Actualisé 09.01.2009 à 13:10

Cauchemar juridique en vue

L'afffaire Madoff n'a pas fait que des victimes

Des centaines, peut-être des milliers d'investisseurs ont encaissé leurs bénéfices au fil des années sans savoir que leurs profits étaient les pertes d'autres clients.

Vont-ils devoir rembourser, en tant que complices involontaires de l'escroquerie? Les responsables chargés de gérer le dossier évoquent déjà «un cauchemar juridique et comptable».

La question s'est posée cette semaine, lorsque environ 8.000 anciens clients de Madoff ont commencé à recevoir des lettres les invitant à remplir une demande d'aide d'un montant maximal de 500.000 dollars (365.124 euros) auprès de la Securities Investor Protection Corp , l'organisme boursier américain chargé de la protection des investissements.

Personne ne sait encore combien de clients de Madoff ont tiré un profit net du système frauduleux présumé de l'homme d'affaires américain démasqué fin 2008, mais leur nombre semble substantiel. Beaucoup de ces investisseurs ont, au fil des années, encaissé plusieurs millions de dollars, avant d'apprendre en décembre qu'il s'agissait en fait de l'argent d'autres clients apparemment spoliés par Madoff.

L'émoi du scandale aujourd'hui retombé, plusieurs options s'offrent à eux: se joindre aux autres victimes réclamant dédommagement; adopter un profil bas en espérant se faire oublier; rendre l'argent; ou engager un avocat pour défendre leurs profits réalisés, selon toutes vraisemblance, de manière frauduleuse.

«On me demande beaucoup de conseils concernant cette situation», explique Steven Caruso, avocat new-yorkais spécialisé dans la fraude sur les investissements. «J'ai reçu hier un appel d'un homme qui m'a dit avoir encaissé plus qu'il n'avait initialement investi, mais à qui il restait encore un million confié à Madoff. Il se demandait s'il devait demander réparation pour ce million.»

Même cas de figure chez Jonathan Levitt, un avocat du New Jersey représentant plusieurs anciens clients de Madoff. Selon lui, plus de la moitié des personnes ayant contacté son cabinet pour des conseils sont des investisseurs dont les profits à long terme ont dépassé leur mise principale. «Il y a beaucoup de gagnants», résume-t-il.

En vertu de la loi fédérale américaine, l'administrateur nommé par la justice sur ce dossier peut demander aux bénéficiaires de rendre tout ou partie de l'argent gagné. Ces remboursements sont généralement limités aux paiements effectués au cours des six dernières années. Soit une somme encore rondelette pour certains investisseurs.

Stephen Harbeck, directeur exécutif de la SIPC, a confié à l'Associated Press que ni lui ni l'administrateur du dossier Madoff, Irving Picard, n'avaient encore pris de décision concernant les investisseurs gagnants. Et de prédire «un cauchemar juridique et comptable». «Il y a des clients qui voudraient que l'on engage des procédures de remboursement à l'encontre d'autres clients, et il y en a d'autres qui n'y sont pas favorables», explique-t-il.

Quelles que soient les décisions prises par les clients ou les autorités, les investisseurs emportés par le scandale Madoff ne devraient pas tarder à se tourner vers ceux qui ont tiré profit du système, même sans le savoir. Certains fonds d'investissements ayant placé des milliards de dollars chez Madoff ont ainsi déjà commencé à éplucher plusieurs années de données pour savoir lesquels de leurs investisseurs ont encaissé plus qu'ils n'avaient misé.

«Les requins tournent», résume Steven Caruso.

(ap)

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