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NucléaireL'accord de Genève donne de l'espoir aux Iraniens

La signature dimanche à Genève d'un accord sur le nucléaire iranien a été bien accueillie à Téhéran. «Merci à nos négociateurs», a lancé Ahmad, un étudiant.

Les Iraniens espèrent la levée rapide de certaines sanctions occidentales qui frappe l'économie de leur pays. L'accord, d'une validité de six mois, limite les activités nucléaires iraniennes contre une levée partielle de certaines sanctions, notamment sur les secteurs pétroliers et bancaires. Le pays supporte ces sanctions depuis 2006. Leur renforcement l'an passé a plongé l'Iran dans une crise profonde.

L'inflation était officiellement de 36% fin octobre, le chômage atteint plus de 11%, la production industrielle est en berne et le prix des produits de consommation ne cesse d'augmenter.

L'embargo bancaire et la déconnexion du réseau de transferts internationaux Swift affectent aussi la santé. Le prix des médicaments a explosé et leur importation a été compliquée, notamment pour les traitements lourds.

Hamed Mohammadi, 30 ans et salarié du secteur privé, espère surtout que le taux des devises étrangères va baisser. «Cela voudra dire que les choses vont peu à peu devenir moins chères» en rial, la monnaie iranienne, explique-t-il.

Valeur du dollar

Les changeurs de devises confirment que le succès des négociations affectera directement la valeur du dollar par rapport au rial. L'optimisme est de rigueur depuis la victoire en juin du président Hassan Rohani, réputé modéré et qui a lancé une politique d'ouverture vers l'Occident. Le dollar, qui cotait 38'000 rials en février, a baissé d'environ 20%.

Mohammad Amini, propriétaire d'un magasin de vêtements dans un quartier aisé de Téhéran, explique qu'il a dû faire revenir son fils qui étudiait en Europe. «Je ne pouvais plus payer ses études», dit-il. «Maintenant, j'espère que le dollar va baisser et que mon fils pourra repartir faire ses études».

«Droit au nucléaire»

Dans le grand bazar de Téhéran, Mohyeddin, un vendeur de tapis, espère aussi beaucoup de cette avancée diplomatique, qui préfigure un accord global dans un an. «Les affaires vont mal et l'activité doit reprendre. Mais ça n'arrivera pas sans la levée de toutes les sanctions», explique-t-il.

Si la rue n'est pas en effervescence, la signature de l'accord à Genève aliment bien des conversations. «J'ai vu la guerre (Iran-Irak entre 1980 et 88), j'ai vécu les souffrances et la destruction, dit un Téhéranais âgé. Nous avons résisté, mais ça ne peut plus durer. Notre vie est en jeu».

Un étudiant en appelle lui au patriotisme. «Le droit au nucléaire est le symbole de notre résistance, de notre conviction», lance-t-il.

Réseaux sociaux

Les échanges sont vifs sur Facebook ou Twitter, des réseaux sociaux officiellement interdits mais utilisés par la jeunesse iranienne et même par des responsables gouvernementaux.

Depuis mercredi passé, M. Zarif poste régulièrement des messages sur sa page Facebook au sujet de l'avancée des discussions à Genève. Ils sont abondamment commentés, ou critiqués.

«Visage souriant»

«J'ai toujours su qu'un jour votre visage souriant apporterait aussi le sourire à 70 millions d'Iraniens», commente un internaute sur la page du ministre. D'autres sont plus sceptiques.

«Je ne suis pas contre le droit à l'enrichissement. Mais j'ai aussi d'autres droits: avoir un travail, voir mon pays se développer et avoir une économie dynamique», écrit une femme, Saghar.

Effet psychologique

L'accord intérimaire «aura un effet psychologique très positif. Cela va notamment faire du bien à l'économie pour quelques mois», affirme Mehdi Mirémadi, président de la Chambre de commerce franco-iranienne. «Mais ça n'arrangera rien sur le long terme. Tant qu'on n'arrivera pas à transférer de l'argent de ou vers l'Iran , cela restera très difficile», précise-t-il.

«Le soulagement majeur sera ressenti (...) quand on sera parvenu à un accord plus large», renchérit Reza Marashi, analyste du Conseil national irano-américain (NIAC) présent à Genève pour suivre les discussions. «La diplomatie est un marathon, pas un sprint», souligne-t-il. (ats)

Bruxelles souhaite une mise en oeuvre «dans les temps»

Le président de l'Union européenne a salué dimanche le «courage» montré par l'Iran et les grandes puissances pour limiter le programme nucléaire iranien.

Herman Van Rompuy a cependant souligné que l'important était dans la mise en oeuvre de cet accord «dans les temps».

«Il est maintenant crucial de s'assurer de la mise en oeuvre dans les temps de l'accord et de continuer à travailler, sur la base de la confiance déjà construite, vers un règlement définitif de cette question», a déclaré M. Van Rompuy.

L'annonce de l'accord intérimaire conclu avec Téhéran a également eu une incidence sur les marchés financiers. La devise iranienne était en hausse de 3% dimanche face au dollar. Il fallait environ 29'000 rials pour un dollar sur le marché libre de Téhéran dimanche matin, ont rapporté les cambistes, contre environ 30'000 avant l'accord.

«Nous avons l'impression d'un sentiment positif en Iran», commentait au téléphone Nariman Aflani, trader en devises pour le compte d'AFI Group, une société iranienne d'ingénierie civile. Il a souligné que les prix des matériaux de construction comme le ciment ou la céramique étaient en baisse en raison des anticipations d'un relâchement progressif des sanctions, ce qui rendra en principe plus facile l'obtention de matériaux en provenance de l'étranger.

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