Tessin: L'aéroport de Lugano se cherche un avenir
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TessinL'aéroport de Lugano se cherche un avenir

Suite à plusieurs déconvenues, l'aéroport de Lugano n'opère plus de vol de ligne depuis septembre. Son directeur général appelle à une recapitalisation de la société.

Le crédit nécessaire à la recapitalisation de l'aéroport de Lugano fait actuellement l'objet d'un référendum de la part de la gauche luganaise.

Le crédit nécessaire à la recapitalisation de l'aéroport de Lugano fait actuellement l'objet d'un référendum de la part de la gauche luganaise.

Keystone

Voilà maintenant plusieurs mois que les cieux tessinois ont été désertés par l'aviation commerciale. Avec la cessation fin septembre des activités du slovène Adria Airways, qui assurait la liaison vers Zurich pour le compte de Swiss, l'aéroport de Lugano-Agno a vu s'envoler son dernier vol de ligne.

Avec cette dernière déconvenue, venue s'ajouter à une liste qui ne cesse de s'allonger depuis plusieurs années – faillite du transporteur local Darwin Airline, suppression de la liaison vers Genève-Cointrin, partenariats hésitants ou avortés – le sort de la plateforme tessinoise est plus que jamais sur le ballant.

«Dans un moment de crise comme celui que nous traversons, penser que l'aéroport n'est pas important et qu'il ne faut pas investir est une grosse erreur», estime Maurizio Merlo, directeur général de Lugano Airport.

Actuellement, le crédit nécessaire à la recapitalisation de la société d'exploitation et à la couverture de pertes prévues en 2019 et en 2020, validé en novembre par les élus municipaux de Lugano et auquel est conditionnée l'aide du canton, fait l'objet d'un référendum de la part de la gauche luganaise.

Anticipant la congestion des hubs aéroportuaires – comme Milan et Zurich, pour citer les deux plus proches –, Maurizio Merlo fustige le manque de vision face à l'évolution du monde de l'aviation et l'instrumentalisation politique de l'aéroport, dont la ville de Lugano et le canton du Tessin sont actuellement les actionnaires exclusifs.

Politique défaillante

«Si l'aéroport se trouve aujourd'hui dans cette situation, c'est parce que les investissements nécessaires pour attirer les compagnies aériennes n'ont jamais été réalisés», déplore l'ancien pilote de Crossair, pointant du doigt l'exploitation défaillante de la part du secteur public.

«De mon point de vue, la gestion de l'aéroport doit être confiée à des acteurs privés», affirme le dirigeant, même s'il reconnaît le bien-fondé de maintenir une participation minoritaire des collectivités publiques, «qui pourraient ainsi s'assurer que les opérations sont menées correctement».

Mais pour mener des négociations avec des investisseurs privés, il est impératif que le plan de sauvetage public voté en novembre ne soit pas entravé. En cas de succès du référendum de la gauche luganaise, l'aéroport ne pourra bientôt plus honorer ses engagements financiers et se verra contraint de déposer son bilan.

«Même si nous n'avons plus les vols de ligne, nous poursuivons nos autres activités», indique Maurizio Merlo, citant l'aviation générale, les activités de jets d'affaires cédées en juillet dernier par RUAG au français Dassault, une école de pilotage, une société d'hélicoptères, qui devraient avoir généré près de la moitié des recettes de l'aéroport en 2019.

Selon le dirigeant, la demande pour la mobilité est appelée à croître, y compris sous de nouvelles formes, avec notamment l'avènement des aéronefs à propulsion électrique et des drones.

«Dans sa configuration actuelle, l'aéroport est surdimensionné en termes d'effectifs», admet Maurizio Merlo. Même s'il reste en mains publiques, il devra faire l'objet d'une restructuration. Sur les 76 salariés que compte actuellement l'entreprise, près d'un tiers risquent de perdre leur emploi en l'absence de reprise de vols de ligne.

Cabotage en question

Parallèlement, la direction de l'aéroport a adressé à la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga, en charge du Département fédéral de l'environnement, des transports, de l'énergie et de la communication (Detec), une demande de dérogation aux dispositifs en matière de cabotage.

La loi fédérale sur l'aviation établit que «le transport commercial de personnes ou de marchandises entre deux points du territoire suisse est en principe réservé aux entreprises suisses, à moins que les traités internationaux n'en disposent autrement».

Sollicité par AWP, un porte-parole de l'Office fédéral de l'aviation civile (OFAC) a confirmé qu'il n'est «actuellement pas possible pour une compagnie aérienne européenne d'effectuer des vols de ligne internes en Suisse».

Selon Maurizio Merlo, tout cela n'est qu'un vaste écran de fumée. «Du temps où j'étais pilote chez Darwin, nous opérions le vol Bolzano-Rome car aucune compagnie italienne ou européenne n'était disposée à effectuer cette liaison», s'insurge le Tessinois, soulignant que la Confédération est souveraine en la matière.

L'ex-pilote précise que la concession devait être renouvelée tous les six mois par le régulateur transalpin et pouvait être révoquée en tout temps dès lors qu'un transporteur italien ou européen manifeste son intérêt pour reprendre la liaison.

En 2018, année de son 80e anniversaire, l'aérodrome tessinois a vu sa fréquentation chuter de plus d'un tiers à moins de 90 000 passagers. À son apogée, au milieu des années 90, il en accueillait plus de 380 000 par an. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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