Actualisé 15.01.2015 à 15:18

Fin du taux plancher

«Journée noire» à gauche, droite satisfaite

La décision de la BNS d'abandonner le taux de change plancher entre le franc et l'euro divise les partis politiques.

La gauche parle de «journée noire pour l'économie suisse». A droite, on se félicite du retour aux lois du marché, même si libéraux-radicaux et démocrates-chrétiens sont plus nuancés.

Le Conseil fédéral a pris acte jeudi de la décision de la Banque nationale suisse de suspendre le cours plancher du franc par rapport à l'euro. La délégation de l'économie du gouvernement s'est réunie jeudi après-midi pour analyser la situation.

La Banque nationale suisse continuera de remplir sa tâche et d'oeuvrer pour des conditions monétaires qui évitent l'inflation ou la déflation et permettent un développement économique stable à l'avenir, a déclaré la ministre des finances Eveline Widmer-Schlumpf.

Euro: «Une monnaie faible»

«On ne peut pas gagner à long terme contre une monnaie faible», écrit sur Twitter le conseiller national Christoph Mörgeli (UDC/ZH). La BNS a fait ce qu'elle a pu pour soutenir l'économie d'exportation pendant trois ans et demi».

Pour le conseiller national Lukas Reimann (UDC/SG), la décision de la BNS de mettre fin au taux plancher entre le franc et l'euro est «excellente, même si elle tombe tard. L'économie suisse est en assez bonne forme pour supporter le choc», avance-t-il. Elle peut et doit maintenant faire face à cette décision, poursuit-il.

Certes le choc de l'annonce est rude jeudi pour le secteur de l'exportation, concède-t-il. Peut-être aurait-il mieux valu procéder par étapes», mais le St-Gallois fait confiance aux experts de la BNS.

Risque pour l'emploi

A gauche, on est consterné. Cette décision comporte «un risque sérieux pour des dizaines de milliers d'emplois», écrit Christian Levrat, le président du Parti socialiste sur Twitter. Pour sa collègue, la conseillère nationale Susanne Leutenegger Oberholzer (BL), la BNS joue avec le feu et menace de mettre le secteur de l'exportation à genoux.

Si cette stratégie échoue, et que le cours de l'euro continue de descendre, il sera très difficile, voire impossible de réintroduire un taux plancher, met encore en garde le PS.

Aide au secteur de l'exportation

La défense du secteur de l'exportation contre un cours excessivement fort du franc reste nécessaire, plaide le conseiller aux Etats Luc Recordon (Verts/VD). Toutes les pistes doivent être explorées dans ce sens, poursuit-il.

Le PDC suisse dit dans un communiqué qu'il est «sceptique», même si la BNS est libre de prendre ses décisions, qui jusqu'ici ont joué en faveur de la Suisse. Il pourra proposer des mesures le cas échéant pour atténuer le choc.

Le PDC lucernois conseiller aux Etats Konrad Graber appelle à un peu de retenue. «Nous devrons prendre du recul et attendre quelques jours pour juger des effets que produira cette décision», a-t-il expliqué.

Démocrate-chrétien lui aussi, Peter Hegglin, conseiller d'Etat zougois et président de la Conférence des directeurs cantonaux des finances, veut également éviter de surréagir. Il entend bien toutefois que les cantons (et la Confédération) touchent le milliard promis après l'annonce la semaine dernière d'un bénéfice de 38 milliards de francs.

Si le secteur de l'exportation ne sera pas ravi de voir le franc grimper face à l'euro, d'autres secteurs en revanche se montreront soulagés, relève Konrad Graber. Il est impatient de voir ce qui va se passer prochainement à la Banque centrale européenne. Une banque nationale comme la BNS ne peut pas prendre une telle décision sans consulter ses homologues, lâche-t-il.

«Sécuriser» la situation

Le grand argentier vaudois, le conseiller d'Etat libéral-radical Pascal Broulis, va dans le même sens et estime que «trop d'indicateurs étaient dans le rouge pour que rien ne se passe», a-t-il dit en substance à l'ats. Après le vote du 9 février, la Suisse connaît un deuxième épisode déstabilisant: il s'agira de «sécuriser» la situation, a poursuivi le Romand.

Pour son collègue de parti, le conseiller national Andrea Caroni (AR), «c'est une bonne nouvelle que la BNS soit parvenue elle-même à la conclusion qu'elle peut supprimer le taux plancher.» Ce taux, introduit en 2011, a été jugé comme un instrument approprié dans un moment où le franc était beaucoup trop fort face à l'euro.

«Ce soutien à l'exportation était justifié», relève le Parti radical-libéral dans un communiqué. «Mais l'annonce de la suppression de cette mesure reste un choc considérable pour les marchés.» Le PLR exige donc «un renforcement de la place économique suisse grâce à un programme de réformes, dont la 3e concernant la fiscalité des entreprises.»

Vert'libéraux et PBD derrière la BNS

Les Vert'libéraux soutiennent aussi la décision de la BNS, qualifiée de «raisonnable» et courageuse» par le conseiller national Thomas Maier (ZH). Celui-ci comprend «l'effet de surprise, nécessaire pour éviter le plus possible toute spéculation».

Le PBD est sur la même ligne. «A mon avis, c'est une décision correcte et planifiée. On savait qu'on n'allait pas défendre le cours pendant des siècles», a dit le conseiller national Martin Landolt (GL) sur les ondes de la RTS . (ats)

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