Athletissima - Karsten Warholm ne vise pas le record
Publié

AthletissimaKarsten Warholm: «Me demander le record, c’est un peu beaucoup»

Il est l’une des, si ce n’est LA star la plus attendue d’Athletissima, jeudi soir. Mais le Norvégien se testera sur 400 mètres plat et non sur les haies. Un sacré défi.

par
Robin Carrel
Karsten Warholm avait mieux réussi sa course que son arraché de maillot, lors des Jeux olympiques.

Karsten Warholm avait mieux réussi sa course que son arraché de maillot, lors des Jeux olympiques.

AFP

Karsten Warholm est dans la vie comme il est sur les tartans. Entier et «showman». Mercredi, à Lausanne, il a répondu avec le sourire, quelques éclats de rire et pas mal d’humour aux questions de la presse, avide de connaître ses ambitions sur une épreuve qui n’est pas la sienne d’habitude.

Êtes-vous heureux de vous tester sur le 400 mètres plat?

Oui, je suis très heureux de courir sur le plat. C’est un joli challenge, après avoir battu le record du monde sur les haies à Tokyo. Des gens m’ont demandé de rebattre le record, mais ils ne savaient pas que je n’allais pas courir la même épreuve à Lausanne! C’est une distance où il faut de l’expérience pour vraiment briller et je n’en ai pas énormément. Je dois courir encore d’autres épreuves du genre pour en engranger encore davantage. Ca pourrait être une belle course, mais me demander le record, c’est un peu beaucoup (rires)! Battre le record d’Europe? Ca fait vieux et il est légendaire (ndlr: il est détenu depuis 1987 par l'Allemand Thomas Schönlebe, en 44’’33). Beaucoup d’athlètes s’en sont approchés, mais sans le battre. C’est possible, dans un très bon jour... On avait calculé pour arriver avec la forme parfaite à Tokyo et j’étais un peu fatigué ensuite. J’ai essayé de revenir en forme et me remotiver pour enchaîner. Ca va être un beau challenge que d'affronter des adversaires que je connais moins. Mais pour ce qui est des records, «le temps va répondre», littéralement.

Pensez-vous essayer de combiner ces deux épreuves à l’avenir?

Je pense que ces deux événements se ressemblent, dans un sens. On ne sera jamais plus rapide sur les haies que sur le plat (rires), par contre. J’ai gagné les Européens en salle sur le plat dans le passé, mais c’est dur de les combiner dans un grand championnat. Ca implique beaucoup d’acide lactique... J’ai essayé de le faire en 2018 à Berlin et ceux qui m’ont vu le courir, surtout dans la dernière ligne droite, voient ce que je veux dire. C’était extrêmement difficile. J’espère que, dans le futur et avec ce que j’ai fait sur les haies, ça deviendra naturel de me tester encore davantage sur d’autres événements. Je pense le faire davantage à l’avenir, pour arriver dans une certaine routine et avoir de la constance à ce niveau, dans le futur.

Quels sont vos prochains challenges?

Je pense que pour faire mieux que gagner une médaille d’or olympique, il faut en gagner deux (rires). Maintenant, le challenge c’est surtout de rester au top et compétitif. C’est mon job… J’ai pu m'entraîner de façon consistante et très durement pendant 5-6 ans, sans connaître de gros pépins. Si je ne suis pas embêté par les blessures, que j’arrive à garder cette constance et ma motivation, je pense pouvoir faire mieux. Je suis encore motivé pour m’entraîner plus. J’ai la chance d’avoir un super coach et, avec lui, on cherche sans cesse comment être plus fort. Je veux pouvoir prendre ma retraite un jour en me disant que je suis allé au maximum de mon potentiel. Maintenant, je suis juste vers la «fin du début».

Quelle place a la concurrence dans votre esprit?

C’est super important. Elle me pousse à toujours faire mieux. Rai Benjamin, notamment, est une personne fantastique. Il est très fort sur les haies. J’étais triste et presque désolé pour lui, qu’avec son chrono de 46"17 (ndlr: 53 centièmes sous le précédent record du monde!), il ne gagne que la médaille d’argent aux Jeux olympiques de Tokyo. C’est lui, ainsi que le reste de la concurrence, qui me poussent à essayer d’être toujours plus fort.

On perd combien de temps au passage des haies, par rapport à un 400 plat?

(Il rigole encore) J’aimerais le savoir! C’est dur de répondre. Il faudrait que je fasse la course sur le plat dans des conditions aussi parfaites que ce que j’ai connu à Tokyo sur les haies. Je pense que je suis un des gars qui perd le moins de temps sur le franchissement, grâce à ma technique de passage des haies. Je ne dois pas être loin de la perfection. Mais ces deux courses sont très différentes, dans tous les cas. Si ce serait un problème de courir «trop vite» jeudi soir? Je ne pense pas. En plus, je n’ai pas peur de perdre, même si ça ne m’est pas arrivé très souvent. Je vais aller prendre le départ de cette course avec une certaine humilité, parce que c’est une épreuve différente. Je n’aime pas perdre, mais c’est un nouveau challenge. Si ça marche, ça va me motiver à repousser mes limites encore plus loin!

L’athlétisme est en train de devenir plus connu que le ski de fond en Norvège, non?

Il faut demander à ceux qui bossent pour la télé. À 100%, l’attention a grandi, notamment après les JO. Mais on a aussi une belle histoire dans la discipline depuis longtemps et je suis fier de pouvoir continuer dans cette veine, pour qu’on nous suive toujours plus au pays. Mais tu ne peux pas dépasser le ski de fond chez nous. On va tout de même essayer!

Ton opinion