Actualisé 19.05.2007 à 17:39

Journée américaine au Festival de Cannes

CANNES - Un joli petit film sud-coréen, «Souffle», s'est faufilé entre plusieurs productions américaines beaucoup plus médiatisées samedi au 60e Festival de Cannes.

Oeuvre de Kim Ki-duk et film le plus court de la compétition (1h24), il a courageusement fait face à deux ex-Palmes d'or et une super-star: le couple des frères Ethan et Joël Coen, eux aussi en compétition avec «No Country For Old Men»; Michael Moore, venu présenter hors-compétition son nouveau brûlot politique «Sicko»; et Leonardo DiCaprio, à Cannes comme producteur du documentaire écologiste hors-compétition «La 11e heure, le dernier virage».

Connu des cinéphiles pour son dernier film «Printemps, été, automne, hiver... et printemps» sorti sur les écrans en 2003, Kim Ki-duk, 46 ans, a déjà réalisé 14 longs métrages et fait partie de la nouvelle génération des cinéastes sud-coréens.

Dans «Souffle», il raconte la relation singulière qui se noue entre une femme au foyer et un prisonnier condamné à mort. La jeune femme, qui passe son temps à sculpter du plâtre dans sa belle et grande maison, n'est pas heureuse en ménage, malgré sa petite fille, car son riche mari la trompe et la délaisse. Un jour, elle apprend par la télévision qu'un condamné à mort, arrêté depuis un an et dont l'exécution est proche, a tenté de se suicider pour la seconde fois dans sa cellule.

Elle décide alors de lui rendre visite, pour lui redonner goût à la vie. La première rencontre est glaciale et il ne dit pas un mot. Mais, à la deuxième, sous la surveillance vidéo du directeur de la prison mi-bienveillant mi-voyeur, elle accueille le prisonnier dans un parloir aux murs retapissé de photos géantes printanières, avec sur la table des forsythias et des azalées, et une radio-cassettes qui diffuse une chanson gaie. En robe légère alors qu'on est en plein hiver, elle chante et danse devant lui, avant de lui arracher un sourire et d'entamer la conversation...

On reparlera peut-être de ce film au soir du palmarès dans une semaine, ou à sa sortie sur les écrans français le 26 septembre. Mais dans l'agitation cannoise, il a médiatiquement souffert de la comparaison avec «No Country For Old Men», des frères Coen, Palme d'or en 1991 pour «Barton Fink» et habitués de la Croisette.

Dans leur style inimitable fait d'humour à froid et de réalisation impeccable, ils racontent la fuite, dans le désert du Texas et à la frontière mexicaine, d'un homme (Josh Brolin) qui découvre une valise remplie de deux millions de dollars après un réglement de comptes entre trafiquants de drogue. Il va avoir à ses trousses un tueur psychopathe dangereux (Javier Bardem, savoureux dans le rôle), mais aussi le shérif du coin (Tommy Lee Jones) et un chasseur de primes (Woody Harrelson).

C'est le film le plus violent et le plus sanglant des frères Coen, cette succession de meurtres virant parfois à l'exercice de style: mélange de virtuosité dans la mise en scène, de second degré dans le non-jugement moral et de suspense dans un scénario dont la fin est un peu frustrante.

Autre ex-Palme d'or (c'était pour «Fahrenheit 9/11» en 2004), Michael Moore s'attaque dans «Sicko» aux ravages sociaux du système de santé américain, qu'il compare à ceux en place en Grande-Bretagne, au Canada et en France (et la comparaison est flatteuse pour les Français). L'un des passages les plus polémiques du film est celui où Michael Moore emmène des rescapés des attentats du 11 septembre se faire soigner à Cuba -une initiative qui peut lui procurer des ennuis judiciaires en raison de l'embargo politique et commercial toujours en vigueur.

Quant à la santé de la planète, c'est Leonardo DiCaprio qui s'en charge, cette année. Après Al Gore l'an dernier, c'est lui qui a fait l'événement sur la Croisette: pas Leo l'acteur mais Leo l'écolo, producteur de «La 11e heure, le dernier virage», documentaire dans lequel Leila Conners Petersen et Nadia Conners expliquent, en interrogeant 71 experts et personnalités, comment et pourquoi on en est arrivé là. Mais aussi comment et pourquoi, «à la 11e heure, un changement reste possible».

Avec le réchauffement de la planète, quel temps fera-t-il en 2047 pour le 100e Festival de Cannes? On verra bien. En attendant, la température est montée samedi dans l'attente du mini-concert que devait donner en haut des marches à minuit le groupe irlandais U2, juste avant la présentation hors-compétition d'un documentaire sur leur dernière tournée. Et c'est dimanche qu'on fêtera la 60e édition: un seul film en compétition («Tehilim», de l'Israélien Nadjari), pour laisser suffisamment de place au film «Chacun son cinéma», compilation de courts métrages de trois minutes commandés à 35 cinéastes par le président du Festival Gilles Jacob. Ce sera l'occasion idéale, pour la nouvelle ministre de la Culture Christine Albanel, de faire sa première montée des marches. (ap)

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