Afghanistan - Jusqu’à présent, le retrait américain a été mené tambour battant

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AfghanistanJusqu’à présent, le retrait américain a été mené tambour battant

Selon le souhait de Joe Biden, les soldats américains sont en pleine opération de retrait d’Afghanistan. Mais la percée des talibans pourrait ralentir la cadence.

Des soldats américains se préparent à passer le flambeau aux militaires afghans avant de rentrer au pays.

Des soldats américains se préparent à passer le flambeau aux militaires afghans avant de rentrer au pays.

AFP

Jusqu’ici, les États-Unis ont mené tambour battant leur retrait d’Afghanistan, que le président Joe Biden veut achever d’ici le 11 septembre, date du 20e anniversaire des attentats ayant conduit Washington à renverser le régime des talibans.

Mais plusieurs facteurs risquent de conduire Washington à ralentir le départ de certaines unités: les avancées sur le terrain des talibans, le sort des Afghans qui ont coopéré avec les États-Unis, et qui craignent aujourd’hui pour leur vie, et la sécurité de l’aéroport de Kaboul, vital pour le maintien d’une présence diplomatique des États-Unis dans le pays.

Pour début juillet?

Depuis le 1er mai, le retrait a été mené à un rythme tellement soutenu que certains ont estimé à début juillet la date probable de son achèvement. Selon les derniers chiffres publiés par le Pentagone, l’armée américaine a évacué du pays l’équivalent de 763 avions-cargos C-17 chargés de matériel et remis près de 15’000 pièces d’équipement à une agence du Pentagone pour qu’elles soient détruites. Le commandement central a cédé le contrôle de six installations aux forces afghanes et le retrait a été effectué à «plus de 50%» en moins de deux mois.

Au 1er mai, il restait officiellement 2500 militaires américains et 16’000 sous-traitants civils en Afghanistan. L’armée américaine ne publie pas les chiffres des effectifs militaires américains évacués, afin de «préserver la sécurité des opérations». Depuis deux semaines, elle ne donne plus d’estimation de son retrait en pourcentage, qui pourrait donc être bien supérieur à 50 pour cent.

Soldats afghans démoralisés

Des dizaines de districts afghans sont tombés aux mains des talibans depuis début mai. Ces avancées militaires, qui paraissent avoir démoralisé une partie de l’armée afghane, pourraient conduire Washington à retarder le départ de certaines unités, a reconnu à demi-mot, cette semaine, le porte-parole du Pentagone, John Kirby.

«S’il y a des changements à effectuer dans le rythme, la portée ou l’ampleur du retrait un jour ou une semaine donnée, nous voulons garder la flexibilité de le faire», a-t-il dit. Mais il a souligné que cela ne remettrait pas en cause la date butoir du 11 septembre et prévenu que le soutien que l’armée américaine continue d’apporter aux forces afghanes pour contrer les talibans n’était pas éternel.

Interprètes inquiets

«Tant que nous avons les capacités en Afghanistan, nous continuerons à apporter une assistance aux forces afghanes, mais lorsque le retrait approchera de sa fin, ces capacités vont décliner et elles ne seront plus disponibles», a-t-il prévenu.

Des milliers d’Afghans ayant travaillé auprès des forces américaines, notamment comme interprètes, espèrent décrocher un visa d’immigration vers les États-Unis, par crainte de représailles si les talibans reviennent au pouvoir à Kaboul. Mais la procédure est très longue, et ils risquent de se retrouver coincés dans la capitale sans visa si le gouvernement afghan s’effondre peu après le départ des troupes étrangères. Près de 18’000 demandes de visas sont encore à l’étude.

Évacués à Guam?

L’Administration Biden juge qu’une évacuation n’est pas nécessaire à l’heure actuelle, mais le Pentagone a fait savoir, depuis plusieurs semaines, qu’il avait engagé des préparatifs pour une évacuation en masse, qui pourrait là aussi ralentir le retrait total des forces américaines du pays.

Mercredi, le chef du Pentagone, Lloyd Austin, a indiqué que les premières évacuations pourraient commencer «bientôt». De nombreux élus du Congrès ont appelé l’Administration Biden à évacuer les Afghans dont le dossier est en attente sur l’île de Guam, dans le Pacifique.

L’importance de l’aéroport

La Turquie a proposé d’assurer la sécurité de l’aéroport international de Kaboul après le retrait des forces américaines, mais n’a pris aucun engagement ferme. Une délégation américaine est attendue jeudi en Turquie pour discuter des détails de l’opération, pour laquelle Ankara souhaite obtenir un soutien financier, diplomatique et logistique des États-Unis. Si Ankara changeait d’avis, les militaires américains envisageraient plusieurs hypothèses, notamment faire appel à des sociétés de sécurité privées.

L’aéroport de Kaboul est la principale voie de sortie pour les diplomates occidentaux et les travailleurs humanitaires. La crainte qu’il tombe aux mains des talibans à l’occasion du retrait des forces étrangères pousse l’Otan à rechercher une solution rapidement.

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