Un homme est jugé à Genève pour tentative de meurtre par dol éventuel
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GenèveJugé pour son «acharnement sauvage» contre le client d’un fast-food

Un prévenu comparait pour avoir frappé à de multiples reprises un homme «sous un prétexte futile», l’an passé.

par
David Ramseyer
Getty Images/iStockphoto

«Je ne me rappelle pas vraiment, ça ne me dit rien, peut-être…» Sur le banc des accusés, le prévenu assure qu’il peine à se remémorer en détail la nuit de violence qui, sous ses poings, a conduit aux urgences un jeune homme, l’année dernière. Déjà incarcéré par le passé pour des actes de brutalité, B. – un Colombien de 27 ans – est accusé de tentative de meurtre par dol éventuel et lésions corporelles graves, notamment, pour avoir passé à tabac L. à deux reprises, en janvier 2020 (cf. encadré).

Des doutes sur les événements

Devant le Tribunal correctionnel, l’agresseur présumé, ivre au moment des faits, s’est dit «navré de ce qui s’est passé», tout en invoquant la légitime défense. «Il a tapé en premier. Nous étions deux dans cette histoire, c’est du 50/50.» La défense du prévenu a imploré la clémence des juges pour un homme «en reconstruction», «qui n’a jamais eu l’intention de tuer», et dont les actes ne peuvent être formellement prouvés.

Oui, il y a eu des coups, a relevé Me Nina Sepe. Mais les vidéosurveillances et les témoignages qui incriminent son client manquent de précision, selon l’avocate. Il y a par ailleurs des doutes sur le déroulé exact des événements. Quant aux blessures de la victime, «il n’est pas exclu qu’elles aient pu survenir lors d’une chute consécutive à une empoignade».

Un massacre

Avocat du plaignant, Me Robert Assaël s’est étranglé: «Récidiviste et en liberté conditionnelle lors de l’agression, le prévenu ne sait que blâmer autrui. Il ne supporte aucune remarque, il a massacré mon client sous un prétexte futile, c’était de la violence gratuite!» Au contraire, a souligné l’homme de loi, les images vidéo et les témoins concordent: L. a bien été victime d’un «acharnement sauvage».

Décrit comme quelqu’un de «calme et posé», L. a témoigné en homme détruit, toujours traumatisé physiquement et mentalement par son agression. «Je ne sais pas pourquoi j’ai été frappé. Avant, j’avais une vie accomplie, je travaillais, je voyais mes amis; c’est devenu un enfer. Sans ma compagne, je ne serais sans doute plus là…»

Prison ferme réclamée

De son côté, le Ministère public a jugé que trois mots pouvaient décrire le Colombien: «Impulsivité, agressivité, violence». Sa version des faits n’est «pas crédible, il nie la réalité et n’a montré aucune empathie vis-à-vis de sa victime». La procureure a réclamé 6 ans de prison, un suivi psychothérapeutique et une expulsion de Suisse pendant 5 ans. La défense a plaidé des lésions corporelles simples. Verdict ce mardi.

Pluie de coups

Quelques mots seulement ont mis le feu aux poudres, lorsque le 11 janvier 2020 vers 4 h du matin, B. a dépassé un client au guichet nocturne d’un fast-food. L., qui attendait son tour, lui a demandé de faire la queue. Mauvaise idée. Une volée de coups s’est soudainement abattue sur sa tête. Le cogneur s’est rapidement éloigné. Groggy, le jeune homme s’est alors lancé à la recherche de son écharpe. Il y tenait beaucoup: il s’agissait d’un cadeau de sa mère, récemment décédée. Finalement, L. a retrouvé son agresseur sur la plaine de Plainplais voisine, et lui a réclamé l’étoffe (qu’en réalité, B. n’avait pas prise). Nouveau déchaînement de violence contre le jeune homme. Sa tête est encore visée, mais sa jambe droite se brise également sous les coups. Le plaignant a dû être opéré en extrême urgence, pour des fractures au crâne et au tibia notamment. À l’heure qu’il est, il souffre toujours des séquelles de l’agression, avec des maux de tête récurrents, une perte de goût et d’odorat, une fatigue quasi permanente ou encore des difficultés à se concentrer.

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