Alieu Kosiah jugé pour crime contre l’humanité à Bellinzone

Publié

Bellinzone Jugé pour crime contre l’humanité, l’ex-chef de guerre nie en bloc 

Alieu Kosiah a été condamné par la justice suisse à 20 ans de prison pour crimes de guerre perpétrés au Liberia. Le procès en appel s’est ouvert mercredi. 

par
Andrée-Marie Dussault
La guerre civile au Libéria a fait 250’000 morts entre 1989 et 2003.

La guerre civile au Libéria a fait 250’000 morts entre 1989 et 2003.

AFP

Le procès en appel d’Alieu Kosiah s’est ouvert ce mercredi devant le Tribunal pénal fédéral (TPF), à Bellinzone.  L’ancien chef de guerre libérien, 47 ans, veston noir et chemise blanche, conteste la sentence prononcée à son encontre par le même tribunal. Le 18 juin 2021, il a écopé de 20 ans de prison, en plus de son expulsion de Suisse pour quinze ans, pour violations répétées des lois de la guerre commises pendant la guerre civile au Libéria, ayant fait 250’000 morts entre 1989 et 2003. Premier Libérien condamné pour des crimes perpétrés pendant ce conflit, il est aussi le premier criminel de guerre jugé par le TPF et le premier à y répondre de crimes contre l’humanité.

Un long voyage pour obtenir justice

Les sept parties plaignantes ont fait le voyage depuis le Libéria. Il s’agit de leur troisième séjour en Suisse pour cette affaire, rappelle l’avocat de quatre d'entre elles, Me Alain Werner qui se dit «impressionné par leur détermination». «C’est loin d’être un voyage simple. Pendant plusieurs semaines, ils doivent tout quitter. De surcroît, en 2014 15, il y a eu le virus Ebola au Libéria, et en 2020-21, c’était le Covid; on ne pouvait avoir de pires circonstances.»

Larmes et confiance

Le procès a démarré avec l’audience de la seule femme des sept parties plaignantes. Non sans quelques difficultés de compréhension réciproques entre la Cour et celle-ci. La Libérienne, cheveux tressés, vêtue d’un habit fleuri jaune serin, a fondu en larmes quand la cour l’a questionnée sur les viols subis par Kosiah. Le père et le frère de la victime ont également été tués par la faction armée commandée par le chef de guerre. «Je suis ici parce que je veux que justice soit rendue», a indiqué la Libérienne, désormais mère d’un enfant nommé Justice. Son avocate, Me Zena Wakim, se dit «très confiante». «Le premier verdict était déjà une énorme victoire pour toutes les femmes victimes de violences.»

Alieu Kosiah a ensuite été entendu à son tour par les juges, niant avoir jamais rencontré la plaignante. «Ce n’est pas parce qu’une personne fait étalage de ses émotions qu’elle dit forcément la vérité.» Le procès se poursuivra encore sur plusieurs semaines.

En prison depuis huit ans, le Libérien garde le moral

Incarcéré depuis 2014, Kosiah demeure solide, confirme son avocat Me Dimitri Gianoli. «Cela pour trois raisons: il est croyant et estime que Dieu le met à l’épreuve; il a un passé militaire qui le rend discipliné et respectueux des institutions, et enfin, il sait qu’il n’a rien fait», détaille-t-il, soulignant la détermination de son client. Quant à l’élargissement en septembre 2022 de l’accusation aux «crimes contre l’humanité», «elle ne change rien; il n’était pas sur les lieux des crimes qu’on lui reproche».

Ton opinion