Zurich: Jugé pour avoir poignardé son père par «désespoir»
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ZurichJugé pour avoir poignardé son père par «désespoir»

Un jeune homme a écopé la semaine passée de 3 ans de prison, commués en mesure stationnaire. Se sentant dénigré et incompris par son père, il l'avait blessé au couteau il y a un an à Hinwil.

par
ofu

L'affaire traitée la semaine dernière par le Tribunal de district de Hinwil (ZH) a révélé non pas la triste histoire de la victime mais celle de l'accusé, son fils. Le jeune homme a dû comparaître devant la justice zurichoise pour avoir planté un couteau dans le dos de son père, il y a environ un an. La relation entre les deux hommes était alors fortement perturbée après s'être dégradée au fil des années.

Intelligent, mais difficile

Après la séparation de ses parents, le jeune homme de 19 ans a commencé à avoir des premières pensées suicidaires alors qu'il n'était encore qu'un petit garçon. Malgré cela, personne ne lui a jamais proposé une aide appropriée. A l'adolescence, il a alors commencé à développer une sociophobie avant d'arrêter totalement l'école. Quant à ses parents, ils ont été totalement dépassés par les événements et n'ont pu gérer leur enfant intelligent, mais difficile, écrit la «NZZ».

«Je préfère être un porc qu'un trou du c... inutile comme toi»

Le soir du drame, le père avait demandé une enième fois à son fils de déménager, ne comprenant pas pourquoi il s'enfermait dans sa chambre durant des mois sans essayer de gérer sa vie tout seul. Il l'avait réveillé au milieu de la nuit et exigé qu'il fasse ses valises. Le fils l'avait alors traité de «porc» et d'«idiot incompétent qui n'aurait jamais dû mettre au monde des enfants s'il n'avait pas envie de s'en occuper». Le père avait rétorqué: «Je préfère être un porc qu'un trou du c... inutile comme toi.» C'était l'insulte de trop pour le jeune, qui avait fini par le poignarder. Le jeune homme avait ensuite immédiatement appelé les secours et les forces de l'ordre pour avouer son geste. La vie de son papa n'a jamais été en danger.

Une maladie jamais diagnostiquée jusqu'à présent

L'expertise psychiatrique réalisée pour le procès a permis de révéler chez l'accusé un trouble autistique, une rare maladie psychique, selon la «NZZ». «Les besoins et la maladie de l'accusé n'ont jamais été reconnus et son malaise psychique n'a jamais été traité», a résumé le juge. Celui-ci a finalement condamné le jeune homme à 3 ans de prison pour tentative de meurtre passionnel, a révélé lundi le «Tages-Anzeiger». La peine est commuée en mesure stationnaire.

Selon la Cour, l'accusé a passé à l'acte «après de nombreuses années de charge émotionnelle et sur le coup d'un profond désespoir». Les juges ont estimé que le prévenu n'a jamais voulu tuer son père, mais qu'il a pris en compte sa mort.

Soulager qu'on puisse enfin l'aider

Quant au jeune homme homosexuel, qui n'a jamais osé faire son coming out, il a expliqué au juge qu'il avait été blessé à maintes reprises par les déclarations de son père. Celui-ci n'aurait cessé de traiter les gays de «répugnants» et d'«anormaux». C'est à partir de ce moment-là que sa haine envers son père aurait grandi de jour en jour. Le prévenu a finalement avoué à la Cour être soulagé de savoir enfin de quelle maladie il souffrait et qu'on allait enfin pouvoir l'aider. Il a également assuré regretter son geste, même si d'«une certaine manière» il est content que «cela soit arrivé».

«L'apogée d'une tragédie familiale»

Le procès a permis de révéler que l'accusé avait depuis des années l'impression de ne pas être aimé et qu'il ne pouvait rien faire de juste aux yeux de ses parents. Il croyait devoir régler ses problèmes tout seul, mais sans y parvenir au final. Quant au père, chez qui il vivait, il ne savait pas comment gérer l'extrême passivité et timidité de son fils.

Divers séjours dans des institutions socio-pédagogiques ont été avortés parce que sa commune de résidence refusait de payer. Et les divers séjours en clinique psychiatrique se sont révélés sans succès. Selon le «Tages-Anzeiger», le jeune homme n'a jamais suivi une seule thérapie utile pour lui parce que personne ne s'est donné la peine de découvrir ce qu'il avait.

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