CAN-2010: L'Afrique, territoire de chasse pour entraîneurs de France
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CAN-2010L'Afrique, territoire de chasse pour entraîneurs de France

Avec sept techniciens passés par l'Hexagone, la France sera le principal «pourvoyeur» de sélectionneurs en Angola lors de la Coupe d'Afrique des Nations 2010 (10-31 janvier), son territoire d'exercice préféré à l'étranger.

Le «Camerounais» Paul Le Guen, le «Gabonais» Alain Giresse, le «Togolais» Hubert Velud, le «Zambien» Hervé Renard, le «Béninois» Michel Dussuyer ainsi que «l'Ivoirien» Vahid Halilhodzic et le «Burkinabé» Paulo Duarte, au Mans (L1) jusqu'en décembre, seront en effet cette année les représentants de la francophilie.

Ne manquent finalement au bataillon tricolore de la production angolaise que les «bourlingueurs» historiques Claude Le Roy, Philippe Troussier ou Henri Michel!

Si la pratique du français est souvent indispensable pour exercer avec réussite en Afrique, c'est pourtant un argument un peu court pour expliquer la bonne cote des techniciens nationaux.

«Superbe école française»

«Il y a d'abord une superbe école française de formation des cadres», expliquent en choeur le «débroussailleur» Claude Le Roy, le premier arrivé en 1985, et Alain Giresse.

Le Français est avant tout un entraîneur plus formé que la moyenne de ses collègues et, comme les Néerlandais ou les Allemands, qui sillonnent ce continent, son passé colonial l'a attaché à cette terre, contrairement aux techniciens anglais qui préfèrent exercer sur leur île.

«Malgré cet imbécile débat sur l'identité nationale, on a une histoire énorme avec l'Afrique», poursuit Le Roy, qui dénonce la «fourberie des échanges nord-sud» et souhaite que les entraîneurs africains aient leur chance en Europe. «On a toujours joué avec ou contre des Africains et écouté des histoires sur ce continent».

«Si l'Afrique est fascinante, elle est parfois fatigante et c'est plus facile d'être étranger car on bénéficie de préjugés d'indépendance. Moi, personne n'est jamais venu m'embêter», explique encore Le Roy qui pense qu'il aurait été accusé de «tribalisme» au Cameroun s'il avait été bassa et n'avait sélectionné que des joueurs de cette ethnie.

En Angola, le contingent français se divisera entre techniciens à la réputation déjà établie et ceux qui rêvent de l'acquérir.

Notoriété

«Pour les petits entraîneurs, il y a un prix à payer pour lancer sa carrière», assure Philippe Troussier qui avait immédiatement «monnayé» ailleurs la qualification des Super Eagles pour le Mondial 1998, la fédération nigériane ne le payant plus depuis des mois.

Pour les joueurs le choix d'un entraîneur étranger présente également des avantages. Pour ceux qui sont habitués au professionnalisme à l'européenne, c'est l'espoir de limiter en sélection le «folklore» de leur pays d'origine. Pour les locaux qui rêvent de s'expatrier, la réussite nationale est un gage de visibilité.

«Un entraîneur qui connaît bien les championnats dans lesquels évoluent ses joueurs est un tremplin, approuve l'agent international Gaël Mahé. Une telle expérience peut leur permettre d'acquérir une notoriété».

Pour Troussier, les défauts que l'on attribue aux Français sont pourtant paradoxalement leur plus grand avantage.

«Le Français s'adapte difficilement à l'étranger, il a peur de son ombre, assure-t-il. Donc quand il décide de partir, il est très exigeant sportivement et contractuellement».

«Les débuts ont été difficiles puis j'ai pu trouver des conditions de travail satisfaisantes, corrobore Giresse. Dans ces pays, il faut s'imbiber de la culture. Le dépaysement est garanti car l'organisation n'est pas toujours au rendez-vous et exige de sortir de sa fonction.»

«Contrairement à un Van Gaal qui passe en force, le Français n'est pas autoritaire et se soumet aux desiderata des joueurs. Donc il peut réussir», analyse encore sèchement Troussier.

(afp)

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