Actualisé 31.03.2020 à 18:23

Coronavirus à Genève

L'accueil de sans-abri à la caserne? «Une poudrière»

Des associations caritatives et la Ville s'écharpent à propos de dispositif bientôt mis en place aux Vernets pour protéger les SDF du virus.

de
David Ramseyer
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L'entrée de la caserne des Vernets. Sur ce chemin - à la hauteur du membre de la protection civile en train de peindre une ligne au sol - les sans-abri devront passer dans une tente pour s'y laver les mains.

L'entrée de la caserne des Vernets. Sur ce chemin - à la hauteur du membre de la protection civile en train de peindre une ligne au sol - les sans-abri devront passer dans une tente pour s'y laver les mains.

Keystone/Salvatore di Nolfi
Face au bâtiment principal, une grande tente accueillera les arrivants. Ils y seront enregistrés mais aussi examinés pour détecter d'éventuels malades ou les personnes à risque.

Face au bâtiment principal, une grande tente accueillera les arrivants. Ils y seront enregistrés mais aussi examinés pour détecter d'éventuels malades ou les personnes à risque.

Keystone/Salvatore di Nolfi
Les personnes malades ou présentant de potentiels symptômes du coronavirus seront confinés dans un bâtiment secondaire des Vernets.

Les personnes malades ou présentant de potentiels symptômes du coronavirus seront confinés dans un bâtiment secondaire des Vernets.

Keystone/Salvatore di Nolfi

«Le Conseil administratif va dans le mur en voulant gérer seul l'hébergement des sans-abri; il se coupe de l'expertise associative et n'utilise pas l'intelligence collective présente sur le terrain.» Dans un post sur Facebook, le 28 mars, le directeur du Centre social protestant (CSP), Alain Bolle, critique vertement le plan de la Ville de Genève de regrouper les SDF aux Vernets, dès jeudi prochain.

Le responsable enfonce le clou: «En concentrant 260 personnes à la caserne, l'Exécutif crée une poudrière et met en danger les personnes accueillies, mais aussi les collaboratrices et les collaborateurs du dispositif». Membre comme le CSP du Collectif d'associations pour l'urgence sociale, l'Armée du Salut n'est pas en reste. Il faut des réponses multiples à la situation, plaide Valérie Spagna, directrice de l'accueil de nuit au sein de l'organisation: «Comme cela a été fait dans d'autres cités européennes, nous avons demandé que les autorités réquisitionnent des hôtels pour les sans-abris. Des chambres individuelles, c'est plus sûr pour eux, d'un point de vue sanitaire. Mais la Ville a refusé».

Pas de place pour la polémique

Face à ces critiques, la conseillère administrative chargée de la solidarité, Esther Alder, rétorque fermement que «le temps n'est pas à la polémique. Face à la pandémie, nous devons repenser les dispositifs en matière d'hébergement, de distributions de repas et de conditions sanitaires. La gestion de crise de la Ville en cas de situations exceptionnelles nous impose une ligne de conduite unique. La population a besoin d'un service public fort». La magistrate ajoute que la commune bénéficie notamment de l'expertise de Médecins Sans Frontières, habitués à gérer des pandémies. Elle collabore également avec le médecin cantonal et les HUG. «Des protocoles précis seront mis en place pour protéger les sans-abri et nos collaborateurs.»

Enfin, Esther Alder exclut l'hébergement de SDF dans des hôtels: «Nous considérons que nos dispositifs aux Vernets et au foyer Franck-Thomas - soit 385 places au total - répondront aux besoins. Et si ces derniers évoluent, l'accueil peut être étendu dans ces lieux».

Site métamorphosé

Vouée à la destruction, la caserne a dû être transformée en quelques jours pour répondre aux exigences de sécurité sanitaire. Ainsi, les 45 dortoirs du bâtiment principal ont vu leur capacité d'accueil réduite de dix à cinq lits. Les femmes et les enfants seront séparés des hommes seuls. Le réfectoire, avec passage obligé aux lavabos pour se laver les mains, comptait à l'origine 350 places. Distanciation sociale oblige, il y aura 100 places pour prendre les repas. Les douches collectives chères à l'armée ont aussi été transformées en cabines individuelles. Enfin, il a fallu installer des machines à laver, réparer des tuyauteries ou encore adapter une partie du circuit électrique. Contrairement aux lieux d'accueil habituels pour sans-abri, fermés la journée, "nous seront ouvert 24h sur 24h, précise Philipp Schroft, chef du service social de la Ville. Cela nous permettra de mieux gérer les flux de personnes".

Un des bâtiments en zone rouge

Les Vernets accueilleront leurs nouveaux pensionnaires jeudi, mais l'un d'eux, malade, est déjà sur place. Le bâtiment secondaire du site sera en effet réservé aux sans-abri infectés ou qui présentent des symptômes de la maladie. Là, des zones confinées - rouge, orange et verte - devraient permettre une prise en charge adéquate et sans risque pour les occupants. Une trentaine de places seront disponibles. Le bâtiment principal sera quant à lui réservé à l'accueil des autres personnes sans domicile fixe. Il est doté d'une capacité de 225 places.

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