Cyclisme-Tour de Romandie: Küng: «Et je ne me suis plus retourné»

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Cyclisme-Tour de RomandieKüng: «Et je ne me suis plus retourné»

Son marathon médiatique a été presque aussi long que son échappée victorieuse. Une heure après son 1er succès World Tour, Stefan Küng avait encore envie de refaire la course.

par
Robin Carrel
Fribourg
Stefan Küng: «C'est incroyable de gagner ainsi sur le World Tour.»

Stefan Küng: «C'est incroyable de gagner ainsi sur le World Tour.»

Après le podium et les télévisions, le St-Gallois n'avait pas envie de s'arrêter de parler. Face aux journalistes, il a continué à conter avec gourmandise son exploit du jour. Sa première réponse a d'ailleurs duré cinq bonnes minutes... Interview, dans un français parfait s'il vous plaît.

Question: Vous êtes le premier coureur à être applaudi dans la salle de presse cette semaine. Une grande journée, non?

Stefan Küng: J'avais reconnu cette étape il y a une semaine... Je me suis dit: elle peut se jouer au terme d'une échappée. Ensuite, j'ai vu la météo, avec la pluie et un fort vent d'ouest. Après, j'ai regardé le profil et je croyais vraiment que des fuyards pourraient aller au bout. Au départ, je me suis mis sur le premier rang et la première tentative d'échappée a été la bonne. Nous étions six coureurs devant, dont deux Katusha. L'un d'entre eux s'est sacrifié pour son coéquipier et moi j'ai essayé de garder le plus d'énergie possible. Il ne faut jamais montrer toutes ses cartes lorsqu'on est à l'avant comme cela et essayer de s'économiser.

Quand j'ai vu que nous avions quatre minutes d'avance sur le peloton au sommet des Paccots, avec une route mouillée et le vent favorable, je me suis dit que ce ne serait pas facile de revenir pour le peloton. Puis, au deuxième Grand Prix de la montagne, je me sentais bien et je me suis mis devant dans la descente. Je la connaissais bien et je me suis retrouvé tout seul au pied. Mon directeur sportif m'a dit d'attendre et je l'ai fait un peu... Mais ils ne revenaient pas! Il y avait donc une décision à prendre. Il restait plus de 25 kilomètres, avec du vent de dos et quelques faux-plats, cela faisait un peu plus de 30 minutes d'effort. A partir de là, je ne me suis plus retourné et j'ai roulé selon mes sensations.

Passée la dernière côte, ce n'était pas encore gagné, mais presque. A 80%... Mon directeur sportif me disait «Il faut rouler, il faut rouler!» et je lui ai ordonné d'arrêter. En poursuite individuelle (ndlr: dont il est champion du monde chez les grands), il n'y a personne pour me gueuler dans l'oreillette... Donc j'ai tout donné et j'ai pensé que c'était bon quand j'avais encore 20 secondes d'avance alors qu'il ne restait que deux kilomètres de faux-plat. Je me suis retourné pour la première fois à 200 mètres de l'arrivée. C'est le plus beau moment pour un coureur, quand tu sais que tu as gagné. Que tu te dit: «Celle-là, elle est pour moi!»

Q: Beaucoup d'observateurs disent aujourd'hui avoir assisté à la naissance d'un nouveau champion du cyclisme suisse. Vous sentez-vous comme un grand champion?

SK: (Il se marre) Mais je suis né en 1993! Ca, ce sont des choses que les journalistes aiment bien écrire et entendre de la part d'un coureur. Moi, je suis concentré sur mes entraînements et mes courses. Mon objectif, c'est de gagner et j'ai réussi ça aujourd'hui. Je ne sais pas si je suis un champion ou bla ou bla. Je prends les choses comme elles viennent et je me concentre sur mes points forts.

Q: Votre équipe BMC vous a choisi pour disputer le Giro. Quels y seront vos objectifs?

SK: Ma formation m'a montré beaucoup de confiance dès le début, aussitôt que j'ai signé avec eux au sein du team de développement. Ils ont pu voir ma progression lors des camps d'entraînement... Au Tour d'Italie, il y a un contre-la-montre par équipes le premier jour et on essayera de bien lancer l'équipe. C'est extraordinaire de participer à une des plus grandes courses du monde. Je peux y apprendre beaucoup.

Q: Vous attendiez-vous à gagner si vite, lors de votre première saison chez les pros?

SK: Les dirigeants de ma formation m'ont dit que je n'avais pas de pression. Que je devais progresser jour après jour, que je devais apprendre jour après jour. C'est dans ce genre de moments que j'engrange le plus: être devant dans un final et l'emporter. J'avais déjà gagné l'année dernière un 1er mai, mais c'était en moins de 23 ans... C'est incroyable de gagner ainsi sur le World Tour.

Q: Vous allez être plus attendu désormais?

SK: Je ne sais pas... Je me concentre sur moi, pas sur les avis des autres.

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