Crise financière aux Etats-Unis: L'administration Obama demande des pouvoirs élargis
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Crise financière aux Etats-UnisL'administration Obama demande des pouvoirs élargis

Surfant sur la vague d'indignation soulevée par l'affaire des bonus de l'assureur AIG, l'administration Obama cherche à convaincre le Congrès de lui confier des pouvoirs sans précédent pour réguler ou même prendre le contrôle de mastodontes de la finance dont la faillite pourrait fragiliser l'ensemble de l'économie américaine.

Lors d'une audition conjointe mardi devant la commission des services financiers de la Chambre des représentants, le secrétaire au Trésor Timothy Geithner et le président de la Réserve fédérale Ben Bernanke ont évoqué le scandale des bonus versés aux dirigeants de l'assureur renfloué AIG pour affirmer la nécessité d'une réforme des mécanismes de régulation du secteur. «AIG révèle des échecs graves de notre système financier», a déclaré M. Geithner. «Nous devons nous assurer que notre pays ne se retrouve plus jamais dans cette situation.»

Les relations entre le Congrès et M. Geithner ont jusqu'ici été plutôt fraîches. Elles se sont toutefois un peu détendues après la hausse de près de 500 points de l'indice Dow Jones à la bourse de New York lundi. Un rebond lié en grande partie à l'annonce du gouvernement Obama d'un programme public-privé visant à racheter jusqu'à 1.000 milliards de dollars (740 milliards d'euros) de mauvaises créances et titres toxiques qui plombent les comptes des banques. M. Geithner devrait donner plus de détails sur ce dispositif jeudi lors d'une nouvelle audition devant la commission de la Chambre.

Selon des sénateurs démocrates, l'administration Obama souhaite que sa proposition sur la prise de contrôle par l'Etat de sociétés financières autres que les banques soit disjointe du projet de loi sur la régulation du secteur financier afin de pouvoir la faire adopter plus vite.

Lors d'une conférence de presse télévisée mardi soir, Barack Obama a plaidé en faveur de la possibilité pour l'Etat de prendre le contrôle de sociétés comme AIG au moyen des pouvoirs exceptionnels demandés par M. Geithner au Congrès. C'est «précisément» parce que l'Etat n'a pas aujourd'hui ces pouvoirs que la faillite d'AIG a menacé de faire chuter l'ensemble de l'économie américaine, a-t-il affirmé. La question ne se pose pas pour les banques, dont le gouvernement fédéral peut déjà prendre le contrôle via l'Assurance fédérale des dépôts (FDI).

L'Etat américain a déboursé 180 milliards de dollars (133 milliards d'euros) pour sauver AIG depuis sa première intervention en faveur du géant de l'assurance le 16 septembre dernier. Il détient aujourd'hui près de 80% de la firme.

«Si une agence fédérale avait eu (...) le 16 septembre» les pouvoirs demandés par M. Geithner, «ils auraient pu être utilisés pour mettre AIG sous administration judiciaire» et «protéger les assurés», a déclaré Ben Bernanke devant la commission.

MM. Geithner et Bernanke ont expliqué durant leur audition ne pas avoir eu connaissance avant le 10 mars des 165 millions de dollars (122 millions d'euros) de bonus accordés à des employés d'AIG, qui avaient été versés seulement quelques jours après. En revanche, certains responsables de leurs services étaient déjà au courant. MM. Geithner et Bernanke suggèrent de lier la part variable de la rémunération des cadres aux résultats à long terme de l'entreprise.

AIG est un colosse avec ses 74 millions de clients et ses activités dans plus de 130 pays. «Sa faillite aurait conduit à une débâcle économique et financière mondiale similaire à celle des années 1930, avec des conséquences catastrophiques pour la production, les revenus et les emplois», a affirmé M. Bernanke.

M. Geithner a plaidé clairement pour l'attribution au secrétaire du Trésor, poste qu'il occupe, de pouvoirs élargis lui permettant de prendre le contrôle d'institutions financières majeures et d'en assumer la gestion.

L'idée est loin de faire l'unanimité. Le sénateur républicain Jim Bunning a ainsi estimé mardi que M. Geithner devrait être «viré» et que le plan présenté lundi pour débarrasser les banques de leurs avoirs toxiques était «un pas de plus vers la socialisation de nos marchés financiers». (ap)

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