Actualisé 23.01.2018 à 15:42

Genève

«L'accusé était à la tête d'une holding du crime»

Le procureur a requis cinq ans de prison contre l'ex-banquier du Crédit Suisse, jugé à Genève pour avoir détourné des millions à des riches de l'Est.

de
Julien Culet
La banque est partie plaignante dans ce procès fleuve qui doit durer jusqu'au vendredi 26 janvier.

La banque est partie plaignante dans ce procès fleuve qui doit durer jusqu'au vendredi 26 janvier.

Keystone

Accusé et richissimes plaignants, tout le monde en a pris pour son grade ce mardi matin. Au procès de l'ancien banquier du Crédit Suisse, accusé d'avoir détourné des dizaines de millions de francs à des oligarques de l'Est, l'heure était aux réquisitions du premier procureur Yves Bertossa. Il a réclamé cinq ans ferme à l'encontre du Français de 54 ans pour escroquerie par métier, faux dans les titres et gestion déloyale aggravée. Le Ministère public souhaite également que l'accusé ne puisse plus travailler dans le domaine bancaire ou la finance pendant quatre ans.

Tout le monde doit rendre l'argent

Le magistrat réclame que le financier rende tous les bénéfices qu'il a pu tirer de son activité délictuelle. Celle-ci s'est étendue sur huit années, de 2007 à 2015. Il a ainsi perçu plus de 40 millions. «L'argent gagné malhonnêtement finit toujours par se venger. Vous l'avez appris aujourd'hui», a lancé Yves Bertossa. D'après lui, il faut confisquer les comptes du quinquagénaire mais également ses villas en Sardaigne, ses maisons en Suisse et les bijoux de sa femme.

Et, pour le Ministère public, les plaignants n'ont «aucune prétentions civiles à faire valoir» car ils ont pu gagner plusieurs millions grâce aux activités du gérant de fortune. «Il faut supprimer tout avantage financier issu de l'activité de l'infraction», estime le premier procureur. Ce dernier veut que comptes et biens de la plupart des plaignants soient saisis. L'argent doit aller au Crédit Suisse qui doit se charger d'indemniser ceux qui ont perdu des plumes dans les détournements.

«Holding du crime»

Yves Bertossa a fustigé l'indécence des montants: «J'ai parfois l'impression que l'argent érode les âmes». Pour lui, tout le monde, dans cette affaire, a fait preuve de cupidité et d'appât du gain. «Escroquerie, fraude fiscale, délit d'initié. On a toute la palette. L'accusé était à la tête d'une holding du crime», estime le procureur. Il a rappelé les méthodes employées: comptes et transactions dissimulés, fausses signatures, mensonges.

Les contrôles n'ont pas failli

Dans la plaidoirie de ses avocats, le Crédit Suisse, qui est sur le banc des plaignants, a mis un point d'honneur à se défendre. La banque ne pouvait déceler les agissements de celui qui était son étoile montante. «Les systèmes de contrôles étaient destinés à détecter les fraudes venant de l'extérieur, a plaidé Me Céline Gautier. On ne peut pas dire qu'ils ont faillis, ils étaient voués à évoluer. Et quand ils se sont renforcés, l'accusé a changé de méthode.»

Le quinquagénaire savait comment agir. «Il savait ce qui était demandé, quelles questions étaient posées et quels documents il devait fournir», rapporte Me Gautier. Pour la juriste, le financier a escroqué l'établissement bancaire: «Il a usé de son statut de confiance, de ses excellents rapports avec la direction. Personne ne pouvait imaginer ce qu'il allait faire.»

Le procès doit durer jusqu'à vendredi.

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