Malagnou (GE): L'agresseur d'un juif othodoxe ne sera pas interné
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Malagnou (GE)L'agresseur d'un juif othodoxe ne sera pas interné

Le Tribunal correctionnel croit en la rémission de cet Anglais de 23 ans qui avait poignardé un homme devant le Musée d'histoire naturelle fin décembre 2011.

par
Raphaël Leroy
C'est en sortant du Museum que le trentenaire a été attaqué par le prévenu.

C'est en sortant du Museum que le trentenaire a été attaqué par le prévenu.

Son importante chevelure rousse et sa silhouette fluette le ferait presque passer pour un personnage romantique. Pourtant, derrière ce masque juvénile se cache un homme d'un tout autre acabit.

Plusieurs coups de couteaux

C'est lui, lors de son passage à Genève le 29 décembre 2011, qui a porté plusieurs coups de couteau devant le Musée d'histoire naturelle de Genève à un trentenaire juif orthodoxe «pour se venger des actions du gouvernement israélien». Le tout sous les yeux de ses cinq jeunes enfants, de sa femme et de sa belle-mère.

Atteinte au dos, au bras gauche et à la main droite par une lame de 40 cm, la victime a dû passer deux jours à l'hôpital cantonal (HUG). «J'ai une douleur au thorax qui durera encore plusieurs années», souffle le malheureux, si éprouvé par l'audience que c'est son épouse qui poursuivra à la barre. «Le prévenu est arrivé sur nous comme une bête féroce, explique-t-elle. Mes enfants ont été traumatisés. Ils ne sont plus les mêmes aujourd'hui tout comme mon mari.»

«J'ai été perturbé par ce que j'ai fait»

Face à ce récit, le prévenu, qui souffre de schizophrénie paranoïde, dit ne pas avoir voulu tuer la victime. «Je suis désolé pour ce monsieur et sa famille, indique cet Anglais de 23 ans. J'ai été perturbé par ce que j'ai fait. J'ai essayé de rationaliser tout ça.»

Adopté à l'âge de 3 mois par une famille britannique ne pouvant avoir d'enfants, l'accusé n'a connu sa mère biologique qu'à 18 ans et n'a jamais connu son père. Sa pathologie a débuté dès qu'il a quitté le domicile familial à 16-17 ans. Son père, qui a témoigné mercredi devant le Tribunal, ignorait son mal.

Antisémitisme en jeu

L'experte qui l'a ausculté a conclu à son irresponsabilité. Un diagnostic qui n'a été contesté par aucune des parties mercredi. «Irresponsable peut-être, antisémite certainement, s'est exclamé l'avocat du juif orthodoxe, Me Philippe Grumbach. Le prévenu s'est jeté sur mon client comme on se jette sur une proie. Au seul motif qu'il était et qu'il est de confession juive.»

Un avis que ne partage pas l'avocate du prévenu. «Mon client n'était pas dans son état normal au moment des faits, rétorque Me Valérie Lorenzi. Il était en crise paranoïaque et aurait attaqué toute personne en lien avec son délire.» Pourtant, le jeune Anglais, aux dires assez confus, conclura le procès par ces mots: «A l'époque où j'ai commis ces actes, j'étais sous l'influence d'un groupe spirituel antisémite qui niait l'existence de l'holocauste.»

Ministère public désavoué

Au final, l'accusé a été reconnu coupable de tentative d'homicide volontaire. Jugé irresponsable, il sera traité en institution pour une durée de 5 ans renouvelable alors que le Ministère public avait plaidé pour son internement. La Cour a donc estimé qu'il était curable.

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