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Revue de presseL'affaire Polanski provoque un «malaise» en Suisse

L'arrestation en Suisse du cinéaste Roman Polanski, sur mandat d'arrêt américain, a provoqué un «malaise» dans le pays où la presse fait un rapprochement lundi entre cette affaire et les récents ennuis de Berne aux Etats-Unis.

«Pouvait-on manquer à ce point de sensibilité pour ne pas anticiper le tollé que cette arrestation allait provoquer et les dégâts d'image qu'elle ne manquerait pas d'entraîner?», s'interroge le Temps qui parle de «malaise».

«Pour sa brave et son efficace coopération avec la justice américaine, la Suisse choque les cinéphiles et les amis des arts. Elle fâche la Pologne et la France», ajoute le quotidien.

Le réalisateur franco-polonais a été arrêté samedi à son arrivée en Suisse, où il devait recevoir dimanche un prix au Festival de Zurich. Il est recherché par la justice américaine qui lui reproche d'avoir eu en 1977 des «relations sexuelles illégales» avec une mineure de 13 ans.

«La Suisse a-t-elle voulu faire plaisir aux Etats-Unis?»

Le Matin fait le lien entre cette arrestation et les déboires de la Confédération aux Etats-Unis, où la banque UBS a été contrainte de livrer les noms de 4450 clients soupçonnés d'évasion fiscale.

«Difficile de ne pas faire de rapprochement entre l'affaire UBS et l'arrestation surprise de Roman Polanski. La Suisse a-t-elle voulu faire plaisir aux Etats-Unis au risque d'un excès de zèle qui n'améliore guère son image de marque à l'étranger?», questionne le journal francophone.

Blick abonde dans ce sens: «les Américains estiment maintenant que le gouvernement suisse est &extrêmement coopératif& et cet éloge fait mal», écrit le journal populaire en jugeant «ridicule» l'argument avancé par la ministre de la Justice Eveline Widmer-Schlumpf, selon lequel la Suisse «n'avait pas d'autre solution» que d'arrêter le cinéaste.

Jugement équitable «impossible»

La Suisse, attaquée sur son secret bancaire, a une nouvelle fois entaché son image en laissant «un invité tomber dans un piège moche», selon Blick. «Nous devrions avoir honte», ajoute le journal.

D'autant qu'«un jugement équitable n'est plus possible, après tant de temps et d'erreurs dans l'enquête», explique le Tages Anzeiger.

«C'est la raison pour laquelle il faut mettre un terme au drame entourant le vainqueur des Oscars. Le metteur en scène de l'acte final est désormais un juge américain», estime le quotidien alémanique.

Un «piège» pour les médias français

L'arrestation du cinéaste franco-polonais Roman Polanski faisait les grands titres de la presse française lundi. «Polanski piégé en Suisse», titrait notamment «Libération», qui parle d'une arrestation orchestrée bien avant la venue du réalisateur sur territoire helvétique.

«Roman Polanski a fini par se faire piéger», relève le quotidien français. Selon lui, son arrestation «n'est pas la conséquence du zèle d'un quelconque officier de police zurichois. Il était attendu».

Le quotidien met notamment en avant le fait que les services du procureur général de Los Angeles ait eu connaissance de la venue du réalisateur à Zurich la semaine dernière, qu'un mandat d'arrêt ait dès lors été transmis aux autorités suisses et que Washington ait tenté de faire interpeller M. Polanski à deux reprises par le passé.

«Le plus étonnant» note toutefois «Libé», «c'est que depuis plus de trente ans, Roman Polanski voyageait un peu partout en Europe et dans le monde (...)». Il s'est notamment rendu à plusieurs reprises à Gstaad (BE) où il possède un chalet, note pour sa part «Le Figaro», qui parle de «position à géométrie variable» dans ce dossier de la part des autorités suisses.

L'homme libre, un scénario balayé par la Suisse

«La surprenante arrestation de Polanski à Zurich», titre ce quotidien, relayant l'émoi et la stupéfaction que ce revirement de situation a suscité auprès des proches de Polanski.

«Le Figaro» rappelle en outre que, l'an dernier, Roman Polanski avait tenté de mettre un terme à son exil du sol américain en chargeant ses avocats californiens d'engager un recours devant la cour d'appel compétente face au mandat d'arrêt prononcé à son encontre en 1977. Et de Paris, l'éventualité de son retour aux Etats- Unis en «homme libre» n'avait jamais été abandonnée.

«Samedi soir, la justice suisse a toutefois rayé ce scénario d'un trait de plume en vertu du mandat d'arrêt américain (...)», constate «Le Figaro».

(afp)

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