Prison en France: L'agressivité de matons dénoncée sur YouTube
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Prison en FranceL'agressivité de matons dénoncée sur YouTube

Une vidéo tournée par un détenu à l'aide de son téléphone portable montre une promenade qui se termine en rixe entre des prisonniers et des gardiens. Les faits se sont déroulés à la prison de Roanne.

par
gco

Une vidéo d'une altercation violente entre des détenus et des surveillants a été postée sur YouTube. (dr)

Depuis six mois, le centre de détention de Roanne, dans le département de la Loire (région Rhône-Alpes), est le théâtre d'accrochages de plus en plus violents entre détenus et surveillants, relate le site Rue89Lyon.fr. En six mois, le centre de détention roannais a déploré 11 agressions et 300 passages en commission de discipline. Les représentants syndicaux dénoncent un manque d'effectif.

Dimanche, la rédaction du site web racheté fin 2011 par «Le nouvel Observateur» explique avoir reçu une vidéo tournée par un détenu à l'aide d'un téléphone portable. On y voit sept surveillants dont six portent casque, coque, bouclier (la tenue d'intervention classique) «jouer au loup» avec quatre détenus.

Une lettre postée sur YouTube

Des coups sont échangés entre les matons et les détenus qui refusent de rentrer dans les bâtiments. Les surveillants plaquent l'un d'eux au sol et tentent d'attraper les autres. La scène qui s'est déroulée mercredi 4 juillet, en fin de journée, à la fin d'une promenade dans la cour de la prison de Roanne. La vidéo a aussi été postée sur YouTube le 9 juillet. Elle était accompagnée d'une «Lettre des prisonniers de Roanne en solidarité avec les quatre détenus». Trois jours après sa mise en ligne, cette séquence de près de 3 minutes avait été vue plus de 20'000 fois.

Dans leur missive, les détenus de Roanne dénoncent la réaction disproportionnée de la direction de la prison face aux quatre détenus qui avaient refusé la remontée de promenade pour protester pacifiquement. «Les revendications portaient sur une modification des horaires de promenade et sur toutes les précédentes revendications publiées le 25 avril 2012 par les détenus de Roanne», expliquent-ils.

«A 18h45, les quatre détenus refusent de remonter en cellule et demandent à être entendu dans un esprit pacifique. Boyer (le directeur du CD) préfère lâcher ses chiens, environ dix surveillants équipés de casques, boucliers. La procédure d'intervention de l'Administration Pénitentiaire n'est pas respectée et l'action menée à la cow-boy mais sans lasso!», poursuivent-ils.

Des surveillants piégés par des détenus

Et de préciser que les surveillants se sont sentis dépassés par la situation, ce qui a décuplé leur agressivité. «La chasse à l'homme est alors ouverte. Placage à la rugbyman, balayette à la Bruce Lee, les surveillants ont fait l'étalage de leur supériorité physique et numérique. Jusqu'à l'ultime action, l'agression d'un prisonnier âgé dont le seul tort était d'être en promenade».

Pour le syndicat pénitentiaire UFAP, la vidéo réalisée le 4 juillet dernier au centre de détention de Roanne n'est pas le fruit du hasard et n'était pas un «acte spontané», rapporte le site du journal régional français «Le Progrès».

«Les détenus ont des droits mais également des devoirs. Ils réclament de plus en plus de choses et en oublient la discipline» relèvent Alexandre Martino et Mickaël Escolano, deux surveillants à Roanne. Pour eux, l'acte du 4 juillet était «une sorte de défiance de l'autorité, un acte pas spontané». Les surveillants qui ont le sentiment d'avoir été piégés en étant filmés «ont fait seulement leur travail».

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