Koiluget, village vidé de ses habitants kikuyus
Actualisé

Koiluget, village vidé de ses habitants kikuyus

Du village isolé de Koiluget, dans l'ouest du Kenya, il ne reste que des tôles tordues par le feu et des murs calcinés.

Ses dizaines d'habitants, tous de l'ethnie kikuyu du président sortant Mwai Kibaki, ont fui ou sont morts durant l'attaque.

Quelques hommes s'activent toutefois dans les champs de maïs entre les habitations en torchis parties en fumée. D'autres entassent dans la remorque d'un tracteur des morceaux de bois noirci.

Ils disent habiter les collines alentours et appartiennent à d'autres ethnies, notamment kalenjin, dont des membres sont accusés, selon plusieurs témoignages, d'avoir participé au raid le 30 décembre contre ce village, surnommé en swahili Usalama, ou «terre de paix».

Chaos

L'attaque a eu lieu immédiatement après l'annonce des résultats de l'élection présidentielle kényane remportée officiellement par Mwai Kibaki, un Kikuyu, et qui a plongé le pays dans la violence pendant plusieurs jours.

«Dès que les résultats sont tombés, ce fut le chaos. Personne n'a eu à dire qu'il fallait aller à la guerre (contre les Kikuyus)», se rappelle Joseph, un Kalenjin de 50 ans. «C'était tellement surprenant d'entendre que Kibaki avait gagné», explique-t- il, appuyé sur un grand bâton.

L'ethnie kikuyu a massivement soutenu le chef de l'Etat sortant lors de l'élection qui a été entachée de nombreuses irrégularités selon les observateurs internationaux. Son principal adversaire, Raila Odinga, était lui notamment appuyé par les communautés luo, luyha et kalenjin, très présentes dans l'ouest du pays, le fief de l'opposition.

A la machette

«Nous avons poursuivi les Kikuyus pour être sûrs qu'ils partent pour Burnt Forest», une petite ville à une heure de piste de là, raconte Job, un Luyha de 30 ans. «Si un Kikuyu était attrapé, il était attaqué à la machette», raconte-t-il en nettoyant un champ de maïs.

Aucun bilan du raid n'est disponible de source officielle. Un cadavre, le visage tailladé et boursoufflé, repose sur un des chemins de terre du village. Un autre, en décomposition, gît entre des épis de maïs piétinés.

Plus que des corps

A une dizaine de mètres, un paysan fait sa récolte. «C'est la responsabilité du gouvernement d'enlever les corps», affirme ce Kalenjin, qui dit «louer» ce lopin de terre où sont abandonnées une bible, une carte d'électeur appartenant à un Kikuyu et de nombreux vêtements.

Les habitants locaux accepteront-ils que les Kikuyus reviennent à Koiluget ? «Il ne reste plus de Kikuyus. Il n'y a plus que des corps», lance William, une barre de fer à la main, sous les ricanements d'une dizaine d'hommes.

(ats)

Ton opinion