Actualisé 24.02.2011 à 10:00

Selon un ex-ministre libyenKadhafi va se suicider «comme Hitler»

Le leader libyen Mouammar Kadhafi va se suicider «comme Hitler l'a fait» face à l'insurrection en cours en Libye, déclare l'ex-ministre libyen de la Justice.

«Les jours de Kadhafi sont comptés. Il va faire comme Hitler a fait, il va se suicider», déclare dans une interview au journal suédois Expressen publiée jeudi l'ex-ministre Moustapha Abdel Jalil, qui a quitté son poste pour protester contre les violences du régime contre les manifestants.

Mercredi, le ministre a affirmé avoir «la preuve que Kadhafi a donné l'ordre pour Lockerbie», dans des extraits de cet entretien exclusif publiés par avance sur le site Internet d'Expressen.

L'attentat contre un Boeing 747 de la Pan Am au-dessus de Lockerbie en Ecosse, pour lequel le Libyen Abdelbaset al-Megrahi a été condamné en 2001, avait fait 270 morts, la plupart Américains, le 21 décembre 1988.

«Ce n'est pas quelque chose que je crois, c'est quelque chose que je sais et dont je suis certain à 100%», dit-il dans de nouveaux propos publiés jeudi par le quotidien, qui l'a interviewé durant environ 40 minutes à Al-Bayda, dans l'est de la Libye.

«Il (Kadhafi, ndlr) a donné l'ordre aux officiers des services de renseignements et à Megrahi de commettre l'attentat de Lockerbie», dit l'ancien ministre. «Il n'est pas encore l'heure de tout révéler maintenant, mais cela viendra», ajoute-t-il.

L'ex-ministre, qui avait déja démissionné deux fois par le passé, appelle également les diplomates libyens à soutenir la révolte et s'indigne de l'emploi de mercenaires africains par le régime de Tripoli.

«J'ai vu le diable en lui (Kadhafi). Maintenant il est l'heure pour tous les diplomates, en Suède et dans le monde entier, de prendre leurs distances avec ce régime meurtrier. Je leur demande de rester à leurs postes mais de s'avancer pour dire qu'ils sont du côté du peuple», dit Moustapha Abdel Jalil.

Concernant les mercenaires, «je savais que le régime avait des mercenaires bien avant le soulèvement. Lors de plusieurs réunions, le gouvernement a décidé de donner la citoyenneté à des gens du Tchad et du Niger. J'ai protesté et c'est documenté», dit-il.

Moustapha Abdel Jalil, qui avait déjà critiqué plusieurs fois par le passé le régime et demandé une enquête sur le massacre de la prison d'Abou Salim en 1996 qui aurait fait 1.200 morts, était devenu ministre pour la première fois en 2007. (ats/afp)

Crimes contre l'humanité

Mouammar Kadhafi peut être accusé de crimes contre l'humanité, estime l'ONG Human Rights Watch (HRW). S'il est renversé, il pourra être jugé par la justice libyenne. Dans le cas contraire, ce serait à la Cour pénale internationale (CPI) d'agir.

La répression en Libye, telle que décrite par les témoins sur place, «correspond bien à des crimes 'massifs commis dans le cadre d'une attaque généralisée ou systématique dirigée contre une population civile'», estime Reed Brody, conseiller juridique de HRW.

Selon lui, la promesse faite par le colonel Kadhafi «d'une bataille à mort montre qu'il ira jusqu'au bout et constitue en soi une preuve de sa responsabilité directe dans les violences».

Des crimes plus anciens peuvent aussi être reprochés au dictateur libyen, ajoute le juriste. Il cite le massacre de plus de 1200 détenus dans la prison d'Abou Slim en 1996, l'attentat de Lockerbie en 1988 contre un Boeing de la Pan Am ou encore «les vagues d'arrestations en masse et les exécutions publiques commises dans les années 1970».

Justice libyenne ou CPI

Quant à l'instance qui pourrait juger le dirigeant libyen, «tout va dépendre des événements», souligne M. Brody. «Si le colonel Kadhafi est renversé, des plaintes seront sans doute très vite déposées contre lui en Libye. Il y sera peut-être arrêté et jugé, comme on l'a vu en Irak».

En revanche, s'il se maintient au pouvoir, «la seule solution» sera de déposer à l'étranger des plaintes contre lui et les responsables de la répression, «tout en bataillant pour une saisine de la CPI». «Le plus simple serait que des Libyens victimes de violences ayant la double nationalité, ou des ressortissants étrangers, saisissent la justice de leur pays d'origine», relève M. Brody.

Concernant la CPI, elle n'a pas le pouvoir d'engager seule des poursuites: elle doit être saisie par les autorités libyennes ou le Conseil de sécurité de l'ONU. Un tel cas de figure n'est «pas à exclure», selon Reed Brody: la Chine et la Russie, qui disposent du droit de veto au Conseil de sécurité, «ne se sont pas portées jusque- là au secours du régime de Tripoli».

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