris la pression médiatique vis-à-vis des autorités judiciaires mais aussi politiques pour qu’ils comprennent que nous ne lâcherons pas», a déclaré lundi à l’AFP Hakim Addad, un activiste du «Hirak».

Selon le Comité national de libération des détenus (CNLD), quelque 45 personnes sont actuellement derrière les barreaux pour des faits liés à la contestation.

Né en février 2019 d’un immense ras-le-bol des Algériens, le «Hirak» réclame un profond changement du «système» en place depuis l’indépendance en 1962.

(AFP/NXP)

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!