Ukraine: Kiev devrait rester sous l'influence de Moscou
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UkraineKiev devrait rester sous l'influence de Moscou

En ne signant pas l'accord d'association avec l'Union européenne (UE), l'Ukraine va sans doute rester encore longtemps dans le giron russe, estime le professeur André Liebich.

«L'Ukraine s'est rendue compte de ce qu'aurait pu lui coûter un éloignement de la Russie», explique à l'ats André Liebich, professeur honoraire à l'Institut des hautes études internationales et du développement (IHEID) de Genève.

Pour dissuader le président Victor Ianoukovitch de signer l'accord avec l'UE, Moscou a notamment brandi la menace de remettre en cause la zone de libre-échange et de rétablir les frontières entre les deux pays. Cela aurait fortement affecté les exportations ukrainiennes, mais aussi les nombreux frontaliers et immigrés travaillant en Russie, poursuit le professeur.

Enjeu géopolitique

D'un point de vue géopolitique, la Russie souhaiterait que l'Ukraine rejoigne son Union eurasiatique pour élargir sa zone d'influence. Le pays, riche en ressources naturelles, en constituerait un élément majeur.

Si la Russie a largement usé du bâton, elle a également su faire miroiter des avantages. Ceux-ci ne sont pas connus, mais l'Ukraine pourrait notamment recevoir un prêt de 10 milliards de dollars en échange de sa loyauté. «Mais à ce stade, ce ne sont que des rumeurs», précise le professeur.

Choix cornélien

L'Union européenne a également une grande part de responsabilité dans cet échec, nuance André Liebich. «Bruxelles a présenté la signature de cet accord de manière excluante pour la Russie, dans une mentalité de confrontation». L'Ukraine ne voulait pas choisir entre les deux «blocs», explique-t-il.

L'Ukraine avait le choix entre le prestige de l'Europe et les avantages qu'offre la Russie, résume M. Liebich. «En voulant jouer sur les deux tableaux, elle a cherché à faire monter les enchères». Le président Ianoukovitch demandait notamment 20 milliards de dollars par année à l'UE pour la mise à niveau de l'économie ukrainienne aux standards européens.

Malheureusement pour l'Ukraine, Bruxelles n'est pas prête à marchander et n'offre que 600 millions de dollars. L'opinion publique européenne n'aurait en effet pas accepté de dépenser des milliards en temps de crise.

«L'UE avait l'habitude ces dernières années que les pays de l'Est se mettent à genoux devant elle. Elle n'a donc pas offert beaucoup», résume M. Liebich.

Concessions à moindre coût

Bruxelles ne semblait en outre pas consciente de l'ampleur des changements qu'elle exigeait des dirigeants ukrainiens, en termes de transparence, de démocratisation, ou d'amélioration du système judiciaire notamment. «Le régime aurait été le premier à y perdre», juge le professeur.

Selon lui, l'UE aurait pu faire des concessions à moindre coût, en revoyant par exemple son régime des visas et en accordant la liberté de circuler aux citoyens ukrainiens, clause qui n'était pas comprise dans le traité d'association. «L'accord ne prévoyait pas l'accès à l'Union européenne, mais une relation privilégiée», rappelle M. Liebich.

Avenir incertain

A court terme, André Liebich estime que les manifestants ukrainiens ne feront pas chuter le gouvernement, même si les élections prévues en 2015 pourraient être fatales à Victor Ianoukovitch. «A l'époque de la Révolution orange, les revendications étaient précises. Aujourd'hui, elles sont diffuses et les partis politiques sont largement discrédités».

Même si elles mènent à un changement de régime, ces élections ne suffiront pas pour atténuer le sentiment de désespoir de nombreux Ukrainiens, analyse M. Liebich. Ceux-ci ont l'impression que la situation ne s'améliore pas et que toutes les solutions ont été tentées, que ce soit du côté européen, ou russe. (ats)

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