Actualisé 12.10.2016 à 05:15

Sortie du nucléaire

L'acceptation de l'initiative pourrait coûter très cher

Le Conseil fédéral est venu dire tout le mal qu'il pensait de l'initiative des Verts soumise au peuple le 27 novembre.

Doris Leuthard, en conférence de presse ce mardi à Berne.

Doris Leuthard, en conférence de presse ce mardi à Berne.

photo: Keystone

Le 27 novembre, les citoyens devront se prononcer sur le seul objet au menu de cette votation, soit l'initiative des Verts Sortir du nucléaire. Un texte qui veut notamment limiter la durée d'exploitation des 5 centrales existantes. S'il est accepté, Beznau I et II ainsi que Muhleberg devraient être arrêtées dès 2017, tandis que Gösgen et Leibstadt suivront en 2024 et 2029. Mais cette initiative est irréaliste aux yeux du Conseil fédéral qui lancé la campagne du non à l'initiative mardi à Berne.

Pour la ministre de l'Energie, Doris Leuthard, mieux vaut ne pas précipiter le débranchement définitif des centrales. «La sortie du nucléaire fait sens, mais il faut plus de temps», a-t-elle lancé, plaidant pour la solution du gouvernement concoctée via la stratégie énergétique 2050 qui a été adoptée en septembre par le Parlement. Ce projet, qui fait l'objet d'un référendum de l'UDC, poursuit le même objectif que l'initiative: remplacer le nucléaire par des énergies renouvelables.

Coût très élevé

Le Conseil fédéral rejette donc le texte des Verts qui n'y voient qu'une «question politique, alors qu'il s'agit aussi de questions technique et financière», selon la ministre. Car débrancher avant l'heure les centrales atomiques pourrait coûter très cher aux contribuables, a prévenu Doris Leuthard. Les propriétaires des centrales nucléaires pourraient en effet réclamer des dédommagements à hauteur de centaines de millions de francs, a précisé la ministre de l'énergie. «Le «oui» à l'initiative changerait les règles du jeu, en donnant une limite alors qu'il n'y en a pas actuellement.»

Et même «s'il est difficile d'amortir les investissements faits pour renforcer la sécurité», les exploitants pourraient se retourner contre la Confédération, a estimé Suzanne Thoma, directrice générale de BKW, propriétaire de la centrale de Mühleberg.

Importer du courant sale

L'autre problème aux yeux du Conseil fédéral est d'ordre écologique. En effet, se passer dès 2017 de trois centrales atomiques aurait pour conséquence de compenser immédiatement le manque d'énergie en Suisse en important davantage du courant étranger. Du courant produit de manière polluante en France (à partir du nucléaire) ou en Allemagne (énergie fossile). Notre dépendance vis-à-vis de l'étranger augmenterait et la sécurité de l'approvisionnement serait menacée, estime Doris Leuthard.

Des arguments qui laissent de marbre Christian van Singer, ex-conseiller national vert vaudois et membre du comité en faveur de l'initiative: «On n'est pas obligé d'importer de l'énergie sale. Sur le marché européen, il y a du courant sale à 3 centimes le kwh mais aussi du courant propre à 4 centimes. On peut très bien importer cette énergie propre. Elle sera toujours meilleur marché que le courant nucléaire suisse qui coûte entre 5 et 8 centimes le kwh», rétorque-t-il. «C'est d'ailleurs pour cette raison-là que les exploitants des centrales vont perdre entre 500 et 700 millions de francs par an ces prochaines années s'ils continuent d'exploiter les centrales.»

Mais importer massivement du courant étranger aura de grosses répercussions techniques, selon Swissgrid, l'organe charger d'acheminer l'énergie dans les centrales de distribution. En effet, cela risque de surcharger le réseau. «Notre infrastructure n'est actuellement pas suffisante pour le faire», craint le patron de SwissGrid Yves Zumwald.

Il faut des années

Selon lui, le renforcement nécessaire impliquant le développement et le renouvellement des lignes électriques prendra des années. «La Suisse fait partie d'un réseau très complexe qui va de la Norvège à l'Italie et du Portugal à la Turquie», explique-t-il.

Chaque fois qu'un pays fait des changements quelque part, cela a des répercussions sur l'ensemble du système, selon lui. «Notre réseau a été construit il y a 50 ans pour un mix de production donné. Si on veut changer ce mix, il faut accompagner ces changements avec une modification de nos infrastructures», explique--t-il. «Et là, si on accepte le texte, il faudrait que j'ai les permis de construire demain pour mettre en oeuvre ce qui est nécessaire afin que la sécurité du réseau soit garantie.»

40% d'énergie nucléaire en moins cet hiver

Là encore, ces arguments n'ébranlent pas le Vert Christian Van Singer. «Le Conseil fédéral insiste sur la sécurité. Mais ce qui crée la sécurité, c'est la planification, savoir quand on arrête les centrales. Ce qui crée le désordre, c'est le risque d'accident, les arrêts non planifiés, comme maintenant à Leibstadt fermée jusqu'en février», souligne-t-il.

Il rappelle que Beznau I et Leibstadt ne tourneront pas cet hiver, ce qui représente 40% en moins d'énergie nucléaire sur le marché.« Les faits montreront donc qu'on peut très bien vivre sans cette énergie même en hiver et qu'il n'y aura aucun problème», insiste-t-il. «On ne peut pas encore l'affirmer», rétorque de son côté Yves Zumwald. «On doit d'abord analyser cette situation connue depuis la semaine dernière seulemement».

Enfin, du côté des cantons, on s'oppose également au texte. Selon les directeurs cantonaux de l'énergie, l'initiative menace l'approvisionnement en énergie du pays et le risque de panne sera accru notamment en hiver.

(NewsXpress)

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