Crise libyenne: Kadhafi reprend Ras Lanouf aux rebelles
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Crise libyenneKadhafi reprend Ras Lanouf aux rebelles

Les rebelles libyens battaient en retraite jeudi du port pétrolier stratégique, Ras Lanouf, face aux forces loyales au colonel Kadhafi, qui bombardaient la ville.

Les hommes réunis par l'opposition quittaient la ville portuaire vers l'est à bord de voiture et de pick-ups, expliquant que les forces gouvernementales lançaient des roquettes et des obus de char sur la ville, sans doute avant une avancée de grande ampleur.

Des obus sont tombés près de l'hôpital de la ville et ont touché plusieurs bâtiments de la ville.

Un avion de chasse a survolé à basse altitude avant qu'un nuage de fumée n'aparaisse à quelques kimomètres à l'est de la ville où des dizaines d'insurgés avaient dû se replier mercredi après avoir essuyé des bombardements et des raids à l'ouest de cette zone. Le missile semble avoir touché le désert.

La veille, l'un des raids a touché la raffinerie As-Sidra, située à proximité. C'est la première fois depuis le début, le 15 février, de l'insurrection armée contre le colonel Kadhafi, au pouvoir depuis près de 42 ans, qu'une installation pétrolière est endommagée.

Les bombardements sur Ras Lanouf le mercredi 9 mars

Craintes de bombardement des installations pétrolières

Le chef de la Compagnie pétrolière nationale, Choukri Ghanem, a minimisé les dégâts, affirmant que seule une «petite installation de stockage» de diesel avait été touchée, tout en reconnaissant que la production de pétrole avait été divisée par trois passant de 1,6 million de barils par jour à 500'000 bj.

«Ce que nous craignions depuis le début et qui s'est produit aujourd'hui, c'est le bombardement d'installations pétrolières», a indiqué un porte-parole de l'opposition, Abdelhafez Ghoqa. D'immenses flammes et des boules de feu étaient visibles au-dessus de la raffinerie As-Sidra après les raids.

A 150 km à l'est de Tripoli, des témoins ont affirmé que des forces loyalistes convergeaient en nombre mercredi vers Misrata tenue par l'opposition. Non loin de là, l'opposition contrôlait Zenten, toujours encerclée, selon un témoin.

A l'ouest de la capitale, Zawiyah, bastion des insurgés le plus proche de la capitale (40 km), des combats ont fait rage jusque dans la nuit, alors que la télévision officielle faisait état d'«importantes manifestations» pro-Kadhafi dans cette ville abritant une importante raffinerie.

Les rebelles contrôlent toujours la région orientale pétrolière ainsi que certaines localités de l'Ouest, alors que Tripoli et sa région proche sont aux mains des loyalistes.

L'UE consulte

Face à l'escalade, les ministres des Affaires étrangères de l'UE, puis les ministres de la Défense de l'Otan se retrouvent à Bruxelles pour trouver une difficile position commune sur la Libye, notamment sur une éventuelle zone d'exclusion aérienne.

Au programme des discussions: «faire en sorte que les violences contre les populations civiles en Libye cessent et qu'en tout cas la communauté internationale prenne toutes les dispositions qu'elle peut prendre», a indiqué un haut responsable de l'UE.

De son côté, M. Kadhafi a dépêché au Caire un membre de son cercle rapproché. Un autre émissaire a rencontré mercredi le chef de la diplomatie portugaise, Luis Amado, et un troisième devait s'entretenir jeudi avec le secrétaire d'Etat grec aux Affaires étrangères.

Parallèlement, deux émissaires du Conseil national installé à Benghazi, siège de la contestation à près de 1'000 km à l'est de Tripoli, doivent être reçus par le président français Nicolas Sarkozy, alors qu'un autre a rencontré la présidente suisse Micheline Calmy-Rey.

M. Abdeljalil, chef du Conseil national a appelé à l'aide la communauté internationale, affirmant que dans le cas contraire «Kadhafi anéantira» le pays. Il a de nouveau demandé la mise en place d'une zone d'exclusion aérienne pour empêcher le bombardement des insurgés ou civils, tout en soulignant ne pas vouloir de soldats étrangers sur le sol libyen.

Le régime de Kadhafi a promis une récompense de 410'000 dollars à toute personne lui livrant M. Abdeljalil.

400 morts et 2'000 blessés dans l'est

Selon des médecins à Benghazi, l'insurrection a fait au moins 400 morts et 2'000 blessés dans l'Est depuis le début du soulèvement.

Sur cette période, les combats ont poussé à la fuite près de 200.000 personnes.

Mouammar Kadhafi, qui a juré de réprimer dans le sang la rébellion, a réaffirmé la veille qu'il ne quitterait pas le pouvoir, malgré les sanctions internationales et l'ouverture d'une enquête de la Cour pénale internationale pour crimes contre l'humanité.

Il a aussi estimé qu'en cas de mise en place d'une zone d'exclusion aérienne, «les Libyens verront ce que ces pays veulent vraiment faire -prendre leur pétrole- et ils prendront alors les armes».

«Si Al-Qaïda réussit à s'emparer de la Libye, alors la région tout entière, jusqu'en Israël, sera la proie du chaos», a ajouté le dirigeant libyen qui accuse les rebelles d'être soutenus par le réseau extrémiste.

Enfin, trois journalistes de la BBC en reportage en Libye ont été «arrêtés et battus» puis ont subi un simulacre d'exécution, avant d'être libérés, selon leur chaîne. (afp)

Il faut se préparer au pire, affirme le président du CICR

Le nombre de victimes civiles est clairement en hausse en Libye. «Nous devons craindre une intensification du conflit et l'arrivée de nombreux blessés dans les hôpitaux», a déclaré jeudi le président du CICR. Il faut se préparer au pire, a-t- il dit.

«Nous sommes très préoccupés par le manque d'accès humanitaire dans l'ouest de la Libye», a dit à la presse le président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Il a rappelé les règles de base applicables dans ce contexte.

«Les parties concernéesres doivent faire une distinction entre cibles civiles et militaires. Il est interdit d'attaquer les civils. Répandre la terreur parmi la population est interdit. Le personnel et les installations médicales ne doivent pas non plus être attaquées», a affirmé M. Kellenberger.

«Nous voyons un nombre accru de civils blessés arriver dans les hôpitaux et nous sommes très inquiets», a insisté M. Kellenberger. Le CICR continue de travailler pour obtenir l'accès à la partie occidentale du pays contrôlée par les forces pro-Kadhafi.

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